Obrazy na stronie
PDF
ePub

Rép. Cette objection plus spécieuse que solide se résout aisément à l'aide d'une distinction dont il est facile d'apprécier la justesse.

On ne disconvient pas que Marie fille d'Adam ait eu autant besoin d'un rédempteur que tous les autres membres de la grande famille humaine. Mais pour avoir aussi été delivrée et rachetée, s'ensuit il qu'elle ait dù l'être comme les autres ? que Dieu n'ait pas pu, vu l'excellence de cette future Mère du Christ, user d'un mode de rachat qui , tout en sauvegardant les droits du Rédempteur, ne l'assujettit pas pour cela, à l'épreuve commune du péché ? Dieu ne pouvait-il pas lui remettre cette dette , avant qu'elle en portat la peine ? celui qui retient un malheureux au bord de l'abime, est il moins un libérateur que celui qui le retire, quand il y est tombé ?

Cette distinction résout complètement la difficulté. Elle ne nous fait que mieux comprendre que Marie a été rachetée d'une manière plus parfaite et d'autant plus convenable qu'elle était prédestinée à la dignité la plus haute dont une créature puisse être favorisée.

2. Difficulté. On a dit en second lieu que, si l'Eglise avait cru jusqu'ici à la possibilité d'une décision dogmatique sur ce point, il y a long temps que la question eût été résolue; que l'occasion était belle et favorable au Concile de Trente et qu'il est pour le moins étonnant qu'elle ne l'ait pas saisie, qu'elle n'ait pas alors tranché la difficulté.

Réponse. L'ajournement de la décision de l'Eglise , sur l'Immaculée Conception ne prouve rien contre le pouvoir qu'elle possède de définir dans un sens ou dans un autre les questions controversées: l'Eglise comme la providence a ses temps et son heure ; et il est de fait qu'elle a plusieurs fois ajourné la décision de plusieurs importantes vérités.

L'occasion était belle et favorable au Concile de Trente; oui, si l'on considère les lumières et l'autorité de cette auguste assemblée. Mais des considérations très graves ne lui firent pas moins un devoir de se conduire alors avec une grande prudence. Pouvait-elle user de trop de prudence à l'égard des opinions controversées, quand la plus terrible des hérésies 'avait ébranlé les plus belles contrées du monde catholique, quand il s'agissait sur tout de rasseoir sur leur base les plus fondamentales et les plus essentielles vérités ? Pouyaitelle user de trop de réserve , quand parmi les plus illustres défenseurs de la foi, il s'en trouvait encore qui conservaient des doutes sur la question de l'Immaculée Conception? Eūt il été opportun dans de semblables circonstances, où l'union fait la force, de froisser, sans une nécessité absolue de très honorables susceptibilités et de s'exposer à faire confondre, avec les ennemis de la foi, des hommes qui défendaient une opinion jusque là laissée dans le domaine de la controverse ?

Nous ne faisons qu'indiquer la difficulté, mais l'histoire du Concile de Trente ne laisse aucun lieu de douter qu'elle n'ait été très grave et que pour s'abstenir de se prononcer d'une manière absolue, les Pères de Trente ont dû se faire une espèce de violence 1.

3. Difficulté. On convient qu'aujourd'hui la croyance à l'Immaculée Conception est devenue générale dans l'Eglise. Mais n'est-il pas étonnant que ce concert des sentimens soit arrivé si tard ? n'est-il pas plus tot l'oeuvre des hommes et du temps que l'expression d'une croyance reposant sur la tradition?

Réponse. Nous avons déjà vu, en interrogeant la tradition , que cette croyance n'est pas moderne comme on la suppose; qu'elle était la croyance commune au siècle de S. Augustin et par conséquent celle des siècles antérieurs.

Ce ne fut qu'au 12 siècle qu’un événement imprévu (la discussion de S. Bernard avec les chanoines de Lyon) vint troubler le régne paisible de cette croyance séculaire. Mais pendant deux siècles', environ , que dura la controverse , parvient on à étouffer l'antique croyance, à répandre même sur elle des doutes sérieux? Nullement. N'est ce pas même depuis cette époque que la doctrine de l'Immaculée Conception prit un développement qu'elle n'avait point eu jusqu'alors ? Au lieu donc de se faire un argument, contre l'Immaculée Conception de ce concert plus unanime qui se fait remarquer

1 Pallavicino, liv. 7, ch. 7.

.

aujourd'hui sur ce point, ne devrait-on pas y voir , après tant de luttes inutiles, un nouvel argument en sa faveur, argument qui puise une nouvelle force dans l'hommage que lui ont rendu ses adversaires qui tous aujourd'hui se sont rangés du coté de l'opinion qu'ils avaient si long-temps combattue ?

En accordant donc que la lutte, les choses et les hommes aient concouru au concert général dont nous sommes les témoins, il n'en devient que plus vrai que ce sentiment unanime avait sa racine dans la primitive croyance, il n'y a de différence entre les temps ancienne et le nôtre qu'alors cette vérité était crue plus simplement, et qu'aujourd'hui elle est admise plus solennellement, et avec plus de réflexion.

Il n'est donc pas une difficulté qui puisse se soutenir sérieusement devant les autorités et les raisons que nous avons présentées, dans le cours de cette discussion, avec les défenseurs de cette pieuse croyance. Nous pourrions joindre à l'appui de cette doctrine un supplément de preuves tirées des convenances de ce glorieux privilége. Nous voulons bien ne pas asseoir sur ce genre de preuves une démonstration: mais il faut avouer aussi que la convenance peut quelque fois s'elever à un dégré tel qu'elle approche de la certitude, quand la convenance surtout se trouve fortifiée pas des témoignages qui n'ont rien d'arbitraire, rien au contraire que de parfaitement conforme à la raison combinée avec la foi.

Nous reconnaissons tous que Dieu entoura Marie d'une majesté et d'une dignité sans égales, tant dans l'ordre de la nature que dans l'ordre de la grâce , or s'il en est ainsi , ne doit on pas en tirer la conséquence qu'une créature si au dessus de toutes les autres, a du obtenir par là même des prérogatives et des priviléges en rapport avec sa dignité ? Si donc il y a eu quelques créatures d'élite qui ont été sanctifiées dans le ventre de leurs Mères, est ce pousser trop loin les conjectures que de penser que Marie qui leur est si supérieure, a dû avoir une sainteté qui remonte encore plus haut ?

La première femme qui nous a donné la mort avec l'existence a été créée dans un état de grâce et de sainteté; Marie la Mère des vivants, associée à nôtre rédemption par sa maternité divine a-t-elle dû être conçue dans le péché et dans la mort ?

Les anges ont été créées dans un état de sainteté et de justice et n'ont jamais connu le péché, convenait-il que celle qui leur a été donnée pour reine, reçut moins que ses sujets, ait été, ne fut ce qu'un instant, sous la domination du péché?

Envisagée du côté de Dieu, Marie n'est-elle pas plus grande encore ? Dieu le Père qui l'a choisie pour sa fille , ne devait-il pas, disent quelque docteurs, la créer en cette qualité à son image ? Dieu le Fils qui l'a choisie pour sa Mère, pouvait-il lui refuser cet éclat de sainteté que nous réclamons et qui devait rejaillir éternellement sur lui? Dieu le S. Esprit qui l'a choisie pour son épouse , pouvait-il ne pas la rendre toute belle et la parer du privilége d'une sainteté absolue ?

Oui, si nous nous élevons par la pensée, en partant des données de la foi, jusqu'à l'Etre infini, pour y saisir quelque chose de sa sainteté, de sa puissance, de sa sagesse, en un mot de cette éternelle et souveraine raison; si nous nous rendons compte ensuite de tout ce que doit comporter de dignité, de grandeur, la qualité de Mère d'un Dieu, nous trouverons assûrement que toutes les raisons de convenance ont une grande force, et que quand elles ne suffiraient pas, ce que certains theologiens sont loin d'admettre, pour asseoir sur elles une démonstration rigoureuse, elles ne conduisent pas moins, comme d'elles mêmes, à une espèce de certitude qui produit dans l'ame une irrésistible conviction.

Et voilà pourquoi S. Augustin, à cause de la dignité de Mère de Dieu, n'entend pas, quand on parle du péché originel, qu'on y comprenne la B. V. Marie. Voilà pourquoi l'immortel Bossuet, donnant à ces raisons de convenance, les justes et magnifiques développemens où brillent tout à la fois sa profonde piété et son incomparable génie, ne craint pas d'affirmer, en concluant, qu'après les articles de foi, il ne voit guère de chose plus assurée que la doctrine de l'Immaculée Conception.

1 T. 15, p. 19. 1. Dis. sur l'mm. Conc.

Définibilité. Après tous les témoignages que nous venons de discuter, il nous parait certain que la doctrine de l'Immaculée Conce ption est susceptible aujourd'hui d'une définition dogmatique.

Que faut-il en effet pour qu'une question puisse être dogmatiquement définie ? que la croyance fasse partie de la révélation, qu'elle ait par conséquent sa racine dans la parole divine, écrite ou transmise. Mais il n'est pas absolument nécessaire pour cela que la vérité à définir se trouve dans l'Ecriture d'une manière explicite; il suffit qu'elle s'y trouve implicitement, à peu près comme une conclusion dans son principe. Tous les théologiens sont d'accord sur ce point.

« Il est certain, dit Suarez, que nous croyons aujourd'hui des vé« rités que l'Eglise ne croyait pas auparavant d'une foi explicite, « quoique elles fussent renfermées implicitement dans la doctrine < primitive; et souvent l'Eglise, par son autorité a décidé des con« troverses, sans aucune révélation nouvelle, comme on peut le « montrer par des exemples manifestes: » Verum est aliquam propositionem explicite nunc credi de fide, quae antea explicite non credebatur ab Ecclesia, quamvis implicite in doctrina antiqua continereretur ... Saepe Ecclesia , sua auctoritate, controversias definivit, absque nova revelatione expressa ; ut potest manifestis exemplis ostendi. 1 »

Ainsi l'Eglise , à Nicée , a déclaré valide le Baptême des hérétiques ; jusque là cependant la question avait été bien chaleureusement controversée ; personne n'ignore le débat de S. Etienne et de S. Cyprien, à ce sujet. Ainsi encore pour ne pas multiplier les citations, l'Eglise à Trente n'a-t-elle pas proclamée comme vérité de tradition et révélation divine que l'adultère ne brise pas le lien conjugal, et cependant combien de docteurs jusque là avaient défendu la doctrine contraire !

Si ces points de doctrine s'etaient trouvés clairement formulés dans la Ste. Ecriture, ils n'eussent certainement pas donné lieu à tant de contestations.

1 In 3 D. Thom. 927, Disp. 3, sect. 6.

« PoprzedniaDalej »