Obrazy na stronie
PDF
ePub

miniatures auraient été volées, quelques années auparavant, pendant une exposition de Nantes? Aussi bien, ce livre, entré récemment à la Bibliothèque Nationale, a subi nombre d'aventures fort instruclives. M. Léopold Delisle les a racontées dans une lettre piquante, que M. Joseph Angot, le destinataire, a bien voulu me confier :

Lettre de M. Léopold Delisle, membre de l'Institut, admi

nistrateur général honoraire de la Bibliothèque Nationale, à M. Joseph Angot. en réponse à une lettre du 5 août 1905:

Paris, rue de Lille, 21,

8 août 1905.

Monsieur,

Votre lettre m'arrive à Chantilly, et c'est de là que je réponds à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 5 de ce mois. Voici ce que, loin de mes livres et de mes papiers, je puis vous dire de l'arrivée à la Bibliothèque Nationale du manuscrit qui vous intéresse.

Au mois de mai 1904. un libraire de Munich, M. Jacques Rosenthal, avec lequel je suis en relations depuis longtemps. me communiqua un missel qu'il voulait vendre et qui lui semblait intéresser tout particulièrement la France. Un simple coup d'æil suffit pour me laisser entrevoir que c'était un livre très curieux, à la fois comme æuvre d'art et comme document historique. Ayant demandé quelle somme on en demandait, je fus effrayé du prix qu'on espérait en tirer. Je fis observer que ce prix était excessif et qu'il n'était guère en rapport avec l'état délabré du volume, ni surtout avec les ressources dont disposait la Bibliothèque. M. Rosenthal insista el m'offrit de laisser le volume entre mes mains pour que je plisse en apprécier toute la valeur. J'acceptai la proposition, et craignant que le volume fût hientôt perdu pour la France, je pris tout ce qui pouvait servir à une description détaillée. J'étais d'ailleurs fort intrigué de savoir comment ce volume, de très chétive apparence, avait pris le chemin de Munich. C'est ainsi que j'ai recueilli à la hâte les matériaux d'une notice qui est restée inédite et que je pourrai vous envoyer prochainement de Paris.

Après avoir eu le manuscrit deux jours entre mes mains, je le rendis au libraire, en exprimant le regret de ne pouvoir pas l'acquérir, et je poursuivis mes recherches pour en découvrir l'origine. J'avais acquis la preuve qu'il devait venir des confins du Poitou ou de la Bretagne, et qu'il avait été très anciennement à l'usage du prieuré de Barbechat, dépendance de l'abbaye de Fontevrault. Ne trouvant rien par moi-même, j'écrivis à plusieurs de mes amis pour leur demander s'ils ne savaient rien sur le sort des livres liturgiques de Barbechat. L'un d'eux me renvoya au volume de l'Inventaire des Archives de la LoireInférieure qui renferme l'indication des parties anciennes des archives des communes de ce département. C'est là que je trouvai, avec une cote de classement dans un dépôt d'archives, une notice qui me sembla répondre au manuscrit communiqué par M. Rosenthal. Je priai un de mes amis d'aller, dans une promenade, visiter Barbechat et feuilleter l'ancien missel qui devait s'y trouver. Peu de jours après, je recevais une lettre qui avait été adressée à mon ami et lui conseillait de ne pas se déranger : le missel n'offrait aucun intérêt. et d'ailleurs les pages qui auraient pu fournir des renseignements historiques n'étaient plus lisibles, par suite de l'emploi des réactifs auxquels on avait eu recours pour en faciliter le déchiffrement. Cette particularité acheva de me démontrer l'identité du missel de M. Rosenthal et du manuscrit décrit dans l'inventaire de la Loire-Inférieure. J'avais eu, en effet, beaucoup de peine à déterminer le contenu de plusieurs pages de ce manuscrit, sur lesquelles les réactifs avaient laissé des traces faciles à reconnaître.

J'en étais là quand je reçus de M. Rosenthal une lettre dans laquelle il m'annonçait la prochaine mise en vente du Missel; il m'en prévenait d'avance, suivant l'habitude qu'il avail contractée et dont je lui ai toujours su gré.

En le remerciant de cette gracieuse attention, et en regretlant de ne pouvoir pas faire l'acquisition. j'ajoutais que, si le manuscrit paraissait sur le marché français, je me croirais obligé de le faire saisir, comme indûment sorti d'un dépôt public, ainsi que l'atteste la mention contenue dans un inventaire officiel. M. Rosenthal s'empressa de me répondre avec indignation qu'il ne voulait pas être soupçonné un instant de détenir un objet appartenant à un établissement public. Il m'annonçait le renvoi du missel et m'autorisait à en disposer à mon gré. Le surlendemain, la poste m'apportait le missel.

J'adressai immédiatement mes remerciements à M. Rosenthal, avec mes félicitations pour la délicatesse avec laquelle il avait agi. Je lui disais que, s'il me faisait savoir comment il s'était procuré le volume, je réussirais probablement à lui faire rembourser le prix de son acquisition. Il me répondit en me donnant le nom du libraire parisien qui lui avait vendu le missel et en m'indiquant la somme qu'il avait dû débourser. J'invitai le libraire à passer à mon cabinet : il avait deviné le motif de l'invitation. Sans que je lui eusse dit un mot, il me déclara qu'il venait de rembourser M Rosenthal, et, sans que jeusse à le presser, il me nomma la dame qui lui avait présenté le livre et à qui il avait soldé le montant de l'acquisition : la somme avait servi à payer des travaux que la fabrique avait fait exécuter dans l'église de Barbechat.

Rassuré sur l'issue de l'affaire. je me gardai bien de renvoyer le volume à Barbechat, où il passait pour dépourvu d'intérêt et illisible. Il me sembla de toute justice qu'il fût attribué à la Bibliothèque Nationale. par l'intervention de laquelle le détournement avait été découvert et le volume sauvé du danger de passer à l'étranger. Le Directeur de l'Enseignement supérieur, dans les attributions duquel sont les bibliothèques et les archives, partagea mon avis, et, comme l'affaire touchait aussi au service des archives, j'en avisai le Directeur des Archives, qui me répondit en me félicitant du résultat de Topération.

Me permettez-vous d'ajouter un détail? Par commisération pour les paroissiens de Barbechat, qui ne savaient comment se procurer la somme réclamée par le libraire à qui le missel avait été vendu, j'ai cru devoir tirer de ma bourse personnelle la somme à laquelle il avait, jusqu'à un certain point, droit de prétendre.

La quittance et toutes les pièces du dossier sont au secrétariat de la Bibliothèque Nationale.

Tout cela s'est passé quelques semaines avant la publication du décret qui m'a relevé de mes fonctions d'administrateur de la Bibliothèque Nationale. Puisse mon successeur n'avoir pas l'occasion d'éprouver les soucis que m'a causés la recherche de l'origine du missel et des moyens de l'empêcher de passer à l'étranger, ce que je considérais comme un devoir de ma charge!

Telle est l'histoire du danger que le missel de Barbechat a couru, et du sauvetage que la Bibliothèque Nationale a opéré. Puisque vous tenez à faire connaître les vicissitudes par lesquelles ce livre a passé dans ces derniers mois, vous pouvez faire usage, sous ma responsabilité, des renseignements contenus dans ma lettre. Dès que j'aurai mis la main sur la notice du fameux missel, je vous l'enverrai, et vous pourrez la publier, si vous n'y trouvez pas trop de traces de la sénilité que certains journaux ont invoquée pour justifier mon renvoi de la Bibliothèque Nationale. Je dis cerlains journaux, je n'oublierai jamais, en effet, les regrets qui ont été publiquement exprimés à cette occasion, en France aussi bien qu'à l'étranger.

Croyez-moi bien, Monsieur, votre dévoué

[ocr errors][merged small]

M Jacques Rosenthal, de Munich, m'ayant très gracieusement communiqué, au printemps de l'année 1904, un ancien missel français, dont les futures destinées m'étaient inconnues, j'ai cru bon d'en prendre une description sommaire et d'en copier le calendrier, qui n'est point dépourvu d'intérêt.

1. J'ai sollicité de M. Léopold Delisle l'honneur de publier la lettre qui precede et la notice qui suit. Par un procedé, dont le lecteur appréciera la délicatesse et la générosité, M. Joseph Angot avait bien voulu me faire abandon de ces documents précieux.

Volume de 176 feuillets, y compris la garde de la fin. Hauteur des feuillets, 350 millimètres; largeur, 230. Ecriture de la seconde moitié du xie siècle, antérieure, selon toute apparence, à la canonisation de saint Thomas de Cantorbéry', qui n'est point mentionné dans le calendrier. Les grands E onciaux ne sont point fermés ; il y a des e cédillés.

L'exécution du livre a été très soignée. Les initiales ont été correctement enluminées, parfois avec une véritable élégance. Il y faut signaler deux grandes peintures à pleine page : sur le fol. 102, les images de saint Pierre et de saint Jean; sur le fol. 102 vo, l'image du Père Eternel.

Les introït, graduels, offertoires et communions sont notés en neumes.

Le missel est ainsi divisé :
Fol. 1-98 : Propre du temps;
Fol. 99-101 : Calendrier.
Fol. 102-104 : Préface et Canon.
Fol. 105-152 : Propre des saints.
Fol. 152-175 : Commun et messes diverses.

Le manuscrit présente des lacunes assez considérables, qui existaient déjà au xvilio siècle quand il a etė folioté. Il y manque :

M. JOSEPH ANGOT est l'auteur d'une : Etude sommaire sur saint Martin de Vertou, suivie de quelques notes sur la paroisse de l'ertou (in-8 de 70 p.. 1905; extrait de la Rev. de Bret.)

1. Saint Thomas Becquet, mort en 1170, canonisé en 1173.

« PoprzedniaDalej »