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êtres de raison, des lois de la pensée et du raisonnement ;

de la morale, qui traite de l'être moral et de l'ordre qui lui correspond; — des sciences mathématiques et physiques, qui traitent de l'être réel ou possible, mais considéré dans ses réalités moins hautes : ses dimensions, sa quantité, ses qualités ou ses éléments sensibles. La métaphysique traite de l'immatériel ; si elle traite des corps, c'est en tant qu'ils sont connus d'une manière spirituelle, c'est-à-dire en tant qu'êtres, substances, natures, causes, et non pas en tant que mesurés, comptés, divisés, agissant sur les sens.

La métaphysique comprend deux parties : une partie générale, qui traite de l'être et de ce qui s'y rapporte : c'est l'ontologie ou philosophie première ; — une partie spéciale, qui traite successivement du monde (cosmologie, philosophie de la nature), de l'âme (psychologie) et de Dieu (théodicée). On peut ajouter à ces parties une pneumatologie ou traité des esprits purs, des anges ; mais, comme la philosophie ne nous en apprend rien ou ne nous les fait connaître que par comparaison avec l'âme, ce traité appartient plutôt à la théologie.

389. L'ontologie. Wolff donna le nom d'ontologie (science de l’être) à la métaphysique générale ou philosophie première (1). Aristote avait déjà dit qu'elle est la science de l’être en tant qu'être. Par là sont déjà exclues les prétentions de ces philosophes qui dénaturent la philosophie première pour ne mettre à sa place qu'une idéologie, un traité de l'origine des idées (Locke, Condillac, de Tracy) ou une théorie de la science (Fichte, auteur de la Doctrine de la science). La métaphysique est la science de l'être réel ou qui peut le devenir, c'est la science de l’être et de ses

(1) L'Ontologie de Wolf est de 1730. Mais, dès 1681, Duhamel avait proposé le nom d'ontologie dans sa Philosophia vetus et nova (V. Paul GENY, L'enseignement de la métaphysique scolastique, article publié dans les Études du 20 avril 1908).

principales formes, de ses modes les plus élevés ou les plus généraux (1).

On voit dès lors toute sa difficulté et toute son importance. Les subtilités excessives, les disputes interminables dont elle a fourni l'occasion et la matière ne justifient pas les attaques dont elle a été l'objet (2). La renverser, ce serait détruire la philosophie elle-même. Celle-ci, privée de la métaphysique, n'est plus qu'une logique stérile et une morale mal assise.

L'ontologie se divise en trois parties. La première traite de l’être et de ses modes transcendantaux, c'est-à-dire supérieurs aux genres (unité, vérité, bien) ; la deuxième, des catégories ou genres suprêmes ; la troisième, des cau

ses.

par les

390. Les transcendantaux. Il faut entendr transcendantaux l'être et ses modes généraux. Ces modes diffèrent des catégories : substance, qualité, quantité, etc., qui sont des modes spéciaux de l'être et qui par conséquent ne conviennent pas à tout être (3). Mais comment énumérer, déterminer les modes généraux de l'être, les principaux du moins ? Le voici :

(1) Saint Thomas définit l'ontologie : Scientia quæ « considerat ens, et ea quæ consequuntur ipsum. Scientia quæ habet pro subjecto ens, quod est commune ad omnia ; et ideo considerat ea quæ sunt propria entis, quæ sunt omnium communia, tanquam propria sibi, »

(2) On connaît les sarcasmes de Voltaire. D'Alembert n'est pas plus sage ; il est vrai qu'il confond la métaphysique avec une vaine idéologie : « Presque toutes les autres questions qu'elle se propose (la métaphysique), dit-il, sont insolubles et frivoles ; elles sont l'aliment des esprits téméraires ou des esprits faux, et il ne faut pas être étonné si tant de questions subtiles, toujours agitées et jamais résolues, ont fait mépriser par les bons esprits cette science vide et contentieuse qu'on appelle communément métaphysique.

(3) Cf. S. Th. de Veritate, a. 1 : « Aliqua dicuntur addere supra ens, in quantum exprimunt ipsius modum, qui nomine ipsius entis non exprimitur. Quod dupliciter contingit : uno modo ut modus expressus sit aliquis specialis modus entis (de là les catégories)... ; alio modo ita quod modus expressus sit modus generaliter consequens omne ens » (de là les transcendantaux).

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On peut considérer l’être en soi ou relativement. Remarquons, en passant, que cette relation est transcendantale elle-même, elle n'est pas un accident, elle n'est pas cette relation que nous compterons plus tard parmi · les catégories, et qui peut ne pas convenir à un être. Si l'on a égard au rapport supérieur qui est essentiel à tout être, il faut distinguer' d'abord, parmi les transcendantaux, l'absolu et le relatif (v. n° 65). Mais poursuivons. — L'être, considéré en soi, peut être exprimé affirmativement ou négativement. Si nous l'exprimons affirmativement, nous avons l'essence ou la chose (essentia; res); car l'être est son essence, et nous devons affirmer celle-ci de lui:l'être est ce qu'il est. Si nous l'exprimons négativement, nous avons l'un (adjectif) ou l'unité, c'est-à-dire l'indivision de l'être d'avec lui-même. Considéré par rapport à autre chose, l'être se distingue de cette chose, tout en s'y rapportant. cependant. En tant qu'il s'en distingue, nous le désignons comme un être ou quelque être (aliquid).

L'unité dont il s'agit ici n'est plus l'indivision de l'être d'avec lui-même, mais sa distinction d’avec tout autre. Ces deux aspects de l'unité nous apparaissent clairement dans l'un adjectif et dans l'un article ; autre est le sens de cette expression : l'homme est un et de celle-ci : homme.

Maintenant, en tant que l'être se rapporte à ce dont il se distingue, il est vrai ou bon : vrai, par rapport à l'intelligence ; bon, par rapport à la volonté. Et remarquons ici que le rapport de l'être avec un autre ne peut se terminer qu'à l'intelligence d'abord et, par l'intelligence, à la volonté; car l'intelligence est la seule faculté qui entre en relation avec l'être en tant qu'être.

On voit par là que les scolastiques ont fort bien énuméré l'être et ses modes transcendants de cette manière : ens, res, unum, aliquid, verum, bonum. Nous pouvons ramener cette énumération à quatre termes : l’être, l'un, le vrai, le bien ou le bon. Seulement, par le mot d'être, il faudra entendre soit l'être en tant qu'être, en tant qu'exis

un

tence, soit l'être en tant qu'essence ou chose ; et par le mot d'un ou d'unité il faudra entendre soit l'indivision de l'être d'avec lui-même, soit sa distinction d'avec tout autre. Nous traiterons donc successivement de l’être, de l'unité, de la vérité, et de la bonté ou du bien.

Au sujet de l'être en tant qu'être, et de son opposé le néant, nous établirons la thèse suivante :

THÈSE. L'idée d'être, avec la réalité qu'elle exprime, est ce qu'il y a de plus transcendant, de plus simple, de plus commun, de plus nécessaire ; l'idée d'être est absolument la première; elle n'est pas générique, ni à proprement parler universelle ; on ne peut la définir précisément; on ne la différencie pas, mais on la modifie; elle n'est pas univoque, ni équivoque, mais analogue.- De plus, l'idée d'être, qui est la première idée, c'est l'idée d'être existant plutôt que l'idee d'être possible. On peut concevoir le néant, qui est son opposé, mais on ne peut l'affirmer qu'avec limitation.

391. Caractères de l'idée d'être. 10 L’être est ce qu'il y a de plus transcendant ; car il est, par delà tous les genres, le dernier terme de l'analyse, le plus haut point de l'abstraction. Après la substance, la qualité... il y a l'essence, la possibilité..., puis l'être : il est impossible de poursuivre au delà, de monter plus haut ni de descendre plus bas.

20 L’être est ce qu'il y a de plus simple ; car on ne peut le diviser d'aucune manière ; il n'a pas de parties, pas d'espèces, pas d'accidents ni de modes qu'il puisse prendre et laisser ; tout mode est dans l'être. On ne peut donc pas analyser l'être comme tel, mais seulement tel ou tel être, il est le terme de l'analyse.

3o L’être est ce qu'il y a de plụs commun, c'est-à-dire ce que l'on attribue le mieux à toutes choses. Toute chose est : elle peut n'être pas vraie, ni bonne, ni opportune, mais elle est toujours, elle a nécessairement quelque réalité ou possibilité. Le premier, le plus universel, le plus inévitable de tous les attributs, c'est donc l'être.

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40 L'être est ce qu'il y a de plus nécessaire-Sans l'être il n'y a rien, et sans l'idée d'être il n'y a pas d'autre notion possible. L'être est l'objet nécessaire de l'intelligence comme la lumière est l'objet nécessaire de la vue. Ou bien notre intelligence n'agit pas, ou bien elle perçoit l'être. Certes notre esprit ne voit pas tout par cette seule idée, mais il ne progresse qu'en la modifiant de mille manières, elle est contenue dans toutes les autres. L'aveugle peut manquer de l'idée de lumière ; le sourd, de l'idée de son ; tous les hommes manquent d'une foule d'idées importantes, utiles, nécessaires même, mais aucun de ceux qui ont fait acte d'intelligence n'a manqué de l'idée d'être.

50 L'idée d'être est absolument la première, soit dans l'ordre du temps, soit dans l'ordre logique. Comme elle est la moins déterminée, la plus confuse et la plus élémentaire de nos idées, et que notre esprit va toujours de la connaissance imparfaite à la connaissance parfaite, il faut bien qu'il parte de là. Ce qui tombe d'abord dans l'esprit, c'est donc l'idée d'être. Elle est la première aussi dans l'ordre logique; car toutes les autres ne sont que ses déterminations, ses modifications ; elle s'étend à toutes les idées, elles les soutient et les constitue.

On nous objectera que la même idée ne peut être première dans l'ordre du temps et première aussi dans l'ordre logique, parce que ces deux ordres sont inverses, comme l'analyse et la synthèse. Mais nous répondrons que l'idée d'être qui est la première dans l'ordre du temps est une idée confuse, c'est l'idée qui tombe dans l'esprit de l'enfant, tandis que l'idée d'être qui est la première dans l'ordre logique, c'est une idée très claire, celle que se forme le philosophe qui voit toutes les applications de cette idée et comment elle est le point de suspension auquel toutes les autres sont attachées.

L'idée d'être n'est pas générique ; car en dehors du genre il y a la différence, tandis que rien n'existe en dehors de l'être ; le genre est circonscrit ou du moins limité, tandis que

l'est pas.

l'être ne

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