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de possession, et il m'annonce que M. Lamothe, qui s'est chargé de cette recherche, a pu déjà constater : « par un des titres de « propriété des dames minimettes que c'étoit bien à une des« cendante de Montaigne qu'avoit appartenu cet immeuble. » Ce qui précède suffit donc et au-delà pour maintenir rue des Minimes la demeure de Montaigne.

Les expressions de Bernadau, d'ailleurs si explicites, ont pu contribuer à amener ou à entretenir la confusion ; il parle de Montaigne et des minimettes comme s'ils avoient été contemporains; or, d'après lui-même le couvent a été fondé quatrevingts ans après la mort du philosophe.

Voici, en résumé, comment les choses ont dû se passer. Au XVI° siècle, à l'extrémité ouest de la ville de Bordeaux, le fort du Hâ existoit dans toute sa splendeur ; à son côté oriental on trouvoit et on trouve encore aujourd'hui une surface quadrilatère à peu près rectangle, limitée au couchant (du côté du sort), par la rue des Minimes, au levant par la rue des Palangues, au nord par la rue du Peugne (ou Martini), au midi par la rue du Hà. D'après les plans, cette surface peut avoir approximalivement 100 mètres dans son petit diamètre, et environ 125 dans le grand; elle a dû appartenir à la famille Montaigne; en eset, l'hôtel de Montaigne étoit sur la rue des Minimes; la portion du couvent des minimettes qui existe encore, et qui a été prise sur le terrain des Montaigne, est placée à peu près au milieu de l'intervalle de la rue des Minimes et de celles des Palangues ; enfin nous voyons qu'en 1616, Mme de Lestonnac transporte rue du Hà le couvent de N.-D., qu'elle a fondé, et qu'elle avoit établi en 1607, près la porte Saint-Germain (Bernadau). On peut croire, qu'elle choisit cet emplacement parce qu'il étoit voisin de sa famille; or, il se pourroit que sa mère, sæur de Michel Montaigne, eût eu dans les partages la portion de terrain sur la rue du Hà.

L'expression de modeste, appliquée par Millin et par Bernadau à la demeure de Montaigne, pourroit donc bien n'ètre pas très-convenable; les restes étoient modestes au commencement du siècle, mais dans le xvi®, alors que la propriété étoit entière, il y avoit assurément là les éléments d'une grande habitalion.

Postérieurement à la mort de Michel Montaigne, deux fondations religieuses eurent lieu dans ces parages : en 1608 les Minimes, entre la rue de ce nom et le fort du Hà, vis à vis des Montaigne, et en 1672 les Minimettes, au côlé opposé de la rue des Minimes, sur le terrain même de la famille Montaigne. — A cette époque et longtemps encore après, les quatre rues qui limitent la surface décrite suffisoient aux communications, et j'ai sous les yeux deux plans de Bordeaux, gravés par Lattré, l'un en 1755, l'autre en 1760, où ces rues seules existent. Mais postérieurement on a ouvert une rue dite des Minimettes, partant de la rue du Peugne, et se dirigeant en formant un angle droit vers la rue des Minimes; l'ancien hôtel de Montaigne s'est trouvé dans l'angle saillant formé par ce coude ; la maison qui offre aujourd'hui une croisée qui a peut-être appartenu à sa demeure ouvre sur cette dernière portion, et c'est ainsi qu'on a été amené à dire que Montaigne avoit demeuré rue des Minimettes, ou, comme dit Bernadau, que son hôtel étoit placé au nord du couvent, quoique couvent et rue n'existassent pas de son temps.

Ce quartier, depuis une vingtaine d'années, a subi une véritable transformation; le fort du Hà a disparu, il est remplacé par le Palais de Justice, une caserne et une prison ; la rue Pellegrin a été prolongée sur l'ancien terrain des Montaigne ; la place Rohan, l'Hôtel de Ville ont été créés dans le voisinage.

On peut donc dire que le temps presse pour recueillir tout ce qui a trait à une habitation intéressante dont les derniers vestiges, s'il en existe encore, sont près de disparoître.

Les impressions provoquées par la vue des habitations de Montaigne sont diverses comme les phases de sa vie; si en visitant son château on aime à se représenter le philosophe dans le calme de ses méditations, en face des lieux qu'il a habités à Bordeaux, on se reporte aux temps de troubles, de guerres, de persécutions pendant lesquels il a vécu, on doit croire que, conseiller au parlement ou maire, il a dû y éprouver de bien fièvreuses émotions, et un intérêt puissant se rattache à de tels souvenirs. Cicéron l'a dit : Tanta vis admonitionis inest in locis, (De fin. bon. et mal., lib. V, 2), et Montaigne lui-même : « La veue des places que nous savons avoir été hantées et « babitées par personnes desquelles la mémoire est en recom« mandation nous esmeut aucunement plus qu’ouir le récit de a leurs faits ou lire leurs écrits. » III, 9. (1)

Dr J.-F. PAYEN.

(1) Montaigne traduit ici littéralement Cicéron, et il est surprenant que l'érudit M. J. V. Le Clerc, qu'on peut respectueusement qualifier. Cicéronien, n'en ait pas fait la remarque, puisque l'auteur des Essais recommande à ses éditeurs de le déplumer; le lecteur jugera si Montaigne' en ce passage pic s'est pas paré de la plume de Cicéron :

« Tum Piso, natura ne nobis hoc, inquit, datum dicam, an errore quàa dam, ut, cum ea loca videamus in quibus memoria dignos viros acceperi· mus multos esse versatos, magis moveamur, quam si quando eorum ipso. « rum, aut facta audiamus, aut scriptum aliquid legamus ? »

DISSERTATIONS CHOISIES DE L'ABBÉ LEBEUF.

REMARQUES SUR LES GÉANTS. (1)

Pendant que tout ce qu'il y a de mathématiciens en France s'appliquent à trouver du faux dans les preuves de M. Mathulon, (2) je n'ai envisagé son défi qu'avec les mêmes yeux qu'auroit fait maitre Etienne Pasquier, s'il étoit encore au monde. Qu'on dise tant qu'on voudra que mille écus sont bons à gagner , je les abandonne à ceux qui en ont plus envie que moi. Ce que j'en ai lů dans votre journal, n'a pas tant excité mon attention que certains autres articles de matière moins abstraite et moins voisine de l'algèbre. Pasquier trouva plaisamment la quadrature du cercle dans une chose qui est fort commune, surtout parmi les gens d'église et du barreau : C'est en parlant de l'origine des bonnets, lib. 4, c. 15, qu'il égaye ainsi son sujet. Après avoir avancé que c'est une coûtume très-inepte que nous reparions nos têtes rondes avec des bonnets quarrez, il ajoûte en badinant, ce qui suit : En quoi, dit-il, l'on peut dire que par une grande bigearrerie, nous avons par hazard trouvé la quadrature du cercle, amusoir ancien des mathématiciens, ils ne purent jamais donner atteinte. Cette décision d'un célèbre jurisconsulte ne sera pas, je m'assure, du goût de nos mathématiciens; ils passeront ou essayeront de passer outre. Ils sont trop persuadez qu'on peut ajoûter bien des perfections aux recherches des anciens, et que l'on découvrira toujours de temps en temps de quoi les redresser. Je suis assez de cet avis jusqu'à un certain point, et je vous l'avois déjà fait connoître. En voici une preuve toute récente. Comme l'on n'est pas obligé de désérer aveuglé

(1) Mercure de France, mars 1728.
(2) M. Mathulon prétendoit avoir trouvé la quadrature du cercle.

ment à tout ce que les anciens auteurs marquent dans leurs écrits touchant les effets de la nature, et que personne, par exemple, ne s'avise de dire aujourd'hui avec quelques-uns d'entre eux, que la terre est quarrée ou toute platte; j'avais crû pouvoir ne pas ajouter foi à ce que saint Augustin marque dans son quinzième livre de la Cité de Dieu, chap. 9, louchant la dent molaire d'un homme, qui fut trouvée de son temps sur le rivage de la mer, proche la ville d'Utique, et qu'il assure avoir vüe luimême. Il témoigne qu'elle étoit d'une grosseur si énorme, que si on l'eût voulu tailler en morceaux, on eût pu faire de cette seule dent une centaine des nôtres. Vidi, ipse, non solus, sed aliquot mecum in Uticensi littore molarem hominis dentem tam ingentem, ut si in nostrorum dentium modulos minutatim consideretur, centum nobis videretur facere potuisse. Quoique ce saint docteur ajoûte que cette dent lui paroissoit provenir de quelque géant extraordinaire, j'avois crû, sans perdre le respect qui lui est dû, qu'il auroit pû se faire aussi que cette dent fût venue d'un monstre marin. Mais la découverte du squelette d'un géant, marquée dans le Mercure du mois dernier, me fait changer de sentiment. Si cette découverte est bien véritable, elle laisse à penser qu'il y avoit à peu près la même proportion de corps dans le géant d'Afrique que dans celui de Macédoine, puisque si une dent de celui-ci pesoit dix-huit livres de France, il est constant qu'il y avoit de quoi faire plus de cent de nos dents communes. Ainsi saint Augustin paroît n'avoir pas exagéré la chose ni avoir été trop crédule. Ce saint Père ajoûle qu'on trouvoit encore de temps en temps des ossements qui prouvent que la taille commune des anciens avoit été bien plus grande qu'on ne la voit aujourd'hui parmi les hommes : et comme les géants devoient encore surpasser les autres, il en infère que la dent qu'il vit, venoit d'un des géants de ces premiers temps. Sed illum gigantis alicujus fuisse crediderim. Nam præter quod erant omnium multò majora quàm nostra tunc corpora, gigantes longè cæteris anteibant... Verùm ut dixi antiquorum magnitudines corporum inventa plerumque ossa,

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