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DISCOURS

EN VERS

SUR LA CALOMNIE.

Nous avons parmi nous détruit la tyrannie.

Ne détruirons-nous pas l'impure calomnie?
J'entends déjà frémir, au nom de Liberté,
Ce monstre enorgueilli de son impunité.
Les lois à son poignard opposent leur égide;
Mais, bravant du sénat la justice rigide,
Il insulte au courroux des impuissantes lois,
Et de la renommée usurpe les cent voix.
D'écrivains, d'imprimeurs quelle horde insensée
Diffame ce bel art de peindre la pensée!

Dans ce nombreux essaim, doublement indigent,
Nul n'a besoin d'honneur, tous ont besoin d'argent.
A la honte aguerris, ces forbans littéraires
Ont mis leur conscience aux gages des libraires.
Envieux par nature, et brigands par métier,
Ils vendent l'infamie à qui veut la payer;

Et, meublant de Maret la boutique infernale,
Ils dînent du mensonge, et soupent du scandale.

Bon! me dit un lecteur, à quoi tendent ces vers? Ce bas monde est rempli de sots et de pervers. Mais veux-tu, des héros négligeant la peinture, Abaisser tes crayons à la caricature?

Et le hideux portrait des bâtards de Gacon
Doit-il souiller la main qui peignit Fénélon?
A F........, à L........, daigneras-tu répondre?
Leur nom seul prononcé suffit pour les confondre.
D'accord, je ne veux point, don Quichotte nouveau,
De prétendus géans me remplir le cerveau,
Et, la lance en arrêt, cherchant les aventures,
Ou redresser les torts, ou venger les injures.
On condamne à l'oubli de petits charlatans,
Mécontens du public, et d'eux-mêmes contens.
Mais c'est peu d'ennuyer: les sots veulent proscrire.
A leur honte vénale on les a vus sourire;
Ils pouvaient, retranchés dans leur obscurité,
Échapper aux sifflets de la postérité :

Vaincus par l'ascendant d'une étoile ennemie,
Ils ont cherché l'éclat, l'argent, et l'infamie.
Ah! ce n'est pas ainsi que les esprits bien faits
Méditent à loisir de durables succès:

Ils ne franchissent point la limite sacrée,

Et par eux la décence est toujours honorée.

L'écrivain philosophe, au-dessus des clameurs,

Instruit par la morale, et même

par ses mœurs.

La balance à la main, la sévère critique

Voit couronner son front du laurier didactique :
Armé de la satire, un utile censeur,

Avoué par le goût, en est le défenseur :

Le crime est au-delà : tout libelliste avide,
Armé de l'imposture, est un làche homicide.
Le plus vil a le prix dans un métier si bas;
Mentir est le talent de ceux qui n'en ont pas;
Nuire est la liberté qui convient aux esclaves :
Pour donner aux Français de nouvelles entraves,
De libelles fameux les auteurs inconnus

Ont sur ce noble droit fondé leurs revenus.

du génie,

Comme eux, nos décemvirs, ces tyrans Chérissaient, protégeaient, vantaient la calomnie; Et du chêne civique ils couronnaient le front Qu'à Rome on eût flétri d'un solennel affront. Ah! si quelque insensé défendait leur système, Regarde, lui dirais-je, et prononce toi-mêmc. Vois le crime, usurpant le nom de Liberté, Rouler dans nos remparts son char ensanglanté; Vois des pertes sans deuil, des morts sans mausolées; Les grâces, les vertus d'un long crêpe voilées; Près d'elles le génie éteignant son flambeau,

Et les beaux-arts pleurant sur un vaste tombeau.

Ces malheurs sont récens. Quel monstre les fit naître ?

A sa trace fumante on' peut le reconnaître :
La calomnie esclave, à la voix des tyrans,
De ses feux souterrains déchaîna les torrens,
Qui, du Var à la Meuse, étendant leurs ravages,
Ont séché les lauriers croissant sur nos rivages.

Nos champs furent déserts, mais peuplés d'échafauds;
On vit les innocens jugés par les bourreaux.
La cruelle livrait aux fureurs populaires

Du sage Lamoignon les vertus séculaires.
Elle égorgeait Thouret, Barnave, Chapelier,
L'ingénieux Bailly, le savant Lavoisier,
Vergniaud dont la tribune a gardé la mémoire,
Et Custine qu'en vain protégeait la victoire.
Condorcet, plus heureux, libre dans sa prison,
Échappait au supplice en buvant le poison.
O temps d'ignominie, où, rois sans diadème,
Des brigands parvenus à l'empire suprême,
Souillant la Liberté d'éloges imposteurs,

Immolaient en son nom ses premiers fondateurs!

Allons, plats écoliers, maîtres dans l'art de nuire, Divisant pour régner, isolant pour détruire, Suivez encor d'Hébert les sanglantes leçons; Sur les bancs du sénat placez les noirs soupçons; Qu'au milieu des journaux la loi naisse flétrie; Dans les pouvoirs du peuple insultez la patrie;

Qu'un débat scandaleux s'élève, à votre voix,
Entre le créateur et l'organe des lois;
Empoisonnez de fiel la coupe domestique;
Étouffez les accens de la franchise antique;
Courez dans tous les cœurs attiédir l'amitié;
Séchez dans tous les yeux les pleurs de la pitié;
Opposez aux vivans l'éloquence des tombes;
Prêchez l'humanité, mais parlez d'hécatombes :
Plus coupables encor, tels que de noirs corbeaux,
Osez des morts fameux déchirer les lambeaux;
Auprès de leurs rayons rassemblez vos ténèbres;
Brisez vos faibles dents sur leurs pierres funèbres.
Ah! de ces demi-dieux si les noms révérés

Par la gloire et le temps n'étaient pas consacrés,
Leur immortalité deviendrait votre ouvrage :
La calomnie honore en croyant qu'elle outrage.
Narcisse et Tigellin, bourreaux législateurs,
De ces menteurs gagés se font les protecteurs :
De toute renommée envieux adversaires,
Et d'un parti cruel plus cruels émissaires,
Odieux proconsuls, régnant par des complots,
Des fleuves consternés ils ont rougi les flots.
J'ai vu fuir, à leur nom, les épouses tremblantes;
Le Moniteur fidèle, en ses pages sanglantes,
Par le souvenir même inspire la terreur,
Et dénonce à Clio leur stupide fureur.

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