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de la rime ? Les Anglais et les Italiens diraient également, après les Grecs et les Romains, les pâles humains Minos aux enfers juge, et enjamberaient avec grâce sur l'autre vers; la manière même de réciter des vers, en italien et en anglais, fait sentir des syllabes longues et brèves, qui soutiennent encore l'harmonie fans besoin de rimes : nous qui n'avons aucun de ces avantages, pourquoi voudrions-nous abandonner ceux que la nature de notre langue nous laisse ?

M. de la Motte compare nos poëtes, c'est-àdire nos Corneilles, nos Racines , nos Despréaux , à des faiseurs d'acrostiches, et à un charlatan qui fait passer des grains de millet par le trou d'une aiguille ; il ajoute que toutes ces puérilités n'ont d'autre mérite que celui de la difficulté surmontée. J'avoue que les mauvais vers font à-peu-près dans ce cas; ils ne diffèrent de la mauvaise prose que par la rime; et la rime feule ne fait ni le mérite du poëte , ni le plaisir du lecteur. Ce ne sont point seulement des dactyles et des spondées qui plaisent dans Homère et dans Virgile : ce qui enchante toute la terre, c'est l'harmonie charmante qui naît de cette mesure difficile.

Quiconque se borne à vaincre une difficulté pour le mérite seul de la vaincre, est un fou; mais celui qui tire du fond de ces obstacles mêmes des beautés qui plaisent à Théâtre. Tom. I.

F

tout le monde, est un homme très-fage et presque unique. Il est très-difficile de faire de beaux tableaux, de belles statues, de bonne musique, de bons vers: aussi les noms des hommes supérieurs qui ont vaincu ces obstacles, dureront-ils beaucoup plus peut-être que les royaumes où ils sont nés.

Je pourrais prendre encore la liberté de disputer avec M. de la Motte sur quelques autres points; mais ce serait, peut-être marquer un dessein de l'attaquer personnellement, et faire soupçonner une malignité dont je suis aussi éloigné que de ses sentimens. J'aime beaucoup mieux profiter des réflexions judicieuses et fines, qu'il a répandues dans son livre, que de m'engager à en réfuter quelques-unes qui me paraissent moins vraies que les autres. C'est assez pour moi d'avoir tâché de défendre un art que j'aime, et qu'il eût dû défendre lui-même.

Je dirai seulement un mot, si M. de la Faye veut bien me le permettre, à l'occasion de l'ode en faveur de l'harmonie, dans laquelle il combat en beaux vers le système de M. de la Motte, et à laquelle ce dernier n'a répondu qu'en profe. Voici une stance dans laquelle M. de la Faye a rassemblé en vers harmonieux et pleins d'imagination , presque toutes les raisons que j'ai alléguées.

De la contrainte rigoureuse
Ou l'esprit semble resserré,
Il reçoit cette force heureuse ,
Qui l'élève au plus haut degré.
Telle, dans des canaux pressée,
Avec plus de force élancée
L'onde s'élève dans les airs ;
Et la règle qui semble austère,
N'est qu'un art plus certain de plaire ,

Inséparable des beaux vers. Je n'ai jamais vu de comparaison plus juste, plus gracieuse, ni mieux exprimée. M. de la Motte, qui n'eût dû y répondre qu'en l'imitant seulement, examine si ce sont les canaux qui font que l'eau s'élève, ou si c'est la hauteur dont elle tombe qui fait la mesure de son élévation. Qr trouvera-t-011, continue-t-il, dans les vers plutót que dans la prose, cette première hauteur de pensées ? etc.

Je crois que M. de la Motte se trompe comme physicien; puisqu'il est certain que, sans la gêne des canaux dont il s'agit, l'eau ne s'élèverait point du tout, de quelque hauteur qu'elle tombât. Mais ne se trompe-t-il pas encore plus comme poëte ? Comment n'a-t-il pas senti , que, comme la gêne de la mesure des vers produit une harmonie agréable à l'oreille , ainsi cette prison où l'eau coule renfermée produit un jet d'eau qui plaît à la vue ? La comparaison n'est-elle pas aussi juste que riante ? M. de la Faye a pris

fans doute un meilleur parti que moi : il s'est conduit comme ce philosophe qui, pour toute réponse à un sophiste qui niait le mouvement, se contenta de marcher en sa présence. M. de la Motte nie l'harmonie des vers; M. de la Faye lui envoie des vers harmonieux : cela feul doit m'avertir de finir ma prose.

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ESTAMPES

DESTINÉES A ORNER LES ÉDITIONS

DE M.DE VOLTAIRE.

GRAVEES D'APRÈS LES DESSINS

DEM. MOREAU, dessinateur & graveur du cabinet da Roi,& de fon Académie Rze de Peinture & Sculpture,

elles se vendent séparément des Editions.

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