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Je commence à goûter une juste espérance ;
Vous m'avez bien fervi par tant de diligence ;
Tout succède à mes voeux. Oui, cette lettre , Albin,
Contient le sort de Rome, et celui de Tarquin.
Avez-vous dans le camp réglé l'heure fatale?
A-t-on bien observé la porte Quirinale ?
L'assaut sera-t-il prêt, fi par nos conjurés
Les remparts cette nuit ne nous font point livrés ?
Tarquin est-il content ? Crois-tu qu'on l'introduise,
Ou dans Rome sanglante, ou dans Rome soumise ?

Α Ι Β Ι Ν.

Tout fera prêt, Seigneur, au milieu de la nuit,
Tarquin de vos projets goûte déjà le fruit;
Il pense de vos mains tenir fon diadème;
Il vous doit, a-t-il dit, plus qu'à Porsenna même.

ARON S.

Ou les dieux, ennemis d'un prince malheureux,
Confondront des desseins si grands , fi dignes d'eux;
Ou demain fous fes lois Rome fera rangée:
Rome en cendre , peut-être, et dans son sang plongée.

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Mais il vaut mieux qu'un roi , sur le trône remis
Commande à des sujets malheureux et soumis;
Que d'avoir à dompter, au sein de l'abondance,
D'un peuple trop heureux l'indocile arrogance.

(à Albin.)
Allez, j'attends ici la princesse en secret.

(. Melala.) Meffala , demeurez.

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He bien! qu'avez-vous fait? Avez-vous de Titus fléchi le fier courage ? Dans le parti des rois pensez-vous qu'il s'engage ?

M E SS A L A.

Je vous l'avais prédit: l'inflexible Titus
Aime trop sa patrie, et tient trop de Brutus.
Il se plaint du Sénat , il brule pour Tullie;
L'orgueil, l'ambition, l'amour, la jalousie,
Le feu de fon jeune âge et de ses paslions,
Semblaient ouvrir son ame à mes féductions;
Cependant, qui l'eût cru? la liberté l'emporte :
Son amour est au comble, et Rome est la plus forte.
J'ai tenté, par degrés, d'effacer cette horreur
Que pour le nom de roi, Rome imprime en son cæur.

En vain j'ai combattu ce préjugé févère ;
Le seul nom des Tarquins irritait fa colère ;
De son entretien même il m'a soudain privé,
Et je hasardais trop fi j'avais achevé.

ARON S. Ainsi de le fléchir Meffala désespère.

M E S S A LA. J'ai trouvé moins d'obstacle à vous donner son frère: Et j'ai du moins féduit un des fils de Brutus.

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Quoi! vous auriez déjà gagné Tiberinus ?
Par quels ressorts secrets, par quelle heureuse intrigue ?

M E SS A L A. Son ambition seule a fait toute ma brigue. Avec un cil jaloux il voit, depuis long-temps, De son frère et de lui les honneurs différens. Ces drapeaux suspendus à ces voûtes fatales, Ces festons de lauriers, ces pompes triomphales, Tous les cours des Romains et celui de Brutus Dans ces solemnités volant devant Titus, Sont pour lui des affronts qui, dans son ame aigrie Echauffent le poison de sa secrète envie. Et cependant, Titus , fans haine et sans courroux, Trop au-dessus de lui pour en être jaloux, Lui tend encor la main de son char de victoire, Et semble en l'embrassant l'accabler de fa gloire. J'ai faisi ces momens, j'ai su peindre à ses yeux, Dans une cour brillante un rang plus glorieux. J'ai pressé, j'ai promis, au nom de Tarquin même, Tous les honneurs de Rome après le rang suprême ;

Je l'ai vu s'éblouir, je l'ai vu s'ébranler ;
Il est à vous, Seigneur, et cherche à vous parler.

A R O N S.

Pourra - t-il nous livrer la porte Quirinale ?

M E S S A L A.
Titas feul y commande, et fa vertu fatale
N'a que trop arrêté le cours de vos destins ;
C'est un dieu qui préside au salut des Romains.
Gardez de hasarder cette attaque foudaine,
Sûre avec son appui, fans lui trop incertaine.

ARON S.
Mais fr du confulat il a brigué l'honneur,
Pourrait-il dédaigner la suprême grandeur,
Et Tullie, et le trône offerts à son courage ?

M E SS A L A.

Le trône est un affront à fa vertu sauvage.

ARON S.

Mais il aime Tullie.

M E S S A LA.

Il l'adore , Seigneur.
Il l'aime d'autant plus qu'il combat son ardeur.
Il brûle pour la fille en déteftant le père;
Il craint de lui parler , il gémit de se taire;
Il la cherche, il la fuit, il dévore ses pleurs;
Et de l'amour encore il n'a que les fureurs.
Dans l'agitation d'un fi cruel orage,
Un moment quelquefois renverse un grand courage.
Je sais quel est Titus: ardent, impétueux,
S'il se rend, il ira plus loin que je ne veux.

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La fière ambition qu'il renferme dans l'ame,
Au flambeau de l'amour peut rallumer sa flamme,
Avec plaisir sans doute il verrait à ses pieds
Des sénateurs tremblans les fronts humiliés ;
Mais je vous tromperais, si j'osais vous promettre
Qu'à cet amour fatal il veuille se soumettre.
Je peux parler encore, et je vais aujourd'hui. .,

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ARON S.
Puisqu'il est amoureux, je compte encor fur lui.
Un regard de Tullie, un seul mot de sa bouche,
Peut plus pour amollir cette vertu farouche,
Que les subtils détours et tout l'art féducteur
D'un chef de conjurés et d'un ambassadeur.
N'espérons des humains rien que par leur faiblesse.
L'ambition de l'un, de l'autre la tendresse,
Voilà des conjurés qui ferviront mon roi;
C'est d'eux que j'attends tout; ils sont plus forts que moi.

(Tullie entre. Mesala se retire.)

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ARON S. MADAME,

ADAME, en ce moment je reçois cette lettre Qu'en vos auguftes mains mon ordre eft de remettre , Et que jusqu'en la mienne a fait passer Tarquin.

T U L L I E.
Dieux ! protégez mon père, et changez son destin.

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