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RATIONAL

OU

MANUEL DES DIVINS OFFICES

DE

GUILLAUME DURAND,

ÉVÈQUE DE MENDE AU TREIZIÈME SIÈCLE.

LIVRE QUATRIÈME.

LA MESSE.

CHAPITRE PREMIER.

DE LA MESSE, ET DE TOUT CE QUI A LIEU PENDANT LA MESSE.

I. Entre tous les mystères (sacramenta) de l'Eglise , il est constant que celui qui tient le premier rang est celui que

l'on célèbre pendant l'office de la messe sur la table du très-saint autel; mystère qui représente ce festin de l'Eglise pour lequel le père tue le veau gras afin de fêter le retour de son fils, et où il lui offre le pain de vie et le vin mixtionné de la sagesse.

II. Or, c'est le Christ lui-même qui a institué cet office, lorsqu'il termina le Nouveau-Testament, en partageant son royaume à ses héritiers, comme son Père en avait disposé pour

à lui-même, afin qu'ils mangent sur sa table et boivent dans son royaume, ce que l'Eglise a consacré; car, comme ils soupaient, Jésus prit le pain, et, rendant grâces, le bénit et le brisa, et le

TOME II.

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donna à ses disciples en disant : « Recevez et mangez; ceci est « mon corps qui, pour vous, sera livré; faites ceci en commé« moration de moi. » Donc, les apôtres, formés par cet enseignement, commencèrent à offrir fréquemment le très-saint mystère pour la cause que le Christ avait indiquée expressément, conservant la même forme dans les paroles et la même matière dans les espèces (in rebus), ainsi que l'Apôtre le déclare aux Corinthiens, quand il leur dit : « J'ai appris du « Seigneur ce que je vous ai appris à mon tour, à savoir : que

છે « le Seigneur Jésus, dans cette nuit où il devait être livré, prit « du pain, et, rendant grâces, le rompit et dit : « Prenez et « mangez, ceci est mon corps, etc. » Donc, l'office de la messe est plus digne et plus solennel que le reste des divins offices. Voilà pourquoi on doit parler dans cette quatrième partie de lui avant les autres offices, partie dans laquelle nous consulterons le Speculum du pape Innocent III, touchant quelques mystères et quelques points attaqués par les hérétiques.

III. Assurément (comme on l'a dit plus haut), le Seigneur Jésus, prêtre selon l'ordre de Melchisédech, institua la messe quand il transmua (transmutavit) le pain et le vin en son corps et en son sang, en disant : « Ceci est mon corps, cela est mon « sang ; » ajoutant aussitôt : « Faites cela en commémoration « de moi. »

IV. Et les apôtres ont ajouté à cette messe, en disant nonseulement les susdites paroles, mais même en y joignant en sus l'Oraison dominicale.

V. D'où vient que l'on dit que le bienheureux Pierre, le premier, célébra ainsi la messe dans les pays d'Orient, où, après la

, passion du Seigneur , il occupa pendant quatre ans la chaire sacerdotale ; et ensuite il prit la chaire d'Antioche, où il ajouta trois oraisons à la messe. Or, dans l'origine de la naissante Eglise, on disait autrement la messe qu'à présent, comme on le dira dans la sixième partie, au chapitre de la Parascève ou Vendredi saint, et, par la suite du temps, la seule récitation de l'épître et de l'évangile constitua la célébration de la

messe.

VI. Ensuite, le pape Célestin établit qu’on chanterait l’Introït avant la messe, comme on le dira au chapitre de l'Introït. On lit que les autres parties de la messe y furent, en divers temps, ajoutées par les autres papes, comme Gélase, Célestin et Grégoire, et d'autres , autant que le culte de la religion chrétienne croissant, il parut qu'elles conviendraient davantage pour la décence. On parlera de cela dans la préface de la sixième partie. VII. On lit dans le canon (De cons., d. 1, Jacobus) que Jac

1 ques, frère du Seigneur, évêque de Jérusalem (a), et Basile, évêque de Césarée, nous ont transmis dans leurs écrits la manière de célébrer la messe (ordinem celebrandi missam). On dit encore que ce fut Jacques, fils d’Alphée, qui, le premier entre les apôtres, célébra la messe ; car, à cause de l'excellence de sa sainteté, les apôtres lui firent cet honneur, qu'après l'ascension du Seigneur le premier d'entre eux il célébra la messe à Jérusalem (b), même avant d'avoir été ordonné évêque; ou peut-être on dit que le premier il l'a célébrée, parce que l'on assure que le premier il l'a dite revêtu des ornements pontificaux ; et ainsi Pierre, après lui, le premier célébra la messe à Antioche, et Marc à Alexandrie.

VIII. Mais certains hérétiques perfides nous reprennent de ce que nous lisons à la messe les évangiles lacérés en petites parties, et de ce qu'à la messe primitive, c'est-à-dire outre l'oraison dominicale, nous ajoutons quelque chose en sus; car il est écrit : « Si quelqu'un ajoute à cela, Dieu enverra sur lui les plaies « écrites dans ce livre. » Ils nous reprennent aussi de ce qu'en sus du Nouveau-Testament et des préceptes des apôtres, nous

(a) S. Jacques-le-Mineur.

(6) A cause de quoi il est appelé par S. Epiphane le Chef du sacrifice, et communément le Liturgique, comme qui dirait le Sacrificateur par excellence: aussi dit-on qu'il composa la première liturgie, que nous avons encore.

»

avons encore établi d'autres règles et le nouvel enseignement des docteurs, et de ce que nous les observons contre ce que le Christ a dit : « Vraiment, vous avez rendu inutile le com« mandement de Dieu pour conserver votre tradition. » Et ail« leurs : « Toute plantation que n'aura pas plantée mon Père, « qui est dans les cieux, sera arrachée. » Et l'Apôtre : « Ne « veuillez point vous laisser entraîner à des doctrines diverses « et étrangères. » Et encore : « Personne ne peut poser d'autre « fondement que celui qui a été posé, qui est le Christ. »

IX. Ils disent encore que l'Eglise du Christ n'a chanté ni messe ni matines, que ni le Christ ni les apôtres ne l'ont instituée, et qu'on ne la chantait point dans le temps des apôtres, et que l'on n'entendait pas alors parler de messe dans le monde, et qu'on ne trouvait rien d'écrit sur ce sujet; mais que ce que la messe représente est appelé la Cène par les évangélistes, et que ni dans l'Eglise au commencement, ni les apôtres ne la chantaient avec l'orgue, instrument de musique, ni à haute du basse voix (alta nec dulci voce cantabant), nous reprenant de ce que nous faisons ces choses, et de ce que nous disons les nocturnes et les autres heures canoniques, en induisant faussement contre nous cette parole du prophète Amos : « Je change« rai vos festivités en deuil, et tous vos cantiques en gémisse« ments. » Et cette parole du prophète [Ezéchiel] : « Ils en« tendent tes paroles et ne les pratiquent pas, parce qu'ils les « changent en un cantique qu'ils repassent dans leur bouche pendant que leur cæur suit son avarice, et tu leur es comme

, « un air de musique que l'on chante d'une manière douce et « agréable. »

X. Cependant, leur erreur est très-évidemment réfutée et tourne à leur confusion, d'après ce qui sera dit dans la préface de la cinquième partie. Encore, dans la primitive Eglise, les divins mystères étaient célébrés en hébreu; mais, au temps de l'empereur Adrien Jer, on commença d'abord à les célébrer en grec dans l'Eglise orientale des chrétiens.

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