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si on se donne la patience de l'examiner de près, à Tertullien qui, dans les endroits clairs et dans des ouvrages entiers, a pour but de décider en notre faveur? Oseront-ils opposer Tertullien Montaniste à Tertullien défenseur de l'Eglise dans son livre des Prescriptions? Que nous dit-il dans ce livre révéré de tout le christianisme, où son glaive, comme saint Augustin le dit de saint Cyprien, a tranché par avance les hérésies de tous les siècles? Il nous assure que c'est le propre des hérétiques de vouloir exciter la curiosité des fidèles, et de dire sans cesse : Cherchez dans les Ecritures, et vous trouverez. « Nous devons croire, » dit-il (1), véritable et enseigné par le Seigneur ce » qui est de l'ancienne tradition.... Si quelque hérésie » se vante d'être apostolique, nous lui disons qu'elle >> aille chercher son origine, qu'elle examine l'ordre » et la succession de ses évêques qui descendent de la » source; qu'ils nous montrent des évêques établis >> par les apôtres dans l'épiscopat, et qui aient con» servé chez eux cette semence apostolique. » Voilà la succession du ministère par laquelle Tertullien décide. Combien étoit-il éloigné de dire qu'il n'étoit pas question d'examiner la mission et la succession du ministère, puisque deux ou trois faisoient une église, et que chacun étoit prêtre pour soi-même ! Mais écoutons encore sa vraie doctrine. «Suivant » la règle que l'Eglise a reçue des apôtres, les apôtres de Jésus-Christ, et Jésus-Christ de Dieu, » il ne fant point admettre les hérétiques à dispu» ter contre nous sur les Ecritures, puisqu'ils n'ont >> point d'Ecritures, et qu'elles ne leur appartien(1) De Præscript. cap. XXI, XXXII.

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» nent pas..... Ils n'ont aucun droit de se les approprier. Nous leur disons: Qui êtes-vous? quand et » d'où êtes-vous venus? que faites-vous dans notre » bien, vous qui n'êtes pas des nôtres? L'Ecriture est » mon bien; j'en suis de temps immémorial en pos» session ; je la possède le premier; j'ai une origine » assurée; je suis héritier des apôtres (1). » C'est ce qui a fait dire à M. Jurieu que saint Cyprien tenoit de Tertullien son opinion cruelle sur l'unité de l'Eglise. Voilà donc, de son propre aveu, Tertullien, qui bien loin de donner les clefs aux laïques pour se conduire eux-mêmes dans les besoins, ne veut pas même écouter, sur la doctrine des Ecritures, quiconque n'est pas dans la parfaite unité de foi sous le ministère successif qui vient des apôtres sans interruption.

Enfin, quand même Tertullien auroit dit ce que les Protestans lui font dire, ils n'auroient pour eux que Tertullien, contraire à lui-même, et tombé de sa première sagesse jusqu'aux plus monstrueuses visions; ils n'auroient point la consolation d'avoir pour eux un homme qui fût dans la communion de toutes les anciennes églises du christianisme: ainsi ils n'en auroient pas moins contre eux la tradition universelle. Mais cet avantage même, si misérable et si indigne de leur être envié, ne leur reste pas, comme nous venons de le voir.

(2) De Præscript. cap. xxxvi.

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CHAPITRE XI.

Des endroits où saint Augustin a parlé des clefs données au peuple.

M. JURIEU prétend trouver dans saint Augustin, que les clefs appartiennent au peuple, et il cite divers endroits de ce père qu'il croit décisifs. Nous allons voir qu'il n'en peut rien conclure.

Saint Augustin, dans son traité L sur saint Jean, parle ainsi de saint Pierre et de Judas (1) : « Un mé>> chant représente le corps des méchans, comme » Pierre le corps des bons: car si la figure de l'Eglise » n'étoit pas dans la personne de Pierre, le Seigneur >> ne lui diroit pas : Je te donnerai les clefs, etc.... >> car lorsque l'Eglise excommunie, l'excommunié est » lié dans le ciel.... Si donc cela se fait dans l'Eglise, » Pierre, quand il a reçu les clefs, a représenté la » sainte Eglise. Si dans la personne de Pierre les bons » qui sont dans l'Eglise ont été représentés, les mé>> chans qui sont dans l'Eglise ont été représentés en » la personne de Judas. >>

Le but de saint Augustin est de montrer que quand Jésus-Christ dit : Vous ne m'aurez pas toujours, il parle à tous les méchans en la personne de Judas, comme il parle à tous les bons en la personne de saint Pierre, quand il dit : Je te donnerai les clefs, etc. Ainsi saint Augustin suppose, dans sa comparaison, que les clefs ont été données, non-seulement

(1) In Joan. Ev. tract. L, n. 12; tom. III, part. 2.

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à saint Pierre, mais encore à toute l'Eglise, et dans l'Eglise au corps des bons représentés par cet apôtre. Il parle encore dans le même sens sur le Psaume CVIII, où il dit que ce qui a été dit à Pierre : « Je te » donnerai, etc. a été dit à toute l'Eglise qu'il représentoit, comme ce qui est dit dans un Psaume à >> Judas est dit à toute la société des méchans (1). C'est toujours la même comparaison. M. Jurieu nous cite encore le traité CXXIV de ce père sur saint Jean où il dit : « L'Eglise qui est fondée en Jésus-Christ a » reçu en Pierre les clefs du royaume du ciel, c'est» à-dire la puissance de lier et de délier les pé» chés (2). » Enfin M. Jurieu rapporte que saint Augustin, dans le septième livre du Baptême, a dit que

l'Eglise, qui est la maison de Dieu, a reçu les clefs » et la puissance de lier et de délier; et que c'est » d'elle qu'il est dit: Si quelqu'un ne l'écoute lors

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qu'elle reprend et qu'elle corrige, qu'il soit estimé » comme un païen et un péager (3). » Il y a quelques autres passages de saint Augustin où, parlant de l'Eglise, qui est la colombe, il dit que Dieu accorde toutes les grâces qui soutiennent le corps de l'Eglise, à la voix de la colombe, c'est-à-dire au gémissement secret des bonnes ames.

Tous ces passages ne disent que ce que nous disons tous les jours. Les clefs n'ont pas été données à la seule personne de saint Pierre; elles ont été données à tous les pasteurs de tous les siècles qu'il représentoit; elles ont été données même à tout le corps de l'Eglise. S'ensuit-il de là que tout fidèle puisse

(a) In Joan. Ev. tr. CXXIV,

(1) Enar. in Ps. cviii, n. 1; tom. IV.
(3) De Bapt. lib. vII, cap. L1, n. 99; tom. ix.

n. 5.

user des clefs, et s'ériger en pasteur? M. Jurieu n'a garde de le dire. C'est donc nécessairement avec restriction, et dans un certain sens qui a besoin d'être expliqué, qu'il est vrai de dire que Jésus-Christ a donné les clefs à toute l'Eglise. Si ces paroles devoient être prises à la rigueur de la lettre, et sans aucune restriction, tous les fidèles, sans distinction, auroient également les clefs; chacun les auroit, non-seulement pour les confier à un pasteur, mais encore pour les exercer soi-même. On voit donc bien que, selon les Protestans mêmes, ces paroles ne peuvent souffrir toute l'étendue du sens littéral, qu'elles ont besoin d'être expliquées, et que les clefs données à tout le corps de l'Eglise sont données inégalement aux particuliers. Selon les Protestans, les clefs données à tout le corps sont données au peuple, afin qu'il les confie à des pasteurs, et aux pasteurs, afin qu'ils en exercent le ministère. Selon nous, les clefs données à tout le corps de l'Eglise sont données aux fidèles, afin qu'ils en reçoivent l'effet salutaire, et aux pasteurs, afin qu'ils en usent pour le salut des peuples. Ainsi ces paroles ne peuvent être prises dans un sens absolu, selon toute la rigueur de la lettre, non plus par les Protestans que par nous. Il est naturel et ordinaire de dire qu'une chose est donnée à ceux en faveur de qui elle est donnée. C'est ainsi qu'on dit tous les jours que Jésus-Christ a donné les sacremens aux fidèles. Ce n'est pourtant pas à eux qu'il les a directement et immédiatement confiés, puisque les Protestans croient qu'ils ne peuvent être administrés que par les pasteurs. Mais comme ils sont institués pour les fidèles, on dit fort naturellement qu'ils leur appartiennent

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