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Registrèsur le Livre de la Communaudes ^Marchands Libraires de Taris, le 20. Février 1704.

Signés Aubojjyn Syndic. Achevé d'imprimer pòur la première sois le premier jour de Mars 1704-' c

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FABLES CHOISIES.

FABLE CCXXVIÏ.
les Compagnons (TUliJfì.

A Monseigneur U Duc de
Bourgogne.

(rince, Tunique objet du soin des
Immortels,;
Souffrez que mon encens parfume
vos Autels. • . , ,
I* Je vous offre un peu tard ces presens

— » de ma Muse;

Les ans & les [travaux me serviront d'cicusc:
Mon esprit diminue, au lieu qu'à chaque instant,
On apperçoit le vôtre aller en augmentant.
Il ne va pas, il court, il semble avoir dcsaîlcs:
Le Héros dont il tient des qualitcz fi belles,
Dans le métier de Mars brûle d'en faire autantj
II nc tient pas à luy que forçant; la Victoire,
I! ne marche à pas de Géant
Dans la carrière de la Gloire.:
Quelque Dieu le retient; c'est nôtre Souverain,
Lui qu'un mois a rendu maître & vainqueur du
Rhin

Cette rapidité fut alors nécessaire:

Bb t Peut

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Peut-être elle seroit aujourd'hui téméraire.
Te m'in tais,; auflirbicn lés Ris & les Amours
Ne font pas ^soupçonnez d'aimer les longs dis-
cours.

De ces sortes de Dieux vôtre Cour se compose. Ils ne vous quittent point, Çc u'eû pas qu'aprés tout,

D'autres Divipitez n'y tiennent le haut bout;
Le sens & la raison y règlent toute chose.
Consultez ces derniers ftp un fait où ks Gtecs,

Imprudcns"& peu circonspects, "*

S'abandonnèrent à des charmes Qui métamorphosoient eh bêtes les humains. Les Compagnons d'Ulissc, apres dix ans d'alarmes ,

Erroient au gré du vent, de leur fort incertains.

Ils abordèrent un rivage

Où la fille du Dieu du Jour,

Circé, tenoit alors fa Cour.

Elle leur fit prendre un breuvage Délicieux, mais plein d'un funeste poison.

D'abord ils perdent la raison: Quelques momens aprés leur corps & leur visage Prennent l'air & les traits d'animaux difterens. Les voilà devenus Ours, Lions, Elcphans;

Les uns fous une masse énorme,

Les autres fous une autre forme:
Il s'en vid de petits, exemplum ut Talpa;

Le seul Ulisse en échappa.
II fçut sc défier de la liqueur traîtresse.

Comme il joignit à la sagesse ■ .•.
La mine d'un Héros & le doux entretien,

II fit tant que l'Enchantercsse

* • '- 'Prit

Prit un autre poison peu diffèrent du sien.
Une Déeílè dit tout ce qu'elle a dans l'ame;

Çelle-cy déclara sa Mme,
Uliílè étpit trop fin pour De pas profiter

D'une pareille conjoncture.
11 obtint qu'on readroit à ces Grecs leur figure.
Mais la voudront-ils bien, dit la Nymphe, ac-
cepter; . • , ... •
Allcz-le proposer de ce pas à la troupç.
Uljflè y court, & dit: L'Empoisonncuse coupe
A son remède encore, & je viens vous l'oftrir:
Chers amis, voulés-vous hommes redevenir?

On vous rend déja la parole. , /b ,: ,

Le Lion dit, pensant rugir,

Je n'ai pas la tête si folle. • '• ■<']'

Moi renoncer aux dons que je viens d'acquérir; J'ai griffe & dent, & mets en pieecs qui m'attaque:

Je fuis Roi, deviendrai-jc un Citadin d'Itaque?
Tu me rendras, peut-être, encor simple Soldat:

Ëne veux point changer d'état,
lislè du Lion court à j'Ours : Eh, mon frere,
Comme te voilà fait! Je t'ai vû si joli,
Ah! vraiment nous y voici,
Reprit l'Ours à fa maniqrej
Comme me voilà fait \ Comme doit être un Ours.
Qui t'a dit qu'une forme est plus belle qu'une
autre?

Est-ce à la tienne à juger de la nôtre?
Je me rapporte aux yeux d'une Ourse mes

amours. , . .; , Te déplais-je? va-t'en, fui ta route & me laislè: Je vis libre, content, fans nul foin qui me presse; Et te dis tout net & tout plat,

Je ne veux point changer d'état. Le Prince Grec au Loup va proposer Taffaire: 11 lui dit, au hazard d'un semblable refus:

Camarade, je fuis confus

Qu'une jeune & belle Bergère
Conte aux Echos les appétits gloutons

Qui t'ont fait manger ses moutons.
Auttefois on t'eût vû sauver ía bergerie:

Tu menois une honneste vie.

Quite ces bois, & redevien

Au lieu de Loup Homme de bien. En est-il , dit le Loup t Pour moi , je n'en voi guerc.

Tu t'en viens me traiter de bête catnaciere: Toi qui parles, qu'es-tu.' N'auricz-vous pas fans moi

Mangé ces animaux que plaint tout le Village?

Si j'étois Homme, par ta foi,

Aimerois-je moins 1s carnage? Pour un mot quelquefois vous vous étrangla tous;

Ne vous étes-vous pas l'un à l'autre des Loups? Tout bien considéré, je te sosttiens en somme,

Que scélérat pour scélérat,

11 vaut mieux être un Loup qu'un Homme;

Je ne veux point changer d'état. ■ Uliflè fit à tous une même semonce;

Chacun d'eux fit même réponce;

Autant le grand que le petit.
La liberté, les bois, suivre leur apetit,

C'étoit leurs délices suprêmes: Tous renonçoient au lôs des belles actions. ■ » Us

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