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sond. Dance

1CLXXXVIII. DISCOURS, à Madame de la Sabliere.

I Ris, je vous loücrois; il n'est que crop aisé,

Mais vous avez cent fois nôtre enceps refuse, En cela peu semblable au reste des mortelles Qui veulent tous les jours des louanges nouvelles. Pas une ne s'endort à ce bruit si flateur. Je ne les blame point, je souffre cette humcur; Elle est commune aux Dicur, aux Monarques, aux

belles.
Ce breuvage vanté par le peuple rimeur, -
Lc Nectar que l'on sert au maître du Tonnerre,
Et dont nous enyvrons tous les Dieur de la terre,
C'est la louange, Iris; Vous ne la goûtez point;
D'autres propos chez vous recompensent ce point;

Propos, agreables commerces,
Où le hazard fournit cent matieres diverses:

Jusque-là qu'en votre entretien
La bagatelle à part: le monde n'en croit rien.

Laissons le monde & fa croyance: · La bagatelle, la science, Les chimeres, le rien, tout est bon: Je soûtiens

Qu'il faut de tout aux entretiens:
C'elt un parterre, où Flore épand ses biens ;
Sur differentes fcurs l'Abeille s'y reposc,

Et fait du miel de toute chose. .
Ce fondement posé ne trouvez pas mauvais,
Qu'en ces Fables aussi j'cntreméle des traits

De certainc Philosophie

Subtile, engagcante, & hardie
On l'apelle nouvelle. En aves-vous ou non

Oui parler ? Ils disent donc

Que la béte est une machine;
Qu'en elle tout se fait sans choix & par ressorts:
Nul sentiment, point d'ame, en elle tout est corps ;

Telle est la montre qui cheminc
A pas toûjours égaux, aveugle & sans dessein,

Ouvrez-là , lisez dans son sein;
Mainte rouë y tient lieu de tout l'esprit du monde,

La premiere y meút la feconde,
Une troilieme suit, elle sonnc à la fin.
Au dire de ces gens, la bête est toutc telle:

L'objet la frape en un endroit;

Ce lieu frapé s'en va tout droit Șclon nous au voisin en porter la nouvelle; Le sens de proche en proche auffi-tôt la reçoit.

L'impression se fait, mais comment se fait-elle? i Selon eux par necessité,

Sans passion : sans volonté : L'animal se sent agité.

De mouvсinens que le vulgaire apelle Tristesse, joye, amour , plaisir, douleur cruelle,

Ou quelque autre de ces états; Mais ce n'est point cela; ne vous y trompez pas. Qu'est-ce donc? une montre; & nous ? c'est autre

chose Voici de la façon que Descartes l'expose; Descartes ce mortel dont on eût fait un Dieu

Chez Chez les Payens, & qui tient le milieu Entre l'homme & l'esprit, comme entre l'huitre &

l'homme :
Le tient tel de nos gens, franche béte de somme
Voici, dis-je, comment raisonne cec Auteur.
Sur tous les animaux cofans du Createur,
J'ay le don de penser, & je sais que je pense.
Or vous savez Iris, de certaine science,

Que quand la bére penseroit,
La bére ne reflechiroit

Sur l'objet, ni sur sa pensée.
Descarccs va plus loin, & soấtient nettement;

Qu'elle ne penfe nullement.

Vous n'étes point embarassée
De le croire, ni moi. Cependant quand aus bois

Le bruit des cors, celui des voix
N'a donné pul relâche à la fuyante proye,

Qu'en vain elle a mis ses cfforts
. À confondre, & broüiller la voie,
L'animal chargé d'ans, vieux Cerf, & de dix corsi
En suppose un plus jeune, & l'oblige par force,
A presenter aux chiens une nouvelle amorce.
Que de raisonnemens pour conserver ses jours !
Le retour sur ses pas, les malices, les tours,
Et le change, & cent ftratagêmes
Dignes des plus grands chefs,dignes d'un meilleur sorti

On le déchire aprés fa mort ;-41
Ce sont tous ses honneurs suprêmes.
Quand la Perdrix

Void fes petis, !
En danger, & n'aiant qu'une plume nouvelle,
Qui ne peut fuir encor par les airs le trépas;

Elle

Elle fait la blessée, & va traînant de l'aise, i
Arrirant le Chafleur, & le Chien sur ses pas,
Détourne le danger, fauve ainsi sa famille,
Et puis quand le Chaffeur croit qucson Chien la pille;
Elle lui dit adieu, prend sa volée, & rit
Dcl'homme, qui confus des yeux en vain la suit.

Non loin du Nort il est un monde,
Où l'on sçait que les habitans,"
Vivenrainli qu'aux premiers temps .

Dans unc ignorance profonde:
Je parle des humains; car quant aux animaux

Dis y construisent des travaux, i .
Qui des torrens groflis arrétent le ravage,
Er font communiquer l'un & l'autre rivagc.
L'edifice resiste, & dure en son entier;
Aprés un lit de bois, est un lit de mortier: is .
Chaque Castor agit; communecn cft la tâche; :

Le vicus y fait marcher le jeune sans relâche. Maint maître d'oeuvre y court, & tient haut lc bâton

La republique de Platon,
Ne seroit rien que l'apprentic

De cette famille amphibie.
Ils savent en hyver élever leurs maisons,

Passent les étangs sur des ponts,
.: Fruit de leur art, savant ouvrage,

Et nos pareils ont beau le voir; this.'
Jusqu'à present tout leur savoir,

Ett de passer l'onde à la nage.
Queces Castors ne soient qu'un corps vuide d'esprit
Jamais on ne pourra m'obliger à le croire, :,T,'..
Mais voici beaucoup plus:écoutez ce recit,

Que je tiens d'un Roi plein de gloire. Le détenseur du Nort vous fera mon garent: Je vais citer un Prince aimé de la vidoire: Son nom seul est un mur à l'empire Ottoman; C'est le Roi Polonois, jamais un Roine ment. ,'

** ll dit donc que sur la frontiere Des animaux entr'eux ont gucrre de tout temps: Le sang qui se transmet des peres aux enfans, .

En renouvelle la matiere.
Ces animaux, dit-il, sont germains du Renard.
. Jamais la guerrc avec tant d'art

Ne s'est faite parmy les hommes,
Non pas même au siecle où nous sommes.
Corps de garde avancé, vedettes, espions,
Embuscades, partis, & mille inventions
D'une pernicieuse, & maụdite science,
--• Fille du Stix, & mere des heros,

Exercent de ces animaux i

Le bon sens, & l'experience.
Pour chanter leurs combats, l'Acheron nous devroit
• Rendre Homere. Ah s'il le rendoit "
Et qu'il rendît aufli le rival d'Epicure!
Que diroit ce dernier sur ces exemples.cy?
Ce que j'ay deja dit, qu'aux bétes la nature
Peut par les seuls resorts operer tout cecy;

Que la memoire est corporelle,
Et que pour en venir aux exemples divers,

Que j'ay mnis en jour dans ces vers,

L'animal n'a besoin que d'elle.
L'objet lors qu'il revient, va dans son magazin

Chercher par le même chemin

L'image auparavant tracée.
Qui sur les mêmes pas ne revient nullement,

V 2

Sans

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