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CLXIV.
Le Torrent & la Rivière.

AVec grand bruit & grand fracas
Un Torrent toinboit des montagnes: j.
Tout fuyoit devant luy; l'horrcur fui voit ses pas";
II faifoit trembler les campagnes.
Nul voyageur n'ofoit passer
Une barrière si puissante:
Un seul vit des voleurs. & se sentant preflèr,
11 mit entre eux & luy cette onde menaçante.
Ce n'ítoitque menace, & brait, fans profondeur j
Nôtre homme enfin n'eut que la peur.

Ce succès luy donnant courage,
Et les mêmes voleurs le poursuivant toûjours^
II rencontra fur son passage
Une Rivière dont le cours 'i,
Image d'un sommeil doux, paisible & tranquille
Luy fît croire d'abord ce trajet fort facile.
Point de bords escarpez, un fable pur & net.

II entre, & son cheval le met A couvert des voleurs, mais non de Tonde noire: Tous deux au Styx allèrent boire j ..• - i Tous deux à nâger malheureux Allèrent traverser au séjour ténébreux, • - Bien d'autres fleuves que les nôtres. Les gens fans bruit font dangereux; 11 n'en cil pas ainsi des autres.

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CLXV.
. w • \lx Education,

L\ Aridon & Ccsar , frcrcs dont Toriginc
4 Venoit de chiens fameux, beaux, bienfaits &
j :.hardis, ;..
 deux maîtres diTers échûs au temps jadis
Hantoient, l'un Icsforests, & l'autre lacuiiìne.
Ils avoient eu d'abord chacun un autre nom;

.Maïs la diverse nourriture
Fortifiant en l'un cette heureuse nature.
En l'autre l'alterant, un certain marmiton

Nomma celui-ci Laridon:
Son frère ayant couru mainte haute avanture,
Mis maint Cerf aux abois, maint Sanglier abatn,
Fut le premier César que la gent chienne ait eu.
Oa eut soin d'empecher qu'une indigne maîtrefle
Ne. fist en ses enfans dégénérer son sang:
Laridon néglige témoignoit sa tendresse
A l'obict le premier passant.
II peupla tout de son engeance:
Tourne-broches par luy rendus communs en France
Y font un corps à parti gensfuyans les hazards,

Peuple antipode des Césars. On ne fuit pas toûjours ses ayeux ni son père: Le peu de soin, le temps, tout fait qu'on dégénère: Faute de cultiver la nature et ses dons, O combien de Césars deviendront Laridons!

-..v !) CLXVI.i^ 'Clxvi; . ,;, • ; ,7

Les deux Chiens & l'Ane mort.

LEs vertus devroicnt être sœurs, :. ; ,.\( Ainsi que ]cs vices sont frères:; , • 1 Dés que l'un de çcux-ci s'empare de nos cœurs, Tous viennent à la file, il ne s'en manque gueres; J'entends de ceux qui n'étant pas contraires >

. Peuvent loger sous méme toit. A l'égard desr vertus, rarement on.les voit . Toutes en un sujet éminemment placées $c tenir par la main fans être,dispersées. L'un est vaillant, mais prompt; l'autre est prudent»

:: mais froid.

Parmi les animaux le Chien se pique d'être
Soigneux et fidèle à sor» maître j
Mais il est sot, il est gourmand,
Témoin ces deux mâtins qui dans l'eloignement
Virent un Ane mort qui flotoit fur les ondes. ••
Le vent de plus en plus l'éloignoit de nos Chiens'.
Amy, dit l'un, tes yeux sonrmcillcurs que les miens.
Porte un peu tes regards fur ces.plaincs profondes.
J'y crois voir quelquechose: Est-ce un Bœuf, un Che-
val?

Hé qu'importe quel animal? ■; r\

Dit l'un de ces mâtins; voilà toujours curée.' Le point est de l'avoirj car le trajet est grand; Et de plus il nous faut nager contre le vent. Beuvons toute cette eau; nôtre gorge altcre'c

£■ viendra bien à bout: ce corps demeurera

'-- -Bien-tôt à sec y & ce fera • •' - »

Provision pour la semaine. Voilà mes Chiens à boire; ils perdirent l'haleine,

Et puis ,1a vie j ils firent tant...

Qu'on les vit crever à l'instant. L'homme est ainsi bâti: Quand un sujet Penflame L'impoíïïbilité diíparoit à son ame. Combien fait-il de vœux, combien perd-il de pas f S'outrant pour acquérir des biens ou de la gloire? =2 •' Si j'arrondiiTois-mes Etats! Si je pouvois remplir mes coffres de ducats! Si/apprenois l'hebrcu , les sciences, l'histoire.'

Tout cela <fcfî la mer à boire;

Mais rien à l'homme ne suffit: Pour fournir aux projets que forme un seul esprit, <Il faudroit quàtre corps? encor loin d'y suffire A my-chemin je crois que tous demeureroient: Quatre Methufalems bout à bout ne pourròient

Mettre à fin ce qu'un seul désire.

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Son pays lc crut fou: Petits cspritsl oiais quoy?

Aucun n'est prophète chez soy.
Ces gens étoient les fous, Derhocritc lc sage
L'crreur alla si loin, qu'Abdere députa

Vers Hipocrate, & l'invita, ,

Par lettres & par ambassade,
A venir rétablir la raison du malade.
Nôtre concitoyen, disoient-ils en pleurant,
Perd l'efprit: la lecture a gâté Democrite.
Nous l'estimcrions plus s'il étoit ignorant.
Aucun nombre, difcil, les Mondes ne limite:

Peut-étre même il font remplis

De Democrites infinis. Noíi content de ce songe il y joint les atomes, Enfans d'un cerveau creux, invisibles fantômes f Et mesurant les Cieux fans bouger d'ici bas II connoît rUtiivérs*& pé se connpit pas. Un temps fut qu'il sçavoit accorder les débats;

Maintenant il parle à lui-même. Venez, divin mortel, fa folie est extrême. i Hipocrate n'eut pas trop de foy pour ces gens: Cependant il partit: Et voyez, je vous prie,

Quelles rencontres dans la vie •; Le fort caufe; Hipocrate arriva dans le tempç Que celuy qu'on disoit n'avoir raison ni sens Cherchoit dans l'homme & dans la bete ;J Quel siège a la raison soit lc cœur, soit la téte. Sous un ombrage épais, assis prés d'un ruisseau, "". Les labirintes d'un cerveau L'occupoient. Il avoit à ses pieds maint volume» Et ne vit presque pas son amy s'avancer,

• Attaché selon fa cpûtumc. i Leur compliment fut court, ainsi qu'on peut penser.

Lc

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