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Jusqu'aux ressorts de l'ame; & cette chere teste
Pour qui l'art d'Esculape en vain fit ce qu'il put,
Deut fa perte à ces foins qu'on prit pour son falut.
Méme precaution nuifit au Poëte Æschile.

Quelque Devin le menaça, dit-on,
De la cheute d'une maison.

Auffi-tôt il quitta la ville,
Mit son lit en plein champ, loin des toits, fous les

Cieux.
Un Aigle qui portoit en l'air une Tortuë,
Pasla par là, vit l'homme, & sur fa tétc nuë,
Qui parut un morceau de rocher à ses yeux,

Etant de cheveux dépourveuë,
Laissa tomber sa proye, afin de la casser:
Le pauvre Æschile ainfi fceut ses jours avancer.

De ces exemples il resulte, Que cet art, s'il eit vrai, fait tomber dans les maux,

Quc craint celui qui le consulte. Mais je l'en justifie, & maintiens qu'il est faux: Je ne crois point que la Nature Še soit lié les mains, & nous les lie encor, Jusqu'au point de marquer dans les Cicux notre fort.

Il dépend d'une conjoncture

De lieux, de personnes, de temps; Non des conjonctions de tous ces charlatans. Ce Berger & ce Roi sont sous même Planete; L'un d'eux porte lc sceptre & l'autre la houlete:

Jupiter le vouloit ainsi. Qu'est-ce que Jupiter? un corps fans connoiffance.

D'où vient donc que son influence, Agit differemment sur ces deux hommes cy? Puis comment penetrer jusques à notre monde? Comment percer des airs la campagne profonde?

Per

Percer Mars, le Soleil, & des vuides sans fin?
Un atome la peut détourner en chemin:
Où l'iront retrouver les faiseurs d'Horoscope?

L'état où nous voyons l'Europe,
Merite que du moins quelqu'un d'eux l'ait préveu,
Que ne l'a-t-il donc dit? mais nul d'eux ne l'a fceu.
L'immense éloignement, le poinct, & sa vîteffe.

Celle aussi de nos pafsions,

Permettent ils à leur foiblesse
De suivre pas à pas toutes nos a&tions?
Notre fort en dépend : la course entresuivie,
Ne va non plus que nous jamais d'un néme pas;

Et ces gens veulent au compas,
Tracer le cours de nôtre vie !

Il ne se faut point arréter
Aux deux faits ambigus que je viens de conter.
Ce fils pac trop cheri, ni le bon homme Æschile
N'y font rien. Tout aveugle & menteur qu'est cet art,
Il peut frapper au but une fois entre mille;

Ce sont des effets du hazard.

CLVIII.

L'Ane & le Chien.

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L se faut entr'aider ; c'est la loi de nature:
L'Ane un jour pourtant s'en moqua.

Et ne sçais comme il y manqua;

Car il est bonne creature.
Il alloit par pays accompagné du Chien,
Grayement,
fans fonger à rien,

Tous

Tous deux suivis d'un commun maître.
Ce maître s'endormi l'Anc fe mit à paître.

Il étoit alors dans un pré,

Dont l'herbe étoit fort à fon gré.
Point de chardons pourtant; il s'en passa pour l'heure:
Il ne faut pas vodjours éte li délicit;

Ec faute de servir ce plat
Rarement un feftin demeure.

Nôtre Baudet s'en fecut enfin
Passer pour cette fois. Le Chien mourant de faim
Lui dii; cher compagnon, baisse toi, je te pric;
Je prendrai mon dîne dans le panier au pain.:
Point de réponse, mot;, le Royflin d'Arcadie

Craigoit qu'en perdant un moment,
Il ne perdit un coup de dent.

Il fit long-temps la sourde oreille:
Enfin il répondit, Ami, je te conseille
D'attendre que ton maître ait fini fon sommeil
Car il te donnera fans faute à fon réveil

Ta portion accoûtumée.
Il ne fauroit tarder bçaucoup. i.

Sur ces entrefaites un Loup
Sort du bois , & sen vient: autre béte affamée.
L'Ane appelle austi-tôt le Chien à fon secours.
Le Chien ne bougę, & dit, ami, je te conseille
De fuir en attendant que ton inailtre s'éveille:
Il ne fauroit tarder, detale vifte, & cours.
Que si ce Loup i'atteint, case-lui la machoire.
On t'a forré de neuf; & li tu me veux croire,
Tu l'étendras tout plat. Pendant ce beau discours
Seigneur Loup étrangla le Baudct sans remede.
Je conclus qu'il faut qu'on s'entraide.

2106 R

CLIX. L

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rafiquans qui font en l'autre Monde. Sc mit à table':-on vit tant

CLIX.
Le Basa & le Marchand.
UN Marchand Grec en certaine contrée

Fajloit trafic. Un Baffa l'appuyoit;
Dequoi lc Grec en Baffa le payoit,
Non cn Marchand : tant c'est chere denrée
Qu’un protecteur. Celui-ci coûtoit tant,
Que notre Grec s'alloit par tout plaignant.
Trois autres Turcs d'un rang moindre en puissance
Lui vont offrir leur support en commun.
Eux trois vouloient moins de reconnoissance
Qu'à ce Marchand il n'en coûtoit pour un.
Le Grec écoute: avec cux il s'engage;
Et le Bassà du tout est averty:
Mémc on lui dit qu'il joúra s'il est fage,
A ces gens-là quelque méchant party,
Les prévenant, les chargeant d'un message
Pour Mahomet, droit en fon Paradis,
Er fans tarder ; Siton ces gens unis
Lę préviendront, blen certains qu'à la ronde,
Il a des gens tout prests pour le venger.
Quelque poison 1'envoyra proteger,
Lès
Sur cet avis le Turc se comporta ".).
Comine Alexandre, & plein de confiance
Chéz le Marchand tout droit il s'en alla;

En-les discours & dans tout son maintien ;

Qu'op

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Qu'on ne crût point qu'il se doutalt de rien.
Ami, dit-il, je sais que tu me quites:
Mémc l'on veut que j'en craigne Tes suites;
Mais je te crois un trop homme de bien:
Tu n'as point l'air d'un donneur de brcuvage.
Je n'en dis pas là deflus davantage. -
Quant à ces gens qui pensent t'appuyer,
Ecoute-moi. Sans tant de Dialogue
Et de raisons qui pourroient t'ennuyer ,
Je ne te veux conter qu'un Apologue,
Il étoit un Berger, son Chien, & fon troupeau.
Quelqu'un lui demanda ce qu'il prétendoit faire

D'un Dogue de qui l'ordinaire
Etoit un pain entier. Il faloit bien & beau
Donner cet animal au Seigneur du village.

Lui Berget pour plus de ménage

Auroit deux ou trois maltineaux,
Qui lui dépensant moins veilleroient aux

peau's. Bien mieux que cette bére seule. : Il mangeoit plus que trois: mais on ne disoit pas

Qu'il avoit aufli triple guculen

Quand les Loups livroient des combats.
Le Berger s'en défait: Il prend trois chiens de taille
A lui dépenser moins, mais à fuir la bataille.
Le troupeau s'en sentit, & tu te fentiras

Du choix de semblable canaille.
Si tu fais bien, tu reviendras a-moi.
Le Grec le crut. Ceci montre aux Provinces )
Que tout compté mieux vaut en bonne-foi
S'abandonner à quelque puissant Roi, il
Que s'appuier de plusieurs petits Princes.

R 2

CLX. L'A.

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