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Je suis,

SUR

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.

Combien voit-on de fidèles scrupuleux, qui, directeur modéré et expérimenté, qui vous confaute de cet aliment, ne font que languir ! Ils se duise selon l'esprit de l'Eglise. consument en réflexions et en efforts stériles : ils

etc. craignent, ils tremblent. Ils sont toujours en doute, et cherchent en vain une certitude qu'ils ne peuvent trouver en cette vie. L'onction n'est point en

LETTRE eux. Ils veulent vivre pour Jésus-Christ, sans vivre de lui. Ils sont desséchés, languissants, épuisés, et ils tombent en défaillance. Ils sont auprès de LE FRÉQUENT USAGE DES SACREMENTS la fontaine d'eau vive, et se laissent mourir de

DE PÉNITENCE ET D'EUCHARISTIE. soif. Ils veulent tout faire au-dehors, et n'osent se nourrir au-dedans. Ils veulent porter le pesant fardeau de la loi, sans en puiser l'esprit et la consolation dans l'oraison et dans la communion fré- Vous m'avez fait, madame, une question à laquente.

quelle il me semble que je n'ai répondu qu'à demi, XIV. J'avoue qu'un sage et pieux directeur peut sur les confessions et sur les communions. priver un fidèle de la communion pour un temps

L'eucharistie a été instituée comme un pain, court, soit pour éprouver sa docilité et son humi- c'est-à-dire comme l'aliment le plus familier ; et lité quand il a quelque sujet d'en douter, soit les Pères l'appellent le pain quotidien. Les prepour le préserver des piéges de quelque illusion, miers siècles rompoient tous les jours ce pain sacré et de quelque attachement secret à lui-même. Mais avec joie et simplicité de cæur. En vain, dit saint ces épreuves ne doivent être faites que dans un Chrysostome, célébrons-nous les mystères, si pervrai besoin, et doivent durer peu ; il faut revenir sonne n'y participe. Assister à la messe sans y parau plus tôt à la nourriture de l'ame. On nous ob- ticiper par la communion est une action comme jecte que chacun doit faire pénitence. Mais distin- estropiée ; c'est ne remplir qu'à demi l'intention guons la pénitence des justes d’avec celle des hom- de Jésus-Christ quand il a institué ce sacrement. mes coupables de péchés mortels. La pénitence Il n'y a que notre indignité qui doive nous exclure est nécessaire aux justes mêmes, il est vrai; mais de cette communion du pain quotidien. Tous les cette pénitence s'accorde très bien avec la com- chrétiens y sont appelés; ils font violence au samunion. Les prêtres font pénitence , en disant la crement quand ils s'en privent. Toute notre vie messe tous les jours. Les plus grands saints , en doit donc tendre à nous rendre dignes de recevoir communiant de même, sont dans une pénitence ce pain de vie le plus souvent que nous pouvons. continuelle. Les saints de l'antiquité faisoient pé- Il ne faut point croire avoir rempli notre devoir pitence, et pratiquoient la communion quoti- | à cet égard, jusqu'à ce que nous puissions atteindienne.

dre à la communion de tous les jours. L'euchaNe soyez donc point troublé, monsieur, par les ristie n’est offerte par le prêtre qu'afin que le firaisonnements qu'on vous fait sur la discipline de dèle en vive : ces deux actions se rapportent l'une l'ancienne Église. Laissez parler ceux qui mépri- à l'autre; et il manque quelque chose au sacrifice sent toutes les dévotions de notre temps, et qui ne quand le laïque se tient comme iuterdit loin des veulent suivre que les premiers siècles. Les voilà autels, n'osant manger la victime offerte pour les premiers siècles. Vous venez de les voir d'ac- lui. cord avec le concile de Trente. Ce concile devroit Cependant les idées présentes sont bien éloisuffire pour décider, puisque l'Église est toujours gnées de ces idées pures : on est presque mal édila même selon les promesses. Mais enfin je vous lié d'un prêtre qui ne dit point la messe tous les mets l’antiquité devant les yeux. Communiez donc jours, et on seroit surpris de voir un laïque qui comme les apôtres ont fait communier les premiers communieroit tous les jours de la semaine. Pourvu fidèles, el comme les Pères ont fait communier que le laïque vive en bon laïque, il peut et doit les chrétiens des siècles suivants. Laissez raison- communier tous les jours, s'il est libre; comme ner ceux qui veulent tout réformer, et mangez le le bon prêtre, s'il est libre, peut et doit offrir tous pain quotidien, afin que vivant de Jésus-Christ les jours. J'excepte seulement les personnes qui vous viviez pour lui. Laissez-vous juger, non par sont assujetties ou à des règles de communauté, des réformateurs toujours prêts à se scandaliser et où tout lire à conséquence, ou à des engagements à critiquer tout, mais par vos pasteurs, ou par un du monde dans lesquels il faut garder des me

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sures. J'avoue aussi que les gens qui aiment leurs ce temps-là, quand on n'avoit à s'accuser que de imperfections, et qui sont volontairement dans ces fautes légères et vénielles qu'on n'aime point des péchés véniels, sont indignes de cette com- quand on aime Dieu bien sincèrement. munion quotidienne. Mais pour les ames simples, J'avoue que l'usage présent de l'Église est bien droites, prêtes à tout pour se corriger, dociles et différent ; mais ce changement de discipline ne humbles , c'est à elles qu'appartient le pain quoti- doit pas étonner. La puissance de remettre les pédien; leurs infirmités involontaires, loin de les chés véniels est constamment donnée au prêtre : exclure, augmentent leur besoin de se nourrir du le fidèle peut donc y avoir recours quand cet usage pain des forts.

lui devient salutaire. Beaucoup de grands saints Rien n'est donc plus contraire à l'institution du l'ont pratiqué avec fruit. Il y a des ames qui se pusacrement et à l'esprit de l'Église, que de vouloir rifient admirablement par cette voie. Ce seroit une respecter l'eucharistie en la recevant rarement : indiscrétion scandaleuse que d'ôter cette consolapourvu qu'on soit pur, le vrai respect est de la tion et cette source de grace à quantité de conrecevoir fréquemment. On ne peut point se dire: sciences délicates qui en ont besoin. Il est vrai qu'il Je suis pur; mais il ne faut jamais se juger soi- faut craindre d'en faire une pure habitude, un même; il faut se laisser juger par un conseil pieux appui sensible et trompeur, une décharge de ceur, et modéré.

sans se corriger. On croit souvent avoir tout fail La règle pour la confession est contraire à celle en disant ses péchés ; on se confie avec excès à l'efde la communion. La communion est un aliment ficace de l'absolution; on trouve un amusement et de vie; plus on peut le prendre, plus on se nour- un ragoût d'amour-propre à parler si souvent de rit et on se fortifie. Au contraire, la confession est soi : celui à qui on parle est un confesseur qu'on un remède; il faut tendre à en diminuer le be- a choisi, et dont on est quelquefois entêté. Autant soin. Je sais bien que le besoin ne cessera jamais que la confession est amère aux grands pécheurs entièrement, car nous commettrons toujours des qui la pratiquent rarement, autant devient-elle fautes en cette vie; mais du moins il faut tâcher douce et commode à ces personnes dévotes qui s'y de diminuer un besoin que nous ne pouvons faire apprivoisent, et qui y cherchent une certaine roucesser absolument.

tine de dévotion qui tient lieu de tout. Le pouvoir que Jésus-Christ a donné à ses mi- Les confesseurs sages ct fermes doivent donc nistres de lier et de délier , de remettre et de re- discerner le besoin de leurs pénitents, et l'usage tenir les péchés, est absolu et sans restriction. Ils qu'ils font de leurs confessions, pour les rendre ne sauroient remettre les péchés secrets qu'on ne plus ou moins fréquentes. J'ose dire en général leur découvre point. Ce ministère suppose donc que la matière fort souvent n'est pas traitée avec la déclaration des péchés, ou publique, ou du assez de sérieux et de sobriété. Pour les personnes moins secrète. Voilà la confession. Quand elle droites et éclairées, elles doivent, ce me semble, n'est qu'auriculaire, c'est le moins que l'Église faire deux choses : l’une, de se confesser autant puisse demander; mais enfin il faut que le pécheur qu'il le faut , même au-delà de leur besoin, pour s'accuse. Pour le ministre, il a une puissance sans le bon exemple; l'antre, de se conformer avec restriction pour remettre tous les péchés mortels, respect à la discipline présente , qui est très sainte, à plus forte raison les véniels. Il ne paroit point et de tâcher d'en tirer du fruit en se confessant dans l'antiquité qu'on se confessât aussi fréquem- avec un cæur abaissé et docile. ment qu'on le fait parmi nous de ces péchés vés niels. Les Pères, surtout saint Augustin, assurent qu'ils sont remis par l'Oraison Dominicale, par

LETTRE les jeûnes de l'Église, et par les aumônes. Principalement ces péchés sont effacés par l'amour de

SUR LA DIRECTION. Dieu; ce feu consume nos imperfections comme la paille : beaucoup de péchés légers sont remis à l'ame qui aime beaucoup. Nous lisons les vies de Les meilleures choses sont les plus gâtées, ces anciens Pères de l'Église , et leurs historiens parce que leur abus est pire que celui des choses nous racontent leur mort avec un grand détail, moios bonnes. Voilà ce qui fait que la direction est sans parler des fréquentes confessions de nos si décriée. Le monde la regarde comme un art de jours. C'est qu'ils vivoient très purement, et qu'il mener les esprits foibles et d'en tirer parti. Le dine paroit pas qu'on se confessât régulièrement en / recteur passe pour un homme qui se sert de la re

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beaucoup d'a- Il faut premièrement avoir égard à la réputation

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ligion pour s'insinuer , pour gouverner , pour con- , pourtant, pourvu qu'on le cherche bien. Voici la
tenter son ambition; el souvent on soupçonne dans manière de le chercher :
la direction, si elle regarde le sexe, beaucoup d'a-
musement et de misère. Tant de gens, sans être publique, pour éviter ce qui n'est point approuvé.
ni choisis ni éprouvés , se mêlent de conduire les Ce n'est pas qu'il faille aller chercher les gens qui
ames, qu'il ne faut pas s'étonner qu'il en arrive sont à la mode, et qu'on voit en estime parmi les
assez souvent des choses irrégulières et peu édi- grands; mais il faut éviter ce qui est suspect ou
fiantes.

désapprouvé par le commun des personnes sages.
Cependant il sera loujours vrai de dire, au mi- Les mauvaises réputations ainsi que les bonnes,
lieu de toutes ces choses déplorables, que la fonc- quand elles sont fort répandues, ont souvent quel-
tion de mener les ames à Dieu est le ministère de que fondement. Pour les gens qui ont une cer-
vie confié aux apôtres de Jésus-Christ. La direction taine vogue, il est ridicule de les chercher , c'est
est donc une fonction toute divine qu'il n'est ja- porter le goût du monde et de la vanité jusque
mais permis de mépriser, quoique les hommes dans les choses les plus sérieuses de la religion ;
iodignes d'une si haute fonction l'avilissent et la c'est vouloir être remarqué, se mettre au rang des
déshonorent. Quelle folie de mépriser un diamant, personnages considérables, s'intriguer, se donner
parce qu'on l'a vu enfoncé dans la boue ! Après de l'appui et des liaisons; en un mot, c'est une es-
tout, Jésus-Christ n'a rien fait en vain : il a donné pèce de vanité hypocrite qui éloigne de Dieu, et
des pasteurs à son troupeau; et ces pasteurs doi- qui éteint l'esprit de grace. Cherchez donc un di-
vent diriger; car le devoir du pasteur est de con- recteur loin du monde, et à qui le monde ne soit
duire les brebis, de les connoître, comme dit Jé- rien ; qui, loin de vous en pouvoir enivrer , vous
sus-Cbrist, chacune en particulier ; de discerner en désabuse.
leurs besoins, d'étudier leurs maladies, de chercher Pour le trouver, informez-vous des personnes
les remèdes, de supporter leurs foiblesses, de re- les plus simples, les plus solides, les plus éloi-
dresser celles qui s'égarent, de les rapporter sur gnées des vaines apparences, et qui, par leur con-
ses épaules au bercail, de conduire les saines dans duite, vous fassent espérer que leurs conseils se-
les bons pâturages, et de les défendre du loup ra- ront bons ; qu'à voir la manière dont ces personnes
visseur. Voilà le vrai directeur ; et il n'en faudroit profitent des soins d'un directeur, vous ayez sujel
point d'autre que le pasteur même, si les pasteurs de croire qu'elles l'ont bien choisi, et qu'elles sau-
chargés de troupeaux innombrables, et quelque- ront bien vous le dépeindre.
fois peu appliqués au travail pastoral, ne man- Il faut même voir plusieurs fois le directeur
quoient ni de temps, ni de zèle, ni d'expérience, qu'on veut choisir, et l'éprouver en le consultant,
pour mener les ames jusqu'à la perfection de l’É- pour voir si on pourra avoir l'ouverture qui est
vangile. Ils manquent souvent de quelqu'une de nécessaire, et si on trouvera en lui tout ce qu'on a
ces trois choses : c'est pourquoi on choisit, parmi besoin d'y trouver. Je dis qu'il faut faire cette ex-
les plus saints prêtres qui peuvent travailler au périence avant que de choisir, pour ne s'exposer
nom du pasteur et avec son autorité, celui qui pas à une inconstance après un choix. Il faut donc
paroît le plus propre à être l'homme de Dieu pour bien se garder de choisir jamais un directeur ni
chacun de nous. C'est le supplément au défaut du par complaisance, ni par politique, ni par un
pasteur. Voilà l'idée qu'on doit, ce me semble, embarquement insensible , ni par aucune autre
avoir de la direction. Ce directeur, comme dit raison que celle de trouver l'homme de Dieu. Un
saint François de Sales, doit être choisi entre mille, choix fait par des vues humaines seroit capable de
et même entre dix mille. Il faut le chercher sage, tout ruiner pour le salut. Si on étoit assez mal-
éclairé, mortifié, expérimenté, détaché de tout, heureux pour être tombé dans cette faute, l'u-
incapable de nous flatter, exempt de tout soupçon nique remède seroit de rompre courageusement,
de nouveauté sur la doctrine, et de tout excès dans et de mettre sa conscience en liberté, pour cher-
ses maximes; mais pourtant droit, ferme, prêt à cher ailleurs un secours selon son besoin.
compter pour rien le monde et les grandeurs les Mais, direz-vous, à quoi sert tout cet examen
plus éblouissantes; en un mot, qui , étant le vrai pour une personne qui n'est point capable de dis-
homme de Dieu, ne cherche que lui seul dans tous cerner les qualités d'un directeur ? J'avoue que la
les conseils qu'il donne. Il est , me direz-vous, plupart des gens ne sont guère capables de faire
plus aisé de peindre cet homme merveilleux que ce discernement, et il faudroit désespérer pour
de le trouver. Il est vrai; mais on le trouvera eux d'un bon choix , si on ne comploit que sur

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leurs talents naturels : mais Dieu infiniment bon | pre à être le pasteur de tout le troupeau , et à supplée, quand il s'agit du choix des moyens pour compatir à l'infirmité de chacune de ses brebis. aller à lui, ce qui manque dans l'esprit des hom- Pour la perfection du directeur, il est juste sans mes. Suivez simplement ce que Dieu vous mettra doute de la chercher; mais on ne peut ni compaau cæur , après que vous vous serez humilié sous rer les perfections des bommes, ni connoitre même sa main et abandonné à sa conduite paternelle. La le fond de leur intérieur : ainsi il faut se borner bonne volonté, la simplicité, le détachement de aux principales marques extérieures, telles que le tout intérêt propre, la crainte de tomber dans les détachement, la vie retirée, la conduite constante mains qui ne sont pas les plus propres aux des dans les divers emplois, la patience , la douceur, seins de Dieu, enfin la confiance en la grace, se- l'égalité, la franchise, l'éloignement de tout amuront vos guides : Dieu verra votre cour, et vous sement et de toute mollesse , la fermeté dans les donnera suivant la mesure de votre foi. Ne cher- bonnes maximes sans âpreté et sans excès, l'expéchez donc un directeur que pour mourir à vous

rience de l'oraison et des choses intérieures, enmême sans réserve, que pour ne tenir à rien; fin une certaine retenue pour donner le secours Dieu, qui ne manque point à ceux qui ont le cæur nécessaire aux personnes qu'il conduit, sans lomdroit, vous donnera la demande de votre cæur; ber néanmoins dans des conversations inutiles. Il l'ange Raphaël vous sera envoyé. Ce n'est point ne doit jamais y avoir rien que de sérieux, de mosur votre esprit que je compte; c'est sur celui de deste et d'édifiant dans ces entretiens où il s'agit Dieu : priez sans cesse, humiliez-vous , détachez- purement de la vie éternelle. Le directeur perd vous de tout intérêt propre; ne laissez rien en son autorité, avilit son ministère, s'en rend indivous qui vous rende indigne du secours que vous gne, et nuit mortellement aux ames, quand il a attendez; arrachez de votre cæur tout ce qui vous une conduite moins grave et moins réservée. empécheroit d'être docile à celui qui doit vous Cette réserve n'empêche point l'ouverture de conduire, et ce conducteur ne vous sera point re- caur, la condescendance paternelle, et la simplifusé : il viendra je ne sais comment; mais il vien- cité avec laquelle il doit agir pour attirer les ames; dra. Une conversation, un basard , un rien vous car la véritable gravité est simple, douce, accom

. ouvrira les yeux, et vous verrez celui que vous modante, et même pleine d'une gaieté modeste. attendez.

Elle est bien éloignée d'une austérité farouche ou Il aura ses défauts comme un autre homme; je affectée qu'on n'ose aborder. Le malheur est que dis des défauts naturels qui pourront rebuter, et les personnes lâches et molles, telles que sont soutenter contre l'obéissance : mais il faudroit n'o- vent les femmes, trouvent trop froid et trop sec béir jamais aux hommes, si on vouloit attendre tout ce qui est sérieux et éloigné de l'amusement: qu'ils fussent parfaits. Il aura aussi des imperfec- elles croient qu'on ne les écoute point, si on ne tions par rapport à la grace : ces imperfections leur laisse dire cent choses inutiles avant que de feront encore plus de peine; mais elles ne gâte- venir à celle dont il est question. Ainsi elles se ront rien, pourvu que le directeur ne les conserve rebutent des directeurs qui leur seroient les plus point volontairement, en résistant à l'esprit de utiles, et elles en cherchent qui veuillent bien grace. Mais si ses intentions cessoient d'être pu- perdre du temps avec elles. Oh ! si elles savoient ce res et droites, Dieu ne permettroit pas qu'il conti- que c'est que le temps d'un prêtre chargé de prier nuât de conduire les ames simples et recueillies pour soi-même et pour toute l'Église, de méditer qui se seroient mises de bonne foi sous sa conduite. profondément la loi de Dieu, et de travailler pour A l'égard des légères imperfections qui restent ramener tant de pécheurs, elles craindroient de dans les plus saints directeurs, pour les humilier, profaner un temps si précieux, et de l'user en il est très important de ne s'en scandaliser pas. discours superflus. Il faut parler à l'homme de Ces imperfections sont souvent très utiles; car el- Dieu d'une manière simple, ingénue, précise et les rendent un homme doux, humble, petit, com- courte, songeant qu'il doit son temps a beaucoup patissant par sa propre expérience aux foiblesses d'autres æuvres. C'est parce qu'on n'est ni hunde ceux qu'il conduit, patient pour attendre l'opé- ble ni simple, qu'on n’entre point d'abord en maration lente de la grace, attentif aux moments de tière, et qu'on fait de si longs détours avant que Dieu, incapable d'être surpris quand il trouve de de venir au but. D'ailleurs on cherche plus un l'infirmité, enfin modéré dans son zèle. C'est par commerce de vaine consolation, qu'un conseil le reniement exécrable de Jésus-Christ que saint droit et vigoureux pour aller à Dieu en mourant à Pierre, comme remarquent les Pères, devint pro. I soi.

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Si on ne cherchoit que des conseils évangéli- bon directeur, mais avec toute la sobriété que ques, il faudroit peu de temps dans la direction. nous avons déja marquée. Quand il n'est question que de se taire, d'obéir , On me dira peut-être : Quelle nécessité de prende souffrir , de se cacher , de supporter les autres dre un directeur , puisque la règle est un direcsans vouloir être supporté, de résister à ses incli- teur par écrit, et qu'on a remis sa volonté dans nations et à ses habitudes, de se conformer au les mains de ses supérieurs ? Je réponds que les cours de la Providence sur nous, de compter pour supérieurs ne peuvent pas toujours avoir toute rien ses jalousies et ses délicatesses , il ne faut l'attention nécessaire à vos besoins intérieurs : point tant de consultations. Peu parler et faire cependant il est capital de ne vous conduire pas beaucoup, voilà le partage des ames droites. 11 vous-même; vous serez aveuglé sur votre intéy a encore moins à consulter quand on est dans rêt, ou sur une passion déguisée qui trouble votre une communauté régulière; alors tout est pres- paix. Vous ne connoissez point la source de cerque réglé par les constitutions, par les exercices taines peines qui vous dégoûtent de vos devoirs, journaliers, et par les ordres des supérieurs. La et qui vous rendent lâche dans votre état; vous volonté de Dieu est dans la leur : quand même ils avez besoin d'être soutenu et encouragé dans une se tromperoient, ou décideroient avec passion, croix qui vous surmonte ; vous vous trouvez dans leurs ordres, quoique mauvais pour eux, ne des tentations pénibles et dangereuses : dans tous laisseroient pas d'être bons pour nous ; et leurs ces cas, rien n'est plus dangereux que de n'écoudéfauts nous servent souvent, d'une manière plus ter que soi-même. Il faut, comme je l'ai déja reefficace que leurs vertus, à mourir à notre pro- marqué, un homme de Dieu qui supplée au dépre volonté. Dieu met tout en æuvre pour sancti- faut du pasteur, et qui s'applique à vous conduire fier ses enfants, quand ils tendent à lui avec un au milieu de tant de précipices. Qui est-ce qui vous caur droit.

conduira et vous soutiendra? Sera-ce vous-même? J'ajoute que quand le supérieur ou la supé- Eh! c'est vous qui avez besoin de conduite, qui rieure d'une communauté ont les qualités , la êtes tenté, foible, aveugle, découragé, aux prises vertu et l'expérience nécessaires pour nous con- avec vous-même; c'est de vous que vous vienduire, ils sont préférables aux gens du dehors; nent vos plus subtiles tentations; vous êtes votre comme le pasteur, à choses égales, devroit être plus cruel ennemi; il vous faut quelqu'un qui préféré à l'étranger. Il ne faut point faire un si n'ait ni vos erreurs, ni vos passions, ni les peugrand mystère de la direction : c'est un conseil chants de votre amour-propre; quelqu'un qui soit qu'on prend pour tendre à la perfection. Une supé- hors de vous , qui vous aide à en sortir, et qui ait rieure bien morte à elle-même, et d'une expérience autant de zèle pour vous corriger que vous avez consommée, verra de plus près ce qu'il y a à cor- d'inclination secrète à vous flatter vous-même. riger dans son inférieure; elle étudiera mieux son D'ailleurs l'oraison, qui est le canal des graces, naturel et ses habitudes; elle lui dira des choses et le commerce d'union avec Dieu, est exposée à plus convenables à ses besoins dans ses fonctions toutes sortes de chimères et d'illusions : si vous journalières , qu'une personne de dehors qui ne n'y êtes conduit par une personne qui connoisse

, la voit point agir, et qui ne sait que ce qu'elle lui par expérience les voies de Dieu , le remède qui dit de soi-même, suivant ses préventions. Cela doit guérir toutes vos misères se changera en n'empêche point qu'on ne demeure toujours in- poison mortel. Il vous faut une direction douce et violablement attaché au ministère des prêtres modérée, mais droite et ferme, qui vous arrache pour les sacrements, pour la doctrine, et pour à tous vos desirs, qui rabaisse votre esprit, qui tous les cas difficiles. Je ne parle ici que des con- vous ôtc toute confiance en vous et en votre verseils de perfection, qu’une supérieure bien sainte lu; qui vous ôle toute volonté propre, et qui vous

, et bien expérimentée peut quelquefois donner, désabuse même de votre sagesse; qui vous emcomme saint François de Sales a jugé nécessaire pêche de vous arrêter aux dons de Dieu pour ne de l'établir chez les filles de la Visitation, pour chercher que Dieu seul. Bien loin qu’un tel seéviter la multitude des directeurs de dehors, cours ne soit pas nécessaire, il faut s'écrier : Héauxquels on s'attache trop quelquefois. Mais com las! que ferois-je sans lui? mais où pourrai-je le me il arrive fort souvent qu'une supérieure, quoi- trouver ? est-il sur la terre? Dieu l'y mellra pour que excellente, n'ait point encore ce parfait déta- vous, et vous le fera trouver, si vous le méritez par

, chement et celle expérience foncière dont nous la droiture de yotre volonté. parlons, il faut en ce cas avoir recours à quelque

O mon Dicu! si j'osois me plaindre de vous,

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