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au lieu que pour la voir bien, il faudra la voir de plein pied.

Mon Dieu ! quand n'aurons-nous plus rien à voir ni chez nous, ni chez les autres? Dieu, tout bien; la créature, tout mal. Mais en connoiffant à fond tout ce mal, il faut connoître auffi le bien que Dieu y mêle. C'eft ce mélange de bien & de mal qu'on a de la peine à fe perfuader. C'eft le bon & le mauvais grain, que l'ennemi a mis enfemble. Les ferviteurs veulent les féparer; mais le Pere de famille s'écrie; laiffez-les croître ensemble jusqu'au jour Matth. XI de la moiffon.

25. 27. 29.

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:

Le principal eft de ne fe point décourager à la vûe d'un fi trifte fpectacle, de travailler à fe corriger, & de ne pouffer pas la défiance trop loin. Dieu s'eft réservé de vrais ferviteurs ; s'ils ne font pas tout, ils font beaucoup par comparaifon au refte du monde corrompu, & par raport à leur naturel. Ils reconnoiffent leurs imperfections, ils s'en humilient, ils les combattent. Ils s'en corrigent lentement à la vérité, mais enfin ils s'en corrigent; ils loüent Dieu de ce qu'ils font, ils fe condamnent de ce qu'ils

Matth.X!.

30.

ne font

pas.

Dieu s'en contente, con

tentez-vous-en.

Si vous trouvez, comme je le trouve, que Dieu devroit être mieux fervi; afpirez donc fans borne, & fans mefure à ce culte de vérité, où Dieu feul eft tout à une ame, & où la créature regarde comme une vraïe infidélité, de ne pas fans ceffe adorer la grandeur de Dieu, & le fouverain domaine qu'il a fur elle.

Qui n'eft plus à foi, eft en Dieu; qui eft encore à foi, n'est ni à Dieu, ni au prochain , qu'avec une mesure courte, & à proportion de l'atachement qui reste encore à foi-même. Que la paix, la vérité, la fimplicité, la liberté, la foi, l'amour faffent de vous un holocaufte parfait.

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SUR LA DOUCEUR du joug de JESUS-CHRIST.

Mo
On joug eft doux, & mon fardeau
eft léger. Que le nom de joug ne
nous éfraïe point. Dieu donne par fa
grace intérieure de vouloir & de faire
ce qu'il commande. Il fait aimer fon

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joug; il l'adoucit par le char-me intérieur de la juftice & de la vérité. Il répand fes chaftes délices fur les vertus, & dégoûte des faux plaifirs. Il foûtient l'homme contre lui-même; l'arrache à fa corruption, & le rend fort malgré fa foibleffe. O homme de peu de foi, que craignez vous donc ? Laiffez faire Dieu. Abandonnez-vous à lui. Vous foufrirez; mais vous foufrirez avec amour, paix & confolation. Vous combattrez; mais vous remporterez la victoire; & Dieu lui-même, après avoir combattu avec vous, vous couronnera de fa propre main. Vous pleurerez; mais vos larmes feront douces, & Dieu lui-même viendra avec complaifance les effuïer. Vous ne ferez plus libre pour vous abandonner à vos paffions tyranniques; mais vous facrifierez librement votre liberté, vous entrerez dans une liberté nouvelle & inconnuë au monde ; & vous ne ferez rien que par amour. De plus confidérez quel eft votre esclavage. Dans le monde que n'avez-vous point à foufrir, pour réprimer vos paflions, quand elles vont trop loin ; pour contenter celles aufquelles vous voulez céder; pour cacher vos peines; pour fauver des aparences embaraffantes & impor

tunes? Est-ce donc là cette liberté que vous aimez tant, & que vous avez tant de peine à facrifier à Dieu. Où eft-elle ? Montrez-la moi? Je ne vois par tout que gêne, que fervitude baffe & indigne, que néceffité déplorable de fe déguifer. On fe refuse à Dieu, qui ne nous veut que pour nous fauver. On se livre au monde, qui ne nous veut que pour nous tyrannifer & pour nous perdre. O mon Dieu, préfervez-moi de ce funefte esclavage. C'eft en vous qu'on eft libre, c'eft votre vérité qui nous délivrera; vous fervir, c'eft régner.

Mais quel aveuglement de craindre d'aller tropavant dans l'amour de Dieu ! Plongeons-nous-y. Plus on l'aime, plus on aime auffi tout ce qu'il nous fait faire. C'est cet amour qui nous confole de nos pertes, qui nous adoucit nos croix, qui nous détache de tout ce qu'il eft dangereux d'aimer, qui nous préferve de mille paffions, quinous montre une miféricorde bienfaifante au travers de tous les maux que nous fou frons, qui nous découvre dans la mort même une gloire & une félicité éternelle. C'eft cet amour qui change tous nos maux en bien. Comment pouvonsnous craindre de nous remplir trop de

celui que nous aimons? Eft-ce un malheur d'être déchargé du joug pefant. du monde, & de porter le fardeau léger de JESUS-CHRIST? Craignonsnous d'être trop heureux, trop , trop délivrés de nous-mêmes, des caprices de notre orgueil, de la violence de nos, paffions, & de la tyrannie du fiécle trompeur.

Que tardons-nous à nous jetter avec une pleine confiance entre les bras du Père des miféricordes, & du Dieu de toute confolation? Il nous aimera, nous l'aimerons. Son amour croiffant chaque jour, nous tiendra lieu de tout le refte. Il remplira lui feul tout notre cœur, que le monde avoit ennyvré, agité, troublé, fans le pouvoir jamais remplir. Il ne nous ôtera que ce qui nous rend malheureux. Il ne nous fera méprifer que le monde, que nous méprifons peut-être déja. Il ne nous fera faire que ce que nous faifons tous les jours. Les actions les plus fimples & raisonnables que nous faifons mal, faute de les faire pour lui, il nous les fera faire bien, en nous infpirant de les faire pour lui obéir. Tour, jufques aux moindres actions d'une vie fimple & commune, fe tournera en mé

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