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adorable, & ne l'aiant point éxécutée, je ne devienne plus coupable que je n'étois, & plus digne d'éprouver la rigueur de vos châtimens, & de votre jufte colere. Ainfi foit-il.

IHIS

SENTIMENS

SENTIMENS

DE

PIETÉ,

SUR UN GRAND NOMBRE de matieres des plus importantes & des plus néceffaires, pour la conduite des mœurs & de la vie intérieure.

De la néceffité de connoître & d'aimer.

Dieu.

L ne faut point s'étonner que les hommes faffent fi peu pour Dieu, & que, le peu qu'ils font pour lui,leurcoûte tant; ils ne le connoiffent point ; à peine croïent-ils qu'il eft. La croïance qu'ils en ont, eft plutôt une déférence aveugle à l'autorité d'un fentiment public,qu'une conviction vive & diftincte de la diA

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vinité. On la croit, on la fuppofe', parce qu'on n'oferoit l'éxaminer, & parce qu'on eft là-deffus dans une distraction d'indiférence, qui vient de ce que l'on eft entraîné par fes paffions vers d'autres objers. Mais l'on ne connoît Dieu, que comme je ne fçai quoi de merveilleux, d'obfcur, & d'éloigné de nous. On le regarde comme un Etre puiffant & févere, qui demande beaucoup de nous, qui gêne nos inclinations, qui nous ménace de grands maux, & contre le Jugement terrible duquel il faut fe précautionner. Voilà ce que penfent ceux qui font des réfléxions férieuses fur la Religion; encore font-ils en bien petit nombre. On dit, c'eft une perTonne qui craint Dieu : en effet, elle ne fait que le craindre fans l'aimer; comme des enfans craignent le Maître qui les corrige; comme un mauvais valet craint les coups de celui qu'il fert, quand il le fert par crainte, & fans fe foucier de fes intérêts. Voudroit-on être trai

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té par un fils ou même par un domeftique, comme on traire Dieu ? C'est qu'on ne le connoît point. Car fi on le connoiffoit, on l'aimeroit. Dieu eft amour, comme dit faint Jean, celui qui ne le connoît point, ne l'aime point.

Car comment connoître l'amour fans l'aimer Il faut donc conclur e que tous les gens qui ne font encore que craindre Dieu, ne le connoiffent point d'une maniere digne de lui. Mais qui eft-ce, ô mon Dieu, qui vous connoîtra ? Celui qui ne connoîtra plus que vous, qui ne fe connoîtra plus luimême, par les lumieres de fon amour propre, & à qui tout ce qui n'eft point vous, fera comme s'il n'étoit pas. Le monde feroit furpris d'entendre parler ainfi; parce que le monde eft plein de lui-même, de la vanité, du menfonge, & vuide de Dieu : mais j'efpere qu'il y aura toujours des ames qui auront faim de Dieu, & qui goûteront les vérités que je vais dire.

Mon Dieu, avant que vous fiffiez le Ciel & la Terre, il n'y avoit que vous; vous étiez, car vous n'avez jamais commencé d'être, mais vous étiez feul. Hors vous, il n'y avoit rien; vous joüiffiez de vous-même dans cette folitude bienheureufe; vous vous fuffifiez à vous-même, & vous n'aviez befoin de trouver rien hors de vous; puifque c'est vous qui donnez, bien loin de recevoir, à tout ce qui n'eft pas vous-même par votre parole toute

puiffante; c'est-à-dire, par votre fimple volonté à qui rien ne coûte ; & qui fait tout ce qu'elle veut par fon pur vouloir, fans fucceffion de tems, & fans aucun travail. Vous fîtes que le monde qui n'étoit point, commença à être. Vous ne fîtes point comme les ouvriers d'ici-bas, qui trouvent les matériaux de leurs ouvrages, qui ne font que les raffembler, & dont l'art confifte à ranger peu à peu avec beaucoup de peine ces matériaux qu'ils n'ont pas faits. Vous ne trouvâtes rien de fait, & vous fîtes vous-même tous les matériaux de votre ouvrage. C'eft fur le néant que vous travaillâtes; vous dites, que le monde foit, & il fut; vous n'eûtes qu'à dire, & tout fut fait.

Mais pourquoi fîtes-vous toutes ces chofes Elles furent toutes faites pour l'homme, & l'homme fut fait pour Vous voilà l'ordre que vous établites. Malheur à l'ame qui le renverfe, qui veut que tout foit pour elle, & qui fe renferme en foi ; c'eft-là violer la Loi fondamentale de la création.

Non, mon Dieu, vous ne pouvez céder vos droits effentiels de Créateur; ce feroit vous dégrader vous même. Vous pouvez pardonner à l'ame coupa

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