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CORRESPONDANCE BIBLIOGRAPHIQUE.

MONSIEUR TECHENER,

Voici quelques renseignements probablement peu connus sur un livre qui, sans être ancien, est aujourd'hui devenu assez rare. Cette note bibliographique peut intéresser les lecteurs du Bulletin du Bibliophile. Elle est copiée littéralement sur l'exemplaire qui appartenoit à M. l'abbé d'Hesmivy d'Auribeau, ancien chanoine et vicaire-général de Digne.

Breviarium ad usum laïcorum novo ordine dispo

situm, en 4 parties et 4 volumes.

« Ce Bréviaire, dont l'idée a été conçue pour faciliter le moyen à un laïc chrétien de s’unir à l'esprit de l'Église dans ses prières, sans déranger ses occupations indispensables, a été rédigé par M. l'abbé Bcscus, doyen et chanoine du chapitre collégial de Vernon-sur-Seine, vicaire-général d'Evreux, imprimé à Paris, par M. Desprez, imprimeur du roy et du clergé de France, en 1783, avec caractères neufs petit-romain, en deux colonnes, sur carré papier fin d'Auvergne, aux frais de S. A. R. Mgr le duc de Penthièvre. Il n'en a été tiré que 60 exemplaires qui ont coûté 3,740 fr. Aucun n'a été vendu, mais remis dans la bibliothèque de ce prince.

Par considération pour Dom Boudier, prieur de Saint-Denys, dont S. A. estime beaucoup le mérite, et par bienveillance pour sa communauté, ce prince a daigné leur faire présent d'un exemplaire.

Cet exemplaire ayant été volé par un étranger que la belle reliûre a tenté, on en a retrouvé deux volumes, l'un dans un confessionnal et l'autre sur une chaise dans l'église des Capucines de la rue Saint-Honoré, qui ont été reportés à la bibliothèque de Mgr le duc de Penthièvre. M. Pascal, chanoine de Saint-Louis-du-Louvre et bibliothécaire de S. A., reconnut aux armes de l'abbaye de Saint-Denys, quoique délabrées et à demieffacées, que c'étoit l'exemplaire dont le prince avoit gratifié l'abbaye de Saint-Denys. Son Altesse ayant été informée du fait, a ordonné à son bibliothécaire d'en fournir un autre exemplaire complet de la forme dont on le voit, pour être remis dans la bibliothèque de Saint-Denys. Le père prieur, hors d'état par ses infirmités d'en faire ses remerciments au prince, a charge Dom Laforçade, son homme de confiance, et qui la mérite, de s'acquitter de ce devoir en son nom, auquel S. A. a bien voulu faire la réponse la plus gracieuse, en assurant et le prieur et sa communauté de son attachement et de sa bienveillance, 1786. »

L'abbé Boscus étoit né à Moissac en Quercy, et mourut à Vernon vers 1808; il avoit d'abord traduit, en 1781, les Offices tirés de l'Écriture-Sainte , pour tous les jours du mois, etc., imprimés par l'ordre de M. le cardinal de Noailles, à Paris, 1743.

Extrait d'une brochure ayant pour titre Mémoires de

Famille, historiques, littéraires et religieux, par l'abbé Lambert, dernier confesseur de S. A. S. Monseigneur le Duc de Penthièvre, aumônier de feue Madame la Duchesse douairière d'Orléans. Paris, chez Painparré, libr. Palais-Royal. Galerie de Bois, 1822, in-8.

..... J'ai dit que le prince (duc de Penthièvre), récitoit son bréviaire. Je dois parler plus au long de cette habitude : en qualité de chevalier du Saint-Esprit, il étoit obligé de réciter chaque jour certaines prières. Les chevaliers de cet ordre en contractoient l'obligation formelle à l'époque de leur admission; mais il étoit permis d'y substituer le Bréviaire, et c'étoit ce dernier parti qu'avoit pris depuis longtemps M. le duc de Penthievre. Les prières du Bréviaire offroient à sa ferveur une variété capable de la soutenir, et le faisoit échapper à la fatigante nécessité de répéter tous les jours de la semaine les mêmes psaumes et les mêmes formules; cependant, il crut qu'un Bréviaire adapté aux besoins et aux devoirs des laïcs seroit plus propre à nourrir sa piété que le Bréviaire destiné aux prétres. En conséquence, il s'adressa à quelques personnes assez savantas pour entreprendre un tel ouvrage qui exige du goût et une étude approfondie de l'Écriture-Sainte. J'ignore s'il avoit parlé de son projet au marquis de Florian, mais cet ingénieux et charmant auteur m'a dit lui-même, qu'il s'en étoit réellement occupé; et qu'il avoit fait un Bréviaire en un seul volume. Le nom de l'auteur décria la composition dans l'esprit du prince, qui refusa d'en prendre connoissance; et dans la vérité, quoique son respect inaltérable pour la vertu et la religion lui eût valu parmi ses confrères le surnom de capucin de l'Académie, cependant son caractère personnel et le ton de ses autres écrits, ne pouvoient inspirer de confiance pour une @uvre de piété.

L'abbé Boscus, vicaire-général d'Évreux, et doyen du chapitre de Vernon, avoit été plus heureux, et son Bréviaire ad usum laicorum, en 4 volumes, avoit été agréé par le prince.

L'unique présent que j'aie reçu de sa génerosité, parce que je n'en ai jamais désiré d'autre, est un exemplaire de ce livre de piété, avec un diurnal en 2 volumes. Je ne l'ai guère que parcouru rapidement, et il m'a paru avoir atteint le but du prince. Au- , cun des Bréviaires connus, pas même celui de Clermont, n'étoit aussi court que celui-là. Matines, s'il m'en souvient, n'y ont que trois petits psaumes. Les psaumes moraux, au lieu de se dire tous les jours, comme dans le gallican, étoient distribués

dans les 4 volumes; les plus difficiles étoient supprimés. Les leçons et autres parties de l'office étoient considérablement réduites.

Quelque abrégé que fût ce Bréviaire, il étoit encore trop long pour la durée d'attention que les infirmités du prince lui permettoient de donner à la prière, pendant les derniers temps de sa vie. Il me chargea de retrancher tout ce qui restoit encore de difficile. J'entrai, autant qu'il fut en moi, dans ses vues. Je morcelai les psaumes, en ne laissant que ce qui me sembloit plus conforme à sa piété douce, et de mieux adapté aux malheurs des circonstances. Rien n'est plus propre que ces divers cantiques à relever le courage de l'homme souffrant ; toujours le Seigneur y est à la droite du juste, pour le soutenir de son bras puissant. Tout ce qui porte à l'amour de Dieu et à la confiance dans la Providence fut conservé, et je supprimai les passages empreints de la sévérité de la loi ancienne......."

Après la mort de M. l'abbé d’Auribeau, sa belle bibliothèque fut vendue en vente publique, vers 1839, jecrois, et son Bréviaire des laïcs y fut acheté par un Anglois, au prix énorme de 400 fr.; il étoit relié en maroquin vert et aux armes de l'abbaye SaintDenys. Je tiens ce dernier fait de madame veuve Porquet, libraire.

Agréez, Monsieur, l'expression de mon sincère dévouement,

Le marquis de Pins-MONTBRUN.

Au château de Montbrun (Gers), ce 18 janvier 1855.

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