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maigre chère que l'on y fait aux repas splendides auxquels ses hôtes le convient. Pain blanc, bon vin, eufs, poissons, fromage, rien n'y manque de tout ce qui peut flatter sa sensualité; d'ailleurs, un personnage est là qui lui parle à l'oreille; ce personnage que nous appellerons poliment dame Gourmandise, et que lui, le bon moine appelle tout crûment la gueule, dame Gourmandise l'invite à manger et à boire. Même par un raffinement d'habileté, elle ne s'adresse pas à son estomac seul, mais aussi à ses bons sentiments. Volontiers elle lui citeroit saint Paul, qui veut que pour ne pas mécontenter son hôte, on mange de tout ce que l'on sert sur la table. Mais ici il ne s'agit pas seulement de ne pas mécontenter l’hôte, il faut encore lui faire plaisir, répondre à ses soins obligeants, à sa bonne hospitalité, et pour cela se faire de ses moindres gestes un commandement, accepter le plat qu'il présente, et quand il avance le bras pour verser à boire, tendre aussitôt le verre. Le bon moine entre si aisément dans cette pensée de condescendance, il se met si bien à l'unisson de l'appétit et de l'entrain des convives, qu'en vérité j'ai quelque scrupule de dévoiler le reste de sa confession. Son ventre se gonfle, son cerveau s'embarrasse; c'est pour le coup que le couvent est oublié : le réfectoire, les fèves, les choux, le pain dur, l'eau, il ne voit plus cela qu'à travers un brouillard et comme dans un rêve. J'avoue qu'on seroit tenté de restituer ici à dame Gourmandise l'énergique nom qu'elle portoit dans le monastère où l'on ne cherchoit pas à donner des noms gentils aux péchés capitaux. Aussi notre moine a-t-il raison de dire à son père spirituel : « Il n'y a pas d'exacteur plus avide a que le ventre; la faim est son ministre de tous les jours. Les « autres vices, nous naissons bien avec eux, mais de quelques« uns nous nous débarrassons avant de mourir. Nous naissons a et nous mourons avec celui-là. Mon père m'a laissé en proie « à bien des créanciers, je me suis acquitté envers tous; un a seul me reste dont je ne puis me délivrer, le ventre. »

En dépit du ton un peu cru et des images un peu fortes de ce dernier tableau, je le déclare, la confession de ce moine m'intéresse à lui. Pour ce qui est de sa faute déjà si légère, j'imagine des circonstances qui l'atténuent encore ; le jour où ces pensées de liberté lui sont venues, sans doute la saison invitait les créatures à se réjouir. Les hirondelles volaient avec de petits cris joyeux au-dessus de l'enceinte du monastère. Il n'y a pas jusqu'aux fleurs du jardin qui, ce jour-là, ne conspirassent contre son repos. Ce jardin, je me le représente; il est assez grand, mais triste ; quatre allées de tilleuls l'entourent, comme si partout devait s'offrir aux religieux l'image du cloitre. De hautes murailles le ferment; derrière ces murailles il y a un vaste horizon; à droite et à gauche des coteaux plantés de vigne (mon imagination place l'abbaye en Bourgogne ou en Champagne), une rivière passe dans le fond de la vallée. Le pauvre moine a, le matin même, de la fenêtre de sa cellule, jeté un regard sur tout ce beau paysage; il s'est dit en soupirant qu'il serait bon de traverser cette belle plaine, de monter ces coteaux, de voir quelle apparence avaient les vignes et les moissons, et si Dieu répandait ses bénédictions au dehors, car de celles du dedans, les lectures, les méditations, il étoit un peu fatigué. Faut-il s'étonner de la joie avec laquelle il s'empare de la liberté des champs, du grand air, du chemin ? Tout cela lui épanouit l'âme, de l'âme l'épanouissement gagne l'estomac. La faim, l'occasion, l'herbe tendre, c'est-à-dire le pain blanc, le bon vin, etc., ct, je pense, quelque diable aussi le poussant, il cède à son appétit, à sa gaité, avec un abandon, condamnable peut-être, mais qu'on est plus disposé encore à lui pardonner après l'aveu si complet, si humiliant qu'il vient d'en faire.

Lecteurs, peut-être vous vous demandez quel est le but de cette histoire, et si voulant m'égayer aux dépens d'un religieux mort depuis six cents ans, je n'ai fait que renouveler des plaisanteries plus vieilles encore. Loin de vous celle pensée, je vous en conjure ; je serois désolé que le jeu de mon imagination pût avoir l'air d'une diatribe contre les moines en général, et contre le mien en particulier. Je l'appelle mien, parce que l'ayant évoqué, il m'appartient. A ce titre, je le prends donc sous ma désense, et croyez que ce n'est point pour l'immoler à vos railleries que j'ai été le chercher si loin, lui faisant traverser tout l'espace entre le douzième siècle et le nôtre, entre les OEuvres de saint Bernard et le Bulletin du Bibliophile. Je suis en cette occasion, sort du témoignage de ma conscience, et sens qu'elle n'a aucun reproche à se faire. Oui, pauvre moine, je puis te regarder en face et sans baisser les yeux, et j'espère que toimême en fais autant, malgré la confession que nous venons d'entendre. Laisse-moi, avant de me séparer de toi, te tendre une main amicale, et maintenant retourne à ton monastère, ou plutôt rentre dans ce gros volume pour y dormir d'un sommeil dont saint Bernard, qui le partage, ne se scandalisera plus, et qu'il ne sera plus tenté d'interrompre. Adieu, et que mon lourd in-folio vous soit léger à tous deux !

VICOMTE DE GAILLON.

CORRESPONDANCE INÉDITE DE C. NODIER

Mon cher et illustre maître (1),

Permettez-moi, et surtout, pardonnez-moi de troubler d'une importunité bien indiscrète, les graves préoccupations de votre esprit. Elle ne vous prendra qu'un moment.

(1) Cette lettre étoit adressée à M. Villemain à l'occasion d'un article de Ch. Nodier intitulé : Diatribe du docteur Neophobus contre les fabricaleurs de mols, inséré dans le Bulletin du Bibliophile, 44 série, no 20.

Dans cet article, M. Nodier attaque les innovations introduites par le gouvernement pour la dénomination légale et la valeur des poids et mesures. Il attaque aussi le système que M. Augustin Thierry a fait prévaloir sur la manière de prononcer le nom des rois francs des deux premières races. M. Augustin Thierry, dans un article publié dans la Revue de Paris, no 15 (1831), a répondu à l'article de M. Charles Nodier.

Vous n'avez pas oublié, peut-être, car vous n'oubliez rien, que je divertis il y a quelques mois l'Académie d'une improvisation hargneuse et brutale contre les nomenclatures, sans en exempler la nomenclature des poids et mesures, qui étoit alors légale.

Cette boutade réussit. Elle vous fit sourire. M. Royer-Collard me cria de son fauteuil : « Il faut écrire cela ! » M. de Lamartine ajouta : « Et l'écrire comme vous l'avez dit. » Je l'ai fait, et puis j'ai oublié que je l'avois fait ; mais on l'a su dans les bureaux d’un journal, parce qu'on y sait toute chose. On m'a enlevé ce fatras et il va paroître.

Une question se présente, et je suis devenu tellement circonspect, comme tous les hommes qui n'ont pas l'habitude d'être heureux, que cette question s'est attachée à ma pensée comme les remords de Macbeth. Elle a tué mon sommeil. Non missura cutem.

Cette nomenclature fatale, que je méprise et que je déteste, n'en est pas moins un fait légal. C'est une sottise inflexible, une turpitude respectable. Je l'ai senti en écrivant ; j'ai sauvé par quelques précautions que je n'ose appeler oratoires, la soumission due au gouvernement, le respect de la loi ; mais le délit reste, s'il y a délit.

J'ai du courage contre une poursuite judiciaire, contre un procès, contre une amende. Je m'en trouverois peut-être contre la destitution elle-même, quoique la destitution fût, en ce cas, un nom euphémique de la peine de mort; mais je n'ai pas de courage contre l'idée de vous déplaire.

Oh ! qu'un mot consolant tombé de votre plume, jetteroit du baume sur mon cæur malade! Mon cher et illustre maître, ayez pitié de moi !

Votre inviolablement dévoué,

Charles Nodier.
Paris, 14 Septembre 1841,

NOTICE HISTORIQUE

SUR

UN RECUEIL DE LETTRES ET DE PIECES ORIGINALES

ÉCRITES SOUS LES RÈGNES DE HENRI IV ET DE LOUIS XIII.

TROIS VOLUMES IN-FOLIOS.

Le premier volume contient 135 pièces; le deuxième, 230, le troisième, 359, — Total, 924.

Cette Collection, fort importante sous le rapport historique, est, en outre, très remarquable par les détails qu'elle fournit sur la vie privée des hauts personnages qui ont pris part à cette vaste correspondance.

Elle se divise en trois séries principales. La première comprend les années 1602 à 1606; la deuxième, les années 1616 et 1617; la troisième, l'année 1639. Quelques pièces cependant, sont en dehors de ces trois époques : leur valeur nous fait un devoir de les signaler, et d'abord, nous trouvons la Transaction de Rénée de France, duchesse de Ferrare avec Charles IX, au sujet de la succession de son père Louis XII et de sa mère Anne de Bretagne, passée à Villers-Cotterets, le 23 décembre 1570; puis, le Rôle des placets présentés à la reine-régente du 1er avril au 20 décembre 1613, document curieux qui renferme trois placets de la maréchale d'Ancre, pour obtenir la remise de sommes considérables; l'Arrêt du parlement de Rouen contre les rebelles, en 1615; Lettre du gouverneur du château de Nantes, qui annonce à la reine-mère que le prince de Condé et le duc de Vendôme dirigent leurs armées sur Nantes, en septembre 1615; Lettre du prince de Condé aux habitants de Château-Thierry, pour les sommer de se rendre, jana

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