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Sommaire du de février de la douzième série du

Bulletin du Bibliophile.

CRITIQUE LITTÉRAIRE. — Les caractères de La Bruyère, par
Le Roux de Lincy .....................

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De L'ANE EN LITTÉRATURE ET D'UN VIEUX POÈTE FRANÇOIS ,

par le vicomte de Gaillon............. .........

REVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES, par Ap. Briquet....
NOUVELLES........

................. NÉCROLOGIE. - M. Duchesne.......................

CRITIQUE LITTÉRAIRE.

Les Caractères de Théophraste, traduits du grec, avec

les Caractères ou les Moeurs de ce siècle, par La Bruyère, nouvelle édition, collationnée sur les éditions données par l'auteur, avec toutes les variantes, une lettre inédite de La Bruyère, et des notes historiques, par Adrien DesTAILLEUR. Paris, 1854, 2 vol. in-18, Chez Janet, édit., rue des Bons-Enfants, 28.

Depuis quelques années les auteurs classiques françois ont été l'objet de recherches curieuses, et ont donné lieu à des travaux qui ne sont pas sans importance. On a étudié, soit dans les manuscrils, soit dans les éditions originales, le texte véritable des

uvres immortelles qu'ils nous ont laissées, et on s'est appliqué à le reproduire avec une exactitude plus ou moins rigoureuse. Ces travaux difficiles, qui demandent autant de goût que de patients labeurs, ne sauraient être trop encouragés ; ce sera toujours avec un vif sentiment de plaisir que les amis de notre belle littérature verront paroître une production nouvelle en ce genre.

A tous égards le livre que La Bruyère nous a laissé sur les caractères et les mours de son siècle, méritoit la révision scrupuleuse et importante à laquelle M. Destailleur vient de le soumettre. Ce livre, qui compte avec raison au nombre des ouvrages classiques de notre langue, après avoir été réimprimé bien souvent depuis la mort de l'auteur, avait fini par perdre beaucoup

de valeur à cause des altérations qu'il avoit subies. Avant de les signaler, qu'il me soit permis d'entrer dans quelques détails sur La Bruyère. Voici les faits principaux de sa vie qui sont parvenus jusqu'à nous.

Il étoit né dans un village des environ de Dourdan, entre les années 1639 et 1644. On dit qu'après avoir étudié pour se faire prêtre, il entra chez les Oratoriens de Paris (1), mais on ne sait rien de positif à ce sujet. Il venoit d'acheter une charge de trésorier de France à Caen, au moment où Bossuet le fit venir à la cour pour enseigner l'histoire au duc de Bourbon, petit-fils du grand Condé. Il resta ensuite attaché au prince en qualité d'homme de lettres, avec mille écus de pension. Il publia une première édition de son livre en 1688, et en donna une nouvelle chaque année jusques en 1696, époque où il mourut subitement à Versailles, à peine âgé de cinquante-deux ans. En 1693, il avoit été reçu membre de l'Académie françoise, non sans opposition et après de vives sollicitations de sa part. L'abbé d'Olivet parle avec éloge du caractère moral de La Bruyère : « On me l'a dépeint, dit-il, comme un philosophe

(1) Il y a beaucoup d'incertitude sur cette époque de la vie de La Bruyère. Une note manuscrite du père Adry dans ses recherches sur les classiques françois, renferme les détails suivants : « Dans des mémoires particuliers qui se « trouvent dans la bibliothèque de l'Oratoire, rue Saint-Honoré, on « marque que ce célèbre auteur avoit été de l'Oratoire. On ajoute que Mme la • marquise de Belle-Foriere de qui il étoit l'ami pourroit donner quelques « mémoires sur sa vie et son caractere. Ceci étoit écrit vers 1720 par le pere « Bougerel ou par le pere Lelong. La Bruyère naquit en 1164, dans un « un village proche Dourdar, dans l'Ile de France. Il acheta d'abord une a charge de trésorier de France à Caen.. A peine l'avoit-il achetée que « M. Bossuet le plaça auprès de M. le duc petit-fils du grand Condé, en « qualité d'homme de lettres, pour enseigner l'histoire à ce jeune prince. « Si on suppose que M. le duc pouvoit avoir alors environ douze ans, ce « devoit etre en 1680, ce prince etant mort en 1710 à quarante-deux ans, et • La Bruyère auroit en trente-six ans.... il mourut en 1696 le 10 may agé « non de cinquante-deux ans, comme le dit l'abbé d'Olivet, mais de cin« quante-sept ans, comme le dit l'abbé Goujet. On ne dit point ce que fit • La Bruyère jusqu'à l'âge de trente-six ans environ. J'ai lu quelque part • qu'il avoit été quelque temps ecclésiatique, ce qui semble confirmer ce « qui est dit dans les memoires particuliers que nous avons cités plus haut. »

« qui ne songeoit qu'à vivre tranquille avec des amis et des li« vres, faisant un bon choix des uns et des autres; ne cherchant « ni ne fuyant le plaisir ; toujours disposé à une joie modeste, « et ingénieux à la faire naître; poli dans ses manières, et sage « dans ses discours ; craignant toute sorte d'ambition, même « celle de montrer de l'esprit (1). » Bien que La Bruyère ait été en butte à des censures très vives qui ne s'accordent guère avec l'éloge qu'on vient de lire, il faut croire cependant qu'il étoit doué de plusieurs des qualités éminentes dont l'abbé d'Olivét le gratifie. J'en citerai comme preuve quelques lignes de SaintSimon : « Le public perdit bientôt après (en 1696) un homme « illustre par son esprit, par son style et par la connoissance « des hommes, je veux dire La Bruyère, qui mourut d'apo« plexie à Versailles, après avoir surpassé Théophraste, en tra( vaillant d'après lui, et avoir peint les hommes de notre temps « dans ses nouveaux Caractères, d'une manière inimitable. « C'étoit d'ailleurs un fort honnête homme, de très bonne com« pagnie, simple, sans rien de pédant, et fort désintéressé. Je « l'avois assez connu pour le regretter et les ouvrages que son « åge et sa santé pouvoient faire espérer de lui (1). »

Entre les qualités que Saint-Simon loue dans La Bruyère, je trouve le désintéressement. Il est impossible de le révoquer en doute quand on sait comment il se conduisit avec l'éditeur de son livre. Cette curieuse anecdote est rapportée par M. Formey, dans le Recueil des Mémoires de l'Académie de Berlin. Il la tenoit, dit-il, de Maupertuis : « M. de La Bruyère venoit presque a journellement s'asseoir chez un libraire nommé Michallet, u où il feuilletoit les nouveautés, et s'amusoit avec un enfant « fort gentil, fille du libraire, qu'il avoit pris en amitié. Un « jour, il tire un manuscrit de sa poche et dit à Michallet : « Voulez-vous imprimer ceci? (c'étoit les Caractères) ; je ne sais « si vous y trouverez votre compte; mais en cas de succès, le

(1) Histoire de l'Académie françoise, par Messieurs Pellisson et d'Olivet, de la méme Académie. Paris, 1743, in-12, 3 vol. T. II, p. 337.

(1) Mémoires, ch. 35, T. II, p. 153, de l'éd. in-18.

« produit sera pour ma petite amie. Le libraire entreprit « l'édition. A peine l'eût-il mise en vente, qu'elle fut enlevée et « qu'il fut obligé de réimprimer plusieurs fois ce livre, qui lui « valut deux ou trois cent mille francs; telle fut la dot imprévue « de sa fille, qui fit dans la suite le mariage le plus avantaal geux. »

J'ai remarqué précédemment que depuis 1688 jusques en 1696, époque où il mourut, La Bruyère fit paraître chaque année une édition nouvelle de son ouvrage; il seroit plus juste de dire que pendant le cours de ces huit années il en donna des versions différentes, toujours corrigées et considérablement augmentées. Rien n'est plus attachant que de suivre ces transformations diverses, c'est à la fois un curieux chapitre d'histoire littéraire et de bibliographie; je ne crois pouvoir mieux faire que de reproduire ce que M. Destailleur a dit sur ce sujet : « Huit éditions furent publiées du vivant de La Bruyère, chez « le libraire Etienne Michallet. La première, portant la date de « 1688, était un mince volume in-12 de 360 pages, qui avoit « pour titre : Les Caractères de Théophraste traduits du grec, a avec les Caractères ou les Mæurs de ce siècle, sans nom d'aua teur. La traduction étoit l'objet principal, le reste sembloit a un essai d'imitation. Dans le préambule alors fort court de « cette seconde partie, La Bruyère fait connoître que ce ne sont a point des maximes qu'il a voulu écrire, mais de simples re« marques, exprimées de diverses manières, et avec plus ou « moins d'étendue. Il entend par caractères, les articles pré« sentant un sens complet, divisés ou non en plusieurs para« graphes, et il les distingue par cette marque ?. Les paragra« phes ne sont séparés que par des alinéas (1). Cette première « édition contient 418 caractères (l'épilogue compris). Il y avoit « déjà de quoi exciter vivement l'attention publique : d'excel« lents articles critiques, des allusions vives et frappantes, ma

(1) Dans le cours des éditions, l'auteur a souvent changé cette disposiion : t a converti des caractères en paragraphes et des paragraphes en caractères.

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