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Nicolas Ies, dont le pontificat comprend la période écoulée entre le 24 avril 858 et le 13 novembre 867, peut être regardé comme le premier pape qui, ayant Grégoire VII, ait posé ouvertement les bases de la théocratie. Ce pontificat, malgré son importance, n'a donné lieu de nos jours à aucun ouvrage où il ait été complètement étudié, et l'on se trouve obligé, pour apprécier le rôle de Nicolas Ier, de recourir directement aux textes contemporains. La correspondance de ce pape offre, à cet égard, un secours des plus précieux. Il est vrai qu'on ne la possède pas tout entière. Jaffé, dans son Regesta pontificum où sont mentionnées par ordre chronologique toutes les lettres des papes antérieurs au xure siècle', ne signale pour ce pontife que cent cinquante-neuf lettres, dont l'abbé Migne a donné le texte dans sa Patrologie'. Encore en est-il plusieurs dont on ne connaît que des fragments. Il n'est pas douteux que le nombre de lettres émanées de Nicolas ser n'ait, en réalité, dépassé de beaucoup ce chiffre. Tout incomplète qu'elle soit, la collection des lettres de ce pape représente un ensemble de documents des plus importants pour l'histoire; et, quand on l'étudie de près, on y découvre, avec d'intéressants détails sur l'organisation du gouvernement pontifical à cette époque, des preuves non équivoques de l'ascendant que la papauté commençait d'exercer alors sur l'Église et sur la société.

1. Voir à l'Appendice ce que nous disons de cet ouvrage dans la notice intitulée : Les registres des papes et le Regesta pontificum de Jaffé.

En ouvrant cette correspondance, on est d'abord frappé du mouvement considérable dont Rome est le centre. De toutes les parties de la chrétienté, on

1. Patrologiæ latinæ cursus completus, t. CXIX, in-4°, 1855. C'est à cette publication que nous renvoyons le lecteur pour toutes les lettres de Nicolas Jer qu'il nous arrivera de citer. M. Harttung, qui vient de faire paraître un nombre assez considérable de let. tres inédites des papes du VIIIe au Xijo siècle (Acta pontificum Romanorum inedita, in-4", Tübingen, 1880), ne donne aucune lettre nouvelle de Nicolas Ier. Il ne semble pas non plus que, dans la réédition du Regesta pontificum, qui se prépare actuellement en Allemagne sous la direction de Wattenbach, on ait signalé d'autres lettres de ce pape. Voir l'Appendice à la fin de notre volume.

2. C'est ainsi qu'on ne connaît que deux lettres de ce pape a l'archevêque de Ravenne, datées l'une et l'autre de 867, tandis que plusieurs avaient été adressées à ce prélat dès 861. Voy. Jaffé, Reg. pontif., no 2025.

voit les fidèles affluer vers le Saint-Siège'. Outre le grand nombre de croyants qu'attirait le désir de prier sur le tombeau des apôtres, des personnes de tout pays, de toute condition, se rendaient, pour des motifs divers, dans la ville de saint Pierre. Tantôt c'est un évêque qui vient solliciter du pape des privilèges pour son église 3; tantôt c'est un prêtre ou même un simple clerc qui, se prétendant victime de quelque iniquité, vient implorer sa justice'. Des séculiers font également le voyage de Rome, en vue d'obtenir la protection du SaintSiège 5. En 862, Baudouin, qui fut plus tard comte de Flandre, et qui craignait alors le ressentiment de Charles le Chauve dont il avait enlevé la fille, vint demander à Nicolas ser d'interposer sa médiation entre lui et ce prince 6. Des pécheurs, des criminels, arrivant parfois de contrées fort éloignées, se présentent aussi devant le Saint-Siège, soit pour obtenir un adoucissement à la peine qu'a prononcée contre eux l'évêque de leur diocèse, soit pour s'offrir d'eux-mêmes au châtiment qu'ont mérité leurs fautes?. On voit enfin des ecclésiastiques, - évêques, abbés, prêtres ou moines, — que le pape a mandés à Rome à l'occasion de certaines causes pendantes à son tribunal'.

1. « De universis mundi partibus credentium agmina principis apostolorum liminibus properant. » Ep. 133.

2. « Orationis causâ. » Ep. 105.
3. Ep. 29.
4. Ep. 117, 121.
5. Ep. 23.
6. Ep. 22, 23.

7. « Undique venientes admodum plurimi suorum facinorum proditores. » Ep. 136. Cf. Ep. 22, 23, 116, 119.

Cette affluence s'augmentait encore des missi ou legati, envoyés ou légats, que les princes, comme les évêques, députaient vers le Saint-Siège dans des circonstances particulières. Malgré la distance qui séparait Rome de Constantinople et les périls d'un aussi long voyage, l'empereur Michel III adressa trois ambassades (legatio) successives à Nicolas Ier 3. Charles le Chauve paraît, de son côté, avoir envoyé fréquemment des députés au pape?. Ces députés étaient tantôt des personnages ecclésiastiques, tantôt des personnages séculiers exerçant des fonctions civiles ou militaires. La première ambassade qui vint de Constantinople était composée d'évêques, auxquels l'empereur avait associé l'un de ses gardes du corps (illustris spatharius), nommé Arsa; la seconde fois, ce monarque se contenta de déléguer Léon, son secrétaire (Leo a secretis), el, en troisième lieu, Michel, son capitaine des gardes (protospatharius). Les députés qu'adressaient à Rome les princes de l'Occident appartenaient d'ordinaire au clergék. Néanmoins, quand Lothaire, au

1. Ep. 14, 34, 50, 52, 53. 2. Ep. 98.

3. « Frequentibus... legatis missis erga pontificium nostrum. » Ep. 109 (lettre à Charles le Chauve).

4. Ep. 98.
5. Ep. 45, 47. Cf. Baron. Ann. eccl., XIV, 491.

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