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D'ARNAUD D'ANDILLY.

L'éminence de l'esprit de sainte Thérèse, jointe à toutes les vertus et à toutes les grâces surnaturelles qui peuvent enrichir une âme, me la faisant considérer comme l'une des plus grandes lumières de l'Église dans ces derniers siècles, me porta, il y a déjà plusieurs années, à entreprendre de traduire toutes ses œuvres. Mais, lorsqu'après avoir donné au public son traité du Chemin de la Perfection et quelques autres petits traités, je voulais continuer, je me trouvai engagé à traduire des Vies de Saints, par des raisons dont j'ai rendu compte dans l'avis au lecteur du volume de celles que j'ai fait imprimer d'un grand nombre des plus illustres. Un autre engagement m'obligea ensuité à la traduction de Joseph: et l'ayant achevée à cet âge que Dieu a comme donné pour terme à la vie des hommes, et au-delà des bornes duquel l'Ecriture dit qu'il n'y a plus que de l'infirmité et de la douleur, j'avais résolu de ne travailler désormais que pour moi seulement, en m'occupant à de saintes lectures qui ne remplissent mon esprit que des pensées de l'éternité. Dans ce dessein, la première chose que je fis fut de relire sainte Thérèse pour ma propre édification ; et j'en fus si touché, que je crus que, puisque Dieu me donnait une santé si extraordinaire dans un tel âge, je devais l'employer à achever ce que je n'avais fait que commencer; et je m'y suis attaché avec tant d'application, que Dieu m'a fait la grâce de finir ce long travail plus tôt que je n'aurais osé l'espérer.

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Encore que la Sainte parle beaucoup dans ses ouvrages de la pratique des vertus, et particulièrement de celle de l'humilité et de l'obéissance, néanmoins, parce que l'oraison est le principal sujet dont elle traite, elle s'étend plus sur celui-là que sur tous les autres, à cause qu'elle le considérait comme le moyen d'arriver à cette haute perfection qu'elle souhaitait aux âmes dont Dieu lui avait donné la conduite. Mais parce que les grâces dont il l'a favorisée, et les vérités qu'il lui a fait connaître dans une occupation si sainte, sont si extraordinaires et si élevées, que ce qu'elle en rapporte peut passer pour des nouvelles de l'autre monde et pour un langage tout nouveau, il n'y a pas sujet de s'étonner que presque tous ceux qui lisent ces œuvres trouvent de l'obscurité dans les endroits où elle traite de ces matières si sublimes. C'est ce qui m'avait fait croire que, pour dissiper en quelque sorte ce nuage qui s'offre d'abord à leurs yeux, et qui demande tant d'attention pour ne se point laisser refroidir dans une lecture si différente de celle des autres livres, je devais commencer cet avertissement par éclaircir les termes dont la Sainte se sert pour entendre les choses qui ont si peu de rapport à nos connaissances ordinaires, afin que, lorsque l'on se rencontrera dans ces endroits difficiles, on ne soit pas surpris par l'ignorance des termes dont la Sainte est contrainte d'user pour s'expliquer, et qu'ainsi, ne perdant point courage, on franchisse ces écueils qui ont jusqu'ici arrêté la plupart du monde dans les endroits les plus élevés et les plus excellents de ses ouvrages. Mais depuis, ayant considéré que cela contiendrait ici trop de place, j'ai pensé qu'il valait mieux renvoyer les lecteurs à la table des matières, que j'ai faite très-exactement, que l'on trouvera à la fin, sur tout ce qui regarde les diverses manières d'oraison.

Après que l'on se sera rendu ces termes familiers, je veux croire que l'on n'aura pas beaucoup de peine à entendre tout ce qui est compris dans cet ouvrage. Je l'ai 1

9. TH. I.

divisé en deux parties, et voici l'ordre dans lequel j'ai jugé à propos de mettre les diverses pièces qui le composent.

LA VIE DE LA SAINTE, ÉCRITE PAR ELLE-MÊME.

Je ne m'arrêterai point à donner des louanges à cet ouvrage, puisqu'il est déjà si connu et si estimé de tout le monde. Je me contenterai de dire que, comme la Sainte se trouva obligée, par le commandement de ses supérieurs, d'y parler des grâces qu'elle avait reçues de Dieu, c'est là qu'elle commence à traiter particulièrement de l'oraison, qu'elle compare un jardin spirituel qui peut être arrosé en quatre manières, dont la première est l'oraison mentale, qui est comme tirer de l'eau d'un puits à force de bras; la seconde, l'oraison de quiétude, qui est comme en tirer avec une machine; la troisième, l'oraison d'union, qui est comme en recevoir sans peine d'une fontaine ou d'un ruisseau par des rigoles; et la quatrième, l'oraison de ravissement, qui est comme une pluie qui tombe du ciel, sans que nous y ayons en rien contribué. A quoi j'ajouterai que le feu d'un amour de Dieu, tel qu'était celui dont brûlait le cœur de la Sainte, ne pouvant être si ardent sans jeter des flammes, elle interrompt souvent son discours pour s'adresser à cette suprême majesté par des paroles toutes de feu et d'amour, de même que saint Augustin dans ses Confessions, dont elle témoigne que la lecture avait fait une si forte impression en son âme; et son style dans ces matières d'un amour céleste et tout divin me paraît si semblable au sien, qu'il est, à mon avis, facile de voir qu'ils étaient animés d'un même esprit. Je pense qu'il se trouvera très-peu de saints à qui il ait fait une telle grâce.

FONDATIONS FAITES PAR LA SAINTE DE PLUSIEURS MONASTÈRES.

Quoique ces fondations soient une relation de plusieurs choses semblables, elles sont mêlées de divers événements rapportés d'une manière si agréable, et la narration en est si pure, qu'il y a peu d'histoires plus divertissantes. Elles sont aussi trèsutiles, parce la Sainte n'y perd aucune occasion de faire d'excellentes réflexions sur l'exercice des vertus, pour exciter ses religieuses à s'avancer de plus en plus dans le service de Dieu.

MANIÈRE DE VISITER LES MONASTÈRES.

Rien ne peut, ce me semble, être plus utile pour les supérieurs et pour les supérieures que ce petit traité, tant il excelle également en prudence et en sainteté.

AVIS DE LA SAINTE A SES RELIGIEUSES.

Ces avis sont aussi des instructions fort utiles.

LE CHEMIN DE LA PERFECTION.

Je ne dirai rien de ce traité, après le jugement si avantageux que le public en a déjà fait lorsque je lui en ai donné la traduction.

MÉDITATION SUR LE PATER.

Je ne pourrais que répéter la même chose que je viens de dire sur le Chemin de la Perfection.

LE CHATEAU DE L'AME.

C'est ici où je me trouve obligé de me beaucoup étendre, à cause de la prévention presque générale que cet ouvrage est si obscur, qu'il est inutile de le lire.

La manière d'exprimer les choses est ce qui les rend d'ordinaire intelligibles ou obscures. Ainsi, de très-faciles à entendre par elles-mêmes peuvent être obscures lorsqu'elles sont mal exprimées; au lieu que les plus difficiles étant pien traduites

peuvent, quelque élevées qu'elles soient, être rendues claires par la netteté de l'expression. Que si on allègue sur cela la difficulté qui se rencontre dans les écrits des prophètes et de l'Apocalypse, il suffit, ce me semble, de répondre que les prophètes et saint Jean, ou, pour mieux dire, le Saint-Esprit qui parlait par leur bouche, n'a pas eu dessein de se rendre plus intelligible, parce que ce sont des secrets et des mystères qui doivent demeurer inconnus aux hommes, jusqu'à ce que le temps soit arrivé de les rendre, par les effets, intelligibles à tout le monde. Mais, pour ce qui regarde ces traités de sainte Thérèse, et particulièrement celui du Château de l'Ame, c'est le contraire. Car elle dit précisément en divers endroits qu'elle fait tout ce qu'elle peut pour se rendre intelligible, à cause que son dessein est de découvrir à ses religieuses ce que Dieu lui avait fait connaître de son infinie grandeur, et des merveilles renfermées dans les grâces extraordinaires qu'il fait aux âmes; comme aussi de leur apprendre ce qu'elle savait des artifices dont le démon se sert pour les faire tomber dans ses piéges, et pour détruire ainsi en elle l'ouvrage de son esprit saint. En quoi elle témoigne toujours appréhender de ne se pas bien expliquer ce qui montre combien elle désirait d'éviter l'obscurité. La question n'est donc pas si ces matières sont si élevées qu'elles soient inconnues à ceux qui n'ont point reçu de Dieu le don de ces oraisons si sublimes, puisque chacun en convient; mais de savoir si cette grande Sainte a exprimé de telle sorte ce que l'expérience lui en a ap• pris, qu'elle l'ait rendu intelligible; et c'est ce que je suis persuadé qu'elle a fait, me paraissant que l'on peut entendre ce qu'elle rapporte de ces communications de Dieu avec les âmes, à qui il donne dès cette vie des connaissances angéliques. Ainsi il ne s'agit pas de demeurer d'accord si elle a eu l'intention dans cet ouvrage de bien expliquer ces hautes vérités, puisque l'on n'en peut douter, ni si elle s'en est bien acquittée, après avoir vu de qu'elle sorte elle s'exprime si clairement dans tout le reste; mais seulement de juger si, dans cette traduction, j'ai bien compris son sens, et si j'ai été assez heureux pour le faire comprendre aux autres. Or, c'est en quoi je ne suis pas si présomptueux que de croire d'avoir aussi bien réussi qu'anraient pu le faire des personnes très-habiles et beaucoup plus intelligentes que je ne le suis en ces matières si spirituelles. Ce que je puis dire avec vérité, c'est que je n'ai jamais rien trouvé de si difficile, tant par les choses en elles-mêmes, que par la manière d'écrire de la Sainte, qui met quelquefois parenthèses sur parenthèses, lorsque l'esprit de Dieu l'emporte avec tant de rapidité à déclarer ce qu'elle sait des effets de la grâce, qui vont si fort au-delà des connaissances humaines. Ainsi il n'y a point d'efforts que je n'aie faits pour tâcher à découvrir son véritable sens. Et, comme toute la difficulté tombe sur ce qui est de l'oraison, le moyen dont je me suis servi pour m'en éclaircir a été de considérer avec une extrême application tout ce que la Sainte en a dit dans ses autres traités, qui ont précédé celui de ce Château de l'Ame, dans lequel elle marque particulièrement que depuis quatorze ou quinze ans qu'elle avait écrit de cette matière, Dieu lui en avait fait connaître beaucoup de choses qu'elle ignorait auparavant : tellement que l'on peut dire que ce traité est comme son chef-d'œuvre en ce qui regarde l'oraison. Mais cet avantage ne lui ôte pas celui d'être aussi très-excellent et très-utile pour ce qui est de la pratique des vertus. Elle en parle admirablement en plusieurs endroits. Et si, d'un côté, les personne spirituelles y trouvent tant de lumières dont elles n'avaient point de connaissances, ceux que Dieu n'a pas favorisés de semblables grâces, et qui sont même encore engagés dans le siècle, n'y trouveront pas moins à apprendre pour la pratique d'une vie toute chrétienne; car cette grande Sainte y fait voir que la perfection ne dépend pas de ces grâces extraordinaires, de ces visions merveilleuses, de ces ra

vissements, de ces extases que Dieu donne à qui il lui plaît, et que l'on ne doit pas demander, ni même désirer; mais que tout consiste à soumettre entièrement notre volonté à la sienne. Ce qui est d'une si grande consolation, que l'on ne saurait trop admirer son infinie bonté pour les hommes, de vouloir ainsi, par des voies si différentes, les rendre éternellement heureux.

PENSÉES SUR L'AMOUR DE DIeu.

Je ne saurais assez m'étonner de ce que le traité du Château de l'Ame faisant tant de bruit, on ne parle point de ses Pensées sur l'amour de Dieu, qui sont comme la septième demeure de ce Château spirituel, et encore plus élevées s'il se peut. J'avoue n'avoir jamais rien vu qui m'ait paru plus beau, ni qui porte l'esprit à une plus haute admiration de la grandeur infinie de Dieu et des merveilles de sa grâce. En quoi le traité est d'autant plus à estimer, que la Sainte y mêle, selon sa coutume, à des pensées si sublimes, des instructions très-utiles pour la pratique des vertus ; ct qu'au lieu de décourager les lecteurs par la vue d'une perfection à laquelle ils n'oseraient aspirer elle les console en leur faisant voir qu'il n'est point nécessaire, pour être entièrement uni à Dieu, et ainsi parfaitement heureux, qu'il nous favorise de ses grâces si relevées; mais qu'il suffit, comme je viens de le dire, de soumettre absolument notre volonté à la sienne, et de témoigner cette soumission par toutes nos actions.

MÉDITATIONS APRÈS LA COMMUNION.

Comme j'avais déjà donné ce petit traité au public, avec celui du Chemin de la Perfection et des Méditations sur le Pater, je me contenterai de dire que je l'ai mis en suite du Château de l'Ame et des Pensées sur l'amour de Dieu, parce qu'il est plein de mouvements si vifs et si ardents de cet amour, qu'il peut passer pour l'une de ces effusions du cœur, qui détachent de telle sorte une âme des sentiments de la terre, qu'elle l'élève vers le ciel par son ardeur et son impatience de posséder cet adorable Sauveur qui fait toute sa félicité, et la remplit de l'espérance de régner éternellement avec lui dans sa gloire.

Quant aux LETTRES DE LA SAINTE, ayant considéré ses œuvres comme toutes comprises dans les trois volumes en espagnol, imprimés à Anvers en 1649, j'avais cru, après avoir achevé le troisième, qu'il n'y avait rien d'elle à traduire. Mais sur ce que j'appris qu'il y avait un quatrième volume, aussi imprimé à Anvers en 1661, j'ai voulu le voir, et j'ai trouvé qu'il n'est composé que de lettres de la Sainte et de quelques avis à ses religieuses et aux carmes déchaussés, avec des remarques de M. l'év¿que de Palafox, et qu'il n'y a que deux ou trois de ces lettres qui aient du rapport à ses autres ouvrages, le reste n'étant que des lettres particulières qu'elle écrivait touchant les affaires de son ordre. Ainsi j'ai cru que M. Pélicot, ayant traduit avec grand soin ce quatrième volume, je ne pourrais, sans une espèce de larcin, en tirer ces deux ou trois lettres, ou me persuader sans présomption de pouvoir, en les traduisant de nouveau, y mieux réussir que lui.

Voilà donc en quoi consistent généralement toutes les œuvres de cette grande Sainte qui ont paru jusqu'à cette heure. Et je n'ai rien omis à traduire des trois premiers volumes que des vers, dont la reprise est : Que muero porque no muero, c'est-à-dire : Car je meurs de ne mourir pas; parce que la Sainte ayant déclaré expressément dans le tome premier de sa Vie, que ces vers étaient une production de son amour et non de son esprit, j'avoue n'avoir pas été assez hardi pour entreprendre d'expliquer des pensées que le Saint-Esprit lui a inspirées et fait exprimer d'une manière si élevée et si pénétrante, que quand on pourrait douter de la vérité des paroles de cette admi

rable Sainte, ce que personne n'oserait faire, il serait facile de juger, par le style de ces vers divins, qu'elle n'y a point eu de part.

On trouvera dans quelques endroits des notes; et comme je ne doute point que ces notes, qui sont dans l'espagnol, ne soient des remarques faites par quelque grand contemplatif sur les matières les plus difficiles de l'oraison, et qu'elles ont été traduites par le père Cyprien dans sa traduction des ouvrages de cette grande Sainte, je me suis cru obligé de les traduire aussi, afin que l'on ne me pût blâmer d'avoir négligé de le faire.

Pour ce qui regarde la fidélité de ma traduction, j'espère que ceux qui voudront se donner la peine de la conférer exactement avec l'espagnol, jugeront qu'il est difficile d'être plus religieux que je l'ai été à rapporter le sens de la Sainte, et même jusqu'aux moindres des mots que l'on ne pourrait omettre sans l'altérer en quelque sorte. Mais comme chaque langue a des beautés et des expressions qui lui sont particulières, il n'y a point de soin que je n'aie pris pour balancer, par les avantages que notre langue a sur l'espagnole, ceux que l'espagnole a sur la nôtre. Et je suis persuadé que c'est l'une des règles la plus importante, aussi bien que la plus difficile à pratiquer, que l'on puisse suivre dans la traduction, parce qu'elle fait que, dans plusieurs endroits, les copies surpassent les originaux. Après avoir rendu raison à ceux qui liront cet ouvrage de la conduite que j'y ai tenue, il ne me reste qu'à implorer l'assistance de cette glorieuse Sainte, afin que Dieu ait mon travail agréable. Et si ses prières ont été si puissantes lorsqu'elle était encore sur la terre, où il ne lui découvrait ces hautes vérités que comme à travers des nuées éclatantes de lumière, que ne dois-je point attendre de son intercession, maintenant que, ces voiles étant levés, elle règne avec lui dans sa gloire, qu'elle voit ces vérités dans leur source, et que l'ardente charité dont elle était embrasée s'est augmentée de telle sorte dans le ciel, qu'on peut la considérer comme l'un de ces séraphins qui brûlent sans cesse de ce feu divin que nuls siècles ne verront éteindre. J'espère aussi que ceux qui seront le plus touchés de la lecture de ces admirables ouvrages de la Sainte, et particulièrement entre tant de maisons religieuses, celles de son ordre voudront bien imiter sa charité, en ne me refusant pas la prière que je leur fais de tout mon cœur de se souvenir de moi devant Dieu.

PRÉFACE

DE LA VIE DE SAINTE THÉRÈSE,

par M. de Villefore.

Il paraîtra peut-être assez inutile de donner au public une nouvelle Vie de sainte Thérèse, après qu'elle-même a pris soin d'en écrire une qui, depuis plusieurs années, est si purement traduite en notre langue. J'en ai jugé de la même manière quand on m'a proposé d'entreprendre celle-ci ; mais, depuis que j'ai lu les différents auteurs espagnols, j'ai changé de sentiment.

Il suffirait, pour autoriser la composition d'un autre ouvrage, de dire que celui de cette Sainte n'est pas complet, car elle ne dit pas un mot des quatorze dernières années qu'elle a vécu; et il est certain que, dans cet espace de temps, il lui est arrivé bien les choses capables d'exciter la curiosité des fidèles.

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