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publics, s'il s'en rencontre qui passent en coutume dans une congrégation, ni du dommage qu'apporte à l'Église ces hérésies qui précipitent tant d'âmes dans l'enfer; car cette peine est très-louable et n'inquiète pas.

Le plus sûr, pour une âme qui pratique l'oraison, est donc d'entrer dans un entier détachement pour ne penser qu'à soi-même et à plaire à Dieu; ce qui est d'autant plus important, que je n'aurais jamais fait, si j'entreprenais de rapporter toutes les fautes que j'ai vu commettre par la confiance que l'on prend en sa bonne intention.

Nous devons considérer attentivement les vertus des autres, et ne regarder leurs défauts que dans la vue de nos péchés. Quoique nous n'agissions pas d'abord en cela avec perfection, cette créance, que les autres sont meilleurs que nous, nous conduit, avec le temps, à une grande vertu ; c'est le moyen de commencer à s'avancer, avec l'assistance de Dieu. Elle nous est si nécessaire en toutes choses, que nous travaillons en vain sans elle; ainsi nous ne saurions trop la lui demander, et il ne nous la refuse jamais, pourvu que nous fassions, de notre côté, tout ce qui est en notre puissance.

Ceux à qui l'entendement fournit beaucoup de pensées et de méditations sur un même sujet doivent fort considérer cet avis; et quant à ceux qui, comme moi, ne peuvent agir avec l'entendement, qui les embarrasse plus qu'il ne leur sert, ils n'ont autre chose à faire qu'à demeurer en paix, jusqu'à ce qu'il plaise à Notre-Seigneur d'éclairer leur esprit, et de leur donner des lumières qui les occupent.

Pour revenir à ceux qui agissent avec l'entendement, je crois devoir les avertir de ne pas y employer tout leur temps, parce qu'encore que ce soit une chose fort méritoire, cette manière d'oraison leur paraît si douce et si agréable, qu'ils croient devoir toujours s'y appliquer sans qu'il y ait pour cela aucun jour de repos, tel que le dimanche pour les œuvres manuelles. Ils comptent pour perdu le temps qu'ils emploient à autre chose; et je considère, au contraire, cette perte comme un grand gain. Ils n'ont, ainsi que je l'ai dit, qu'à se figurer Jésus-Christ présent à leurs yeux, et, sans gêner leur esprit, ni se fatiguer à composer des oraisons, lui parler, l'entretenir, lui représenter leurs besoins, reconnaître qu'ils ne sont pas dignes de l'honneur qu'il leur fait de les souffrir en sa compagnie, et diversifier ces considérations, en se servant tantôt de l'une et tantôt de l'autre, pour ne point se dégoûter en n'usant toujours que des mêmes mets. Et comme ceux-ci sont très-bons et trèsagréables, la nourriture qu'ils en tireront, s'ils s'y accoutument, scra si solide, qu'elle les maintiendra dans une santé très-vigoureuse.

Je vais éclaircir cela encore davantage, parce que ce qui regarde l'oraison est difficile à comprendre, si quelqu'un ne nous l'enseigne. Ce n'est pas que je ne désirasse d'abréger, et que je ne sache que la capacité de ceux qui m'ont commandé d'écrire est si grande, qu'il me suffit de toucher seulement les choses pour les leur faire comprendre; mais je ne suis pas assez habile pour pouvoir expliquer en peu de mots ce

qu'il est si important de faire entendre clairement. Comme j'ai beaucoup souffert en cela, j'ai compassion de ceux qui commencent, sans avoir d'autres secours que des livres, parce qu'il y a une différence incroyable entre celui que l'on en tire et l'expérience.

Pour revenir donc à mon sujet, représentons-nous quelque mystère de la passion, tel que celui de Notre-Seigneur attaché à la colonne ; considérons dans quel abandonnement il s'y trouva, les extrêmes douleurs qu'il y souffrit, et autres choses semblables, que ceux qui savent méditer, ou qui sont savants, pourront trouver dans la considération d'un tel objet. C'est la manière d'oraison par où tous doivent commencer el continuer, et un chemin sûr et excellent, dont on ne doit point sortir jusqu'à ce que Notre-Seigneur nous fasse entrer dans des voies surnaturelles. Je dis tous, quoiqu'il y ait plusieurs âmes qui profitent davantage de quelques autres méditations que de celles de la sacrée passion, parce que, de même qu'il y a diverses demeures dans le ciel, il y a aussi divers chemins qui y conduisent. Les uns sont touchés de la considération du bonheur éternel dont on y jouit, et les autres, des peines éternelles de l'enfer; d'autres le sont de la pensée de la mort; d'autres, qui ont une grande tendresse de cœur, ne pouvant résister à la douleur que leur donne la passion de Jésus-Christ, sont contraints de passer de cette pensée à celle de sa suprême grandeur, de son infini pouvoir, qui paraît dans toutes ses créatures, de l'extrême amour qu'il nous porte, et de son admirable conduite, sans que cela les empêche de rentrer souvent dans la méditation de sa vie et de sa passion, d'où procède tout notre bonheur.

Ceux qui commencent ont besoin de discernement pour juger ce qui leur est le plus utile, et d'être assistés en cela par un sage et habile directeur; car, s'il ne l'est pas, il pourra beaucoup leur nuire au lieu de leur profiter, faute de savoir de quelle manière il doit les conduire, et même les empêcher de mieux se conduire que s'ils ne l'avaient point, parce que, sachant quel est le mérite de l'obéissance, ils n'osent faire que ce qu'il leur ordonne. J'ai vu, avec grande compassion, des personnes souffrir extrêmement en cet état, et une entre autres qui ne savait que devenir, parce que l'incapacité de semblables directeurs afflige tout ensemble l'âme et le corps, et empêche que l'on ne puisse avancer. Une autre persone me dit qu'il y avait huit ans que son directeur la tenai: attachée à la seule considération d'elle-même, quoique Notre-Seigneur l'eût déjà mise dans l'oraison de quiétude, ce qui lui donnait une grande peine. Ce n'est pas que cette connaissance de soi-même ne soit si nécessaire qu'on ne doive jamais s'en départir, puisque, encore que l'on marche dans ce chemin à pas de géant, on a souvent besoin de se souvenir que l'on est plus petit qu'un enfant qui tette encore, et je le répéterai diverses fois, à cause qu'il est si important, qu'il n'y a point d'état d'oraison, quelque élevé qu'il puisse être, où l'on ne soit obligé de faire réflexion de temps en temps sur celui auquel on était lorsque l'on ne fai

sait que de commencer, parce que cette connaissance de nous-mêmes et de nos péchés est dans l'oraison ce qu'est le pain dans la nourriture que nous prenons, qui, quelque bonnes et délicates que soient les viandes, ne saurait profiter sans lui; mais il faut en user avec discrétion ; car, lorsqu'une âme est si persuadée de son néant qu'elle ne peut sans confusion se trouver en la présence d'un si grand roi, parce qu'elle sait que tout ce qu'elle peut faire pour son service n'est rien en comparaison de ce qu'elle lui doit, qu'est-il besoin de s'arrêter là, au lieu de se nourrir des autres mets que Notre-Seigneur nous présente, puisqu'il connaît beaucoup mieux que nous ceux qui nous sont les plus propres?

Il importe donc extrêmement que le directeur soit judicieux et expérimenté. Que si avec cela il est savant, ce sera un très-grand bien; mais si l'on ne saurait en rencontrer un qui ait tout ensemble ces trois qualités, c'est beaucoup qu'il ait les deux premières, parce que l'on peut, s'il en est besoin, consulter des personnes savantes.

Encore que j'aie dit que ceux qui commencent ne tirent pas grand avantage d'être conduits par des gens savants, s'ils ne sont exercés dans l'oraison, je n'entends pas qu'ils ne doivent point communiquer avec eux; car j'aimerais mieux traiter avec un homme savant qui ne ferait point oraison qu'avec un homme d'oraison qui ne serait pas savant, parce que ce dernier ne pourrait m'instruire de la vérité, ni fonder sur elle sa conduite. Comme les femmes sont ignorantes, elles ont besoin d'être enseignées par des personnes éclairées qui leur apprennent les vérités de l'Écriture sainte, si nécessaires pour les porter à s'acquitter de leurs devoirs. Mais je mêle peut-être trop de choses ensemble, et il faut que je m'explique mieux. J'ai toujours eu le défaut de ne pouvoir me faire entendre qu'avec beaucoup de paroles.

Lorsqu'une religieuse commence à faire oraison, si son directeur n'est pas habile, et qu'il se mette dans l'esprit qu'elle doit lui obéir plutôt qu'à son supérieur, il l'y portera tout simplement en pensant bien faire. Que si ce même confesseur conduit une femme mariée, il lui dira d'employer à l'oraison les heures qu'elle devrait donner aux soins qui regardent sa famille, bien que cela mécontente son mari, et ainsi il renverse l'ordre des temps et des choses par sa mauvaise conduite, à cause que, manquant de lumière, il ne peut en donner aux autres, quoique son intention soit bonne. Encore qu'il semble qu'il n'est pas besoin pour ce sujet d'avoir beaucoup de science, j'ai toujours eru, et je croirai toujours qu'il n'y a personne qui ne doive tâcher de communiquer avec les plus savants qu'il pourra trouver, et que plus on est spirituel et avancé dans l'oraison, plus cela est nécessaire. C'est se tromper que de s'imaginer que les savants, qui ne font point oraison, ne peuvent servir à ceux qui lạ font. J'en puis parler par expérience, ayant toujours aimé de communiquer avec eux, et particulièrement durant quelques années, à cause du besoin que j'en avais; car, encore

que quelques-uns ne s'exercent pas à l'oraison, ils n'en ont point d'éloignement, et n'en ignorent pas l'utilité, parce que l'Écriture sainte qu'ils lisent sans cesse la leur fait connaître. Ainsi, je tiens qu'une personne d'oraison, qui consulte des gens savants, ne sera point trompée par les artifices du diable, si elle ne veut se tromper elle-même, tant je suis persuadée que cet esprit de ténèbres appréhende les gens savants, vertueux et humbles, à cause qu'étant capables de découvrir ses illusions, elles ne peuvent que lui nuire au lieu de lui réussir.

Ce qui me fait parler de la sorte, c'est qu'il y en a qui s'imaginent que les savants ne sont pas propres pour des personnes d'oraison, s'ils ne sont spirituels; et il est vrai que j'ai dit qu'un directeur doit être spirituel, mais il importe tellement aussi qu'il soit savant, et il serait si fâcheux qu'il ne le fût pas, que c'est ce qui me fait croire qu'il est très-avantageux de traiter avec des gens doctes et vertueux, encore qu'ils ne soient pas spirituels, puisqu'ils ne laisseront pas de nous servir. Dieu leur fera connaître ce qu'ils doivent nous enseigner, et les rendra spirituels, afin que leur conduite nous soit utile. Je puis l'assurer, parce que je l'ai remarqué en plus de deux personnes.

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Je dis donc qu'une religieuse qui est résolue de se soumettre entièrement à la conduite d'un directeur, fait une très-grande faute de ne pas tâcher de le choisir tel que j'ai représenté qu'il doit être, et particulièrement si ce directeur est un religieux, puisqu'il dépend de son supérieur, qui peut n'avoir aucune de ces trois qualités nécessaires à une bonne conduite; ce qui serait seul une croix assez pesante pour celle personne, sans assujettir encore son esprit à un homme qui ne serait pas habile. J'avoue que je n'ai jamais pu gagner cela sur moi, et que je n'y trouve point de raison.

Que si c'est une personne séculière, qu'elle loue Dieu de ce qu'il lui est permis de choisir; qu'elle ne manque pas d'user de cette heureuse liberté qu'il lui donne, et qu'elle demeure plutôt sans directeur jusqu'à ce qu'elle en ait trouvé un qui lui soit propre; car Dieu le lui donnera, pourvu qu'elle en ait un grand désir, et qu'elle le lui demande avec humilité.

Je lui rends des grâces infinies; et les femmes et tous ceux qui ne sont pas lettrés devraient sans cesse le remercier, comme je fais, de ce qu'il se trouve des hommes qui ont acquis, par tant de travaux, la connaissance des vérités que nous ignorons. J'ai souvent admiré que des gens savants, et entre autres des religieux, aient employé tant de veilles pour acquérir des connaissances qui m'ont été si utiles, sans que j'aie eu d'autre peine que de m'en faire instruire par eux, en leur proposant mes doutes, et qu'il y ait des personnes qui négligent de profiter d'un si grand bien. Dieu nous garde de les imiter; car quelle plus grande im prudence peut-il y avoir que de perdre, par sa faute, le profit que l'on peut faire des travaux et des peines de ces religieux, dont les austérités dans le manger, dans le dormir et dans tous les autres exercices de la

pénitence, jointes au renoncement de leur propre volonté par le vœu d'obéissance, sont des croix continuelles auxquelles je ne puis penser sans confusion? et peut-être néanmoins s'en trouvera-t-il parmi nous, qui sommes exemptes de ces travaux, et vivons trop à notre aise, qui oseront se préférer à eux, à cause que nous faisons un peu plus d'oraison.

« Quelque inutile que je sois, et incapable de profiter aux autres, je << ne laisse pas, mon Dieu, de vous louer de m'avoir fait telle que je suis; << mais je vous loue et vous remercie encore davantage des connais«sances que vous avez données à d'autres, pour éclairer par leurs lu« mières les ténèbres de notre ignorance, et nous devrions sans cesse << prier pour eux; car autrement où en serions-nous dans cette grande <«< tempête qui agite et trouble maintenant votre Eglise? Que si quelques« uns d'eux sont tombés, leur chute doit d'autant plus faire éclater la << vertu des autres, qui sont demeurés fermes dans la piété; et nous ne << saurions, Seigneur, trop vous prier de les y maintenir, et de les assis«ter toujours, afin qu'ils continuent à nous assister. »><

J'ai fait une grande digression, mais elle était nécessaire pour empêcher de s'égarer ceux qui commencent à marcher dans un chemin si important. Je reviens à ce que je disais, de se représenter Jésus-Christ attaché à la colonne. Il sera bon, sur cela, de s'arrêter un peu de temps à considérer les extrêmes douleurs qu'il y souffrait, pour qui il les souffrait, et avec quel amour il les souffrait; mais on ne doit pas se peiner pour s'imaginer toutes ces choses; il faut au contraire demeurer en paix, et tâcher seulement, si on le peut, d'occuper son esprit à regarder Jésus-Christ comme il nous regarde, à lui tenir compagnie, à lui demander ce dont nous avons besoin, à s'humilier devant lui, à se réjouir d'y être, et à se reconnaître indigne d'une si grande faveur. Si on peut en venir là, dès le commencement de l'oraison, on fera un grand profit, et j'y en ai trouvé beaucoup. Je ne sais, mon père, si je m'explique bien, c'est à vous d'en juger, et je prie Notre-Seigneur de me faire toujours la grâce de ne point me tromper dans les choses que j'entreprendrai pour tâcher de lui plaire.

CHAPITRE XIV.

De l'oraison de quiétude ou de recueillement, qui est la seconde sorte d'oraison que la Sainte compare à la seconde manière d'arroser ce jardin spirituel par le moyen d'une machine qui tire de l'eau avec une roue.

DE L'ORAISON de quiétude ou de recueillement.

Après avoir dit avec quel travail il faut tirer à force de bras de l'eau du puits pour arroser ce jardin spirituel, j'ai maintenant à parler de la seconde manière d'en avoir par le moyen d'une roue où des seaux seront attachés; ce qui sera un grand soulagement au jardinier, et lui fournira, avec beaucoup moins de peine, de l'eau en plus grande abon

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