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le peuple, et du ton le plus élevé de l'inspiration , «Que les cieux m'écoutent parler, dit-il, et que la terre soit attentive à mes paroles. Dieu est la fidélité même. Exempt de toute iniquité, il est juste et droit par essence. » Alors rappelant tout ce que Dieu avait fait en faveur de son peuple, il reprit: « Est-ce là le retour que tu dois à ton Dieu, peuple stupide et insensé? méconnais-tu en lui ton père? n'est-ce pas lui qui te possède, lui qui t'a fait, lui qui t'a créé? Rappelle-toi les jours antiques; compte les générations passées: interroge tes pères, ils t'apprendront ce qu'il a fait pour toi; interroge tes aïeux, ils te l'attesteront. Le Seigneur a fait de son peuple une partie de lui-même : il l'a environné, il l'a instruit, il l'a conservé comme la prunelle de ses yeux. Semblable à l'aigle qui excite ses aiglons à prendre leur vol, et qui, volant sur eux lui-même, étend ses ailes, les reçoit sur son dos, les porte dans les airs; le Seigneur a élevé et soutenu son peuple. Ce Dieu qui t'a fait, tu l'as abandonné, et tu as oublié ton créateur. Il a vu ton ingratitude , et il s'est livré à sa colère, et il a dit: J'assemblerai sur eux un déluge de maux. Au dehors le glaive, au dedans la terreur en fera sa proie, sans épargner, ni le jeune homme, ni la jeune vierge, ni le vieillard, ni l'enfant à la mamelle. Il a dit : Où sont-ils? Je veux les effacer de la mémoire des hommes : mais je diffère, pour ne pas donner ce triomphe à leurs ennemis, de

peurqu'ils ne s'enorgueillissent et qu'ils ne disent: C'est la force de notre bras, et non pas le Seigneur, qui a fait toutes ces choses. C'est à moi seul qu'appartient la vengeance, et je l'exercerai quand il en sera temps. Hœccine reddis Domino, popule stulte et insipiens? Numquid non ipse est pater tuus, quipossedit te, etfecit, et creavit te? Memento dierum antiquorum j cogita generationes singulas: interroga patrem tuum, et annuntiabit tibi; majores tuos, et dicent tibi... Pars Domini populus ejus... Circumduxit eum, et docuit, et custodivit quasi pupillam oculi sui. Sicut aquila provocans ad volandum pullos suos, et super eos volitans, expandit alas suas, et assumpsit eum, atque portavit in humeris suis... Deum qui te genuit dereliquisti, et oblitus es Domini creatoris lui! J^idit Dominus, et ad iracundiam concitatus est. Et ait... Congregabo super eos mala... Jbris 'vastabit eos gladius, et intus pavor, juvenem simul ac virginem, lactantem cum homine sene. Dixit : Ubinam sunt? Cessare faciam ex hominibus memoriam eorum. Sed propter iram inimicorum distuli; ne forte superbirent hostes eoruriï, et dicerent: Manus nostra excelsa, et non Dominus, fecit hœc omnia... Mea est ultio, et ego retribuant in tempore.

On voit par cet extrait, qu'une éloquence véhémente est le caractère de ce cantique. Celui de David sur la mort de Saiil et de Jonathas, est d'un style bien différent. J'en vais rappeler quel ques traits : Incljti, Israël, super montes tuos interfecti slint : quomodo ceciderunt fortes? Nolite annuntiare in Geth... ne forte lœtentur filiœ Philisthûm... Montes Gelboe, nec ros, nec pluvia reniant super vos... quia ibi abjectus est cljpeus fortiuni... Saulet Jonathas, amabiles et decoriin vita sud, in morte quoque non sunt divisi: aquilis Delociores, leonibus fortiores. Filiœ Israël, super Saulflete... Doleo super te, frater mi, Jonatha, decore nimis et amabilis super amorem mulierum: sicut mater unicum amat ftlîum suum, ita ego te diligebam (i). Depuis David jusqu'à Michel Montaigne, je ne crois pas que jamais l'amitié se soit exprimée plus tendrement.

Tout le monde connaît le cantique d'Ezéchias par l'imitation embellie que Rousseau en a donnée. Mais le cantique de Salomon, encore plus

(i) C'est sur tes montagnes , è Israël, qu'ont péri ces hommes vaillants! Comment les forts sont-ils tombés? N'allez pas l'annoncer à Geth; ne donnez pas aux filles des Philistins cette cruelle joie. O montagne de Gelhoë, que jamais sur toi ne descende ni la pluie, ni la rosée! C'est là que gît sur la poussière le bouclier des hommes vaillants: Saul et Jonathas , aimables et beaux l'un et l'autre; unis durant leur vie, la mort ne les a point séparés : plus rapides que les aigles , plus forts, que les lions. Filles d'Israël, pleurez Saul ! et moi , je pleurerai sur toi, ô mon frère , mon cher Jonathas , plus beau, plus aimable à mes yeux, qu'aux yeux de leurs amantes ne peuvent l'être des amants! Comme une mère aime son fils unique, c'était ainsi que je t'aimais.

célèbre, considéré, non comme un ouvrage mystérieux, mais comme un morceau de poésie, ne me semble pas mériter toute sa réputation. On y voit quelques traits d'un sentiment assez naïf, des et images assez douces: Fasciculus myrrliœ, dilectus meus mihi; inter ubera mea commorabitur... Ecce tu pulcher,es, dilecte mi, et decorus: Lectulus noster floridus. — Sicut lilium inter spinas, sic arnica mea inter Jilias. Sicut malus inter ligna sjrlvarum, sic dilectus meus inter JUios. Sub timbra illius, quem desideraveram , sedi; et fruetus ejus dulcis gutturimeo... Fulcite me Jloribus... quia amore langueo. Lœva ejus sub capite meo, et dextera illius amplexabitur me... p^ox dilecti mei. Ecce iste venit saliens in montibusytransiliens colles... En dilectus meus loquitur mihi: Surge,propera, arnica mea, columba mea, formosa mea, et veni... Sonet vox tua in auribus meis,vox enim tua dulcis, et faciès tua, decora... Dilectus meus mihi, et ego illi... In lectulo meoper noctes quœsivi quem diligit anima mea; quœsivi illum , et non inveni (1).

(1) Mon bien-aimé est pour moi comme un faisceau de myrrhe. 11 se reposera sur mon sein. Viens, monbien-aimé: tu es la grâce et la beauté même; notre lit est seméde fleurs. — Comme le \y» au milieu des épines, ma bien-aimée s'élève entre ses jeunes compagnes. —Comme le pommier au milieu des bois, on distingue mon bien-aimé entre les hommes de son âge. Je me suis reposée à l'ombre de celui que je désirais; et ses fruits ont été délicieux pour moi.

Cela est simple et naturel; mais cela est noyé dans une multitude de comparaisons sans justesse, et de détails sans agrément; et que ce fût l'épithalame, le chant nuptial de Salomon, je n'y vois nulle vraisemblance.

Est-il possible d'imaginer que Salomon eût fait dire à sa jeune épouse qu'elle courait les rues toute la nuit pour le chercher; qu'elle avait rencontré la sentinelle, et qu'elle lui avait demandé si elle n'avait pas vu son amant? Surgam et cir- cuibo civitatemj pervicos et plateas quœram quem diligit anima mea. Quœsivi illum, et non inveni. Invenerunt me vigiles qui custodiunt civitatem: Num quem diligit anima mea vidistis?

L'épouse de Salomon aurait-elle dit que ses frères l'avaient battue et lui avaient fait garder les vignes? Salomon lui-même aurait-il demandé qu'on lui prît les petits renards qui gâtaient les vignes, parce que sa vigne était en fleur? etc. etc.

Posez-moi sur un lit de fleurs, car je me sens languir d'amour. Sa main gauche soulèvera ma tête, et sa droite m'embrassera, C'est la'voix de mon bien-aimé.Levoilàqui vient bondissant sur les monts, franchissant les collines. Je l'entends qui me dit : Lève-toi , viens , ma bien-aimée, ma colombe, ma toute telle.... Ah ! que ta voix se fasse donc entendre à mon oreille; car ta voix a autant de douceur que ton visage a de beauté. Mon bien-aimé fait mes délices , et je fais ses plaisirs. — Toutes les nuits , en soupirant , j'ai cherché dans mon lit celui que chérit tant mon ame ; je l'ai cherché , et ne l'ai point trouvé.

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