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communément les plus poétiques; et sous ces deux rapports, Antoine et Madelaine sont ce que le calendrier a de mieux. Antoine, parmi les poètes, a trouvé un Calot. Madelaine n'a pas trouvé un Le Brun. Elle était digne d'occuper la dévotion de Racine. L'imagination grotesque du père Le Moine a dénaturé ce tableau. La grâce et la noblesse dont il était susceptible sont indi,quées dans ce bouquet de M. de Voltaire à madame L. D. D. B.

Votre patronne, au milieu des apôtres,
Baisait les pieds à son divin époux:
Belle B. il eût baisé les vôtres;
Et saint Jean même en eût été jaloux.

Mais, dans un bouquet, on n'est point assujetti à ces sortes de parallèles, et communément on se donne la liberté de louer la personne sans faire mention du saint. Voici, dans ce genre, un faible hommage offert aux grâces, aux talents et à la beauté.

Bouquet présenté à madame la G. de S. le jour de sainte Adélaïde:

Adélaïde
Paraît faite exprès pour charmer;
Et mieux que le galant Ovide,
Ses yeux enseignent l'art d'aimer

Adélaïde.

D'Adelaïde
Ah ! que l'empire semble doux!

i

Qu'on me donne un nouvel Alcidp,
Je gage qu'il file aux genoux
D'Adélaïde.

D'Adélaïde
Fuyez le dangereux accueil:
Tous les enchantements d'Armide
Sont moins à craindre qu'un coup d'csil

D'Adélaïde.,

Qu'Adélaïde . ;„•
Met d'ame et de goût dans son chant!
Aux accents de sa voix timide,
Chacun dit: Rien n'est si touchant
Qu'Adélaïde, -

D'Adélaïde
Quand l'Amour eut formé les traits,
Ma foi, dit-il, la cour de Gnide
N'a rien de pareil aux attraits

D'Adélaïde. Adélaïde,
Lui dit-il, ne nous quittons pas:
Je suis aveugle; sois mon guide:
Je suivrai partout pas à pas
Adélaïde.

Brillant. Il se dit de l'esprit, de l'imagination, du coloris, de la pensée. On dit d'un esprit fécond en saillies, en traits ingénieux, dont la. justesse et la nouveauté nous éblouit, qu'il est brillant. Le brillant de l'imagination consiste dans une foule d'images vives et imprévues, qui se succèdent avec l'éclat et la rapidité des éclairs. Leur abondance et leur variété font le brillant du coloris. Des idées qui jouent ensemble avec justesse et avec grâce, dont les rapports sont vivement saisis et vivement exprimés, font le brillant de la pensée. Le style est brillant par la vivacité des pensées, des images, des tours et des expressions.Le style d'Ovide, celui de l'Arioste est brillant. Dans Homère, l'allégorie de la ceinture de Vénus est une peinture brillante. J'ai cité ailleurs la description de la beauté du paon, dans la nouvelle Histoire naturelle. La peinture du même oiseau, quoique moins détaillée dans les Fables de La Fontaine, n'est pas moins éblouissante , lorsque Junon lui dit:

Est-ce à toi d'envier la voix du rossignol,
Toi que l'on voit porter à l'entour de ton col
Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies,

Qui te panades, qui déploies
Une si riche queue, et qui semble à nos yeux

La boutique d'un lapidaire?

Est-il quelque oiseau sous les cieux

Plus que toi capable de plaire?

Brillant ne se dit guère que des sujets gracieux ou enjoués. Dans les sujets sérieux et sublimes, le style est riche, éclatant. r

Brunette. On donne ce nom à une espèce de chanson, dont l'air est facile et simple, et le style galant et naturel, quelquefois tendre, et souvent enjoué. On les appelle ainsi, parce qu'il est arrivé souvent que, dans ces chansons, le poète, s'adressant à une jeune fille, lui a donné le nom de Brunette, petite brune:

Brunette, mes amours,
Languirai-je toujours?

Un vrai modèle dans ce genre, est cette chanson de Dufresni:

Philis, plus avare que tendre ,
-Ne gagnant rien à refuser,
Un jour exigea de Silvandre
Trente moutons pour un baiser.

Le lendemain nouvelle affaire:
Pour le berger le troc fut bon j Car il obtint de la bergère > •Trente baisers pour un mouton.

Le lendemain, Philis plus tendre,
Tremblant de se voir refuser,
Fut trop heureuse de lui rendre
Trente moutons pour un baiser.

Le lendemain, Philis peu sage,
Aurait donné moutons et chien
Pour un baiser que le volage
A Lisette donna pour rien.

Éle'm. de Liltér. I. 24

Buri.esqub. Genre de style ou de poésie, qui travestit les choses les plus nobles et les plus sérieuses en plaisanteries bouffonnes.

Ceux qui se sont élevés sérieusement contre le burlesque, ont perdu leur peine à prouver ce que tout le monde savait. Les écrivains mêmes qui se sont égayés dans ce genre, ne doutaient pas qu'il ne fût contraire au bon sens et au bon goût. Mais ne serait-on pas ridicule de représenter à un homme qui se déguise grotesquement pour aller au bal, que cet habit n'est pas à la mode? Assurément l'auteur du Roman comique savait bien ce qu'il faisait en travestissant YEnéide. Mais il y a de bons et de mauvais bouffons; et sous l'enveloppe du burlesque, il peut se cacher souvent beaucoup de philosophie et d'esprit. Le but moral de ce genre d'écrits est de faire voir que tous les objets ont deux faces; de déconcerter la vanité humaine, en présentant les plus grandes choses et les plus sérieuses d'un côté ridicule et bas , et en prouvant à l'opinion qu'elle tient souvent à des formes. De ce contraste du grand au petit, continuellement opposés l'un à l'autre, naît, pour les ames susceptibles de l'impression du ridicule , un mouvement de surprise et de joie si vif, si soudain , si rapide, qu'il arrive souvent à l'homme le plus mélancolique d'en rire tout seul aux éclats ; et c'est quelquefois l'homme du monde

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