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traits d'une belle femme, et surtout dans ce coup d'œil fin, qui va jusqu'aux replis du cœur démêler un soupçon de froideur, de tristesse, y ranimer la joie, y rallumer l'amour.

Enfin, pour captiver le cœur qu'on a touché et le sauver de l'inconstance, il faut le sauver de l'ennui, donner sans cesse à l'habitude les attraits de la nouveauté, et tous les jours la même aux yeux de son amant, lui sembler tous les jours nouvelle. C'est là le prodige qu'opère cette vivacité mobile, qui donne à la beauté tant de vie et d'éclat. Docile à tous les mouvements de l'imagination, de l'esprit et de l'ame, la beauté doit, comme un miroir, tout peindre, mais tout embellir.

Pour analyser tous les traits de ce prodige de la nature, il faudrait n'avoir que cet objet, et il le mériterait bien. Mais j'en ai dit assez pour faire voir que l'intelligence et la sagesse de la première cause ne se manifestent jamais avec plus d'éclat, qu'en formant cet objet divin.

Je sais bien qu'on peut m'opposer la variété infinie des sentiments sur la beauté humaine; et j'avoue en effet que la vanité, l'opinion, le caprice national ou personnel, ont trop influé sur les goûts, pour qu'il nous soit possible, en les analysant, de les réduire à l'unité. Laissons là ce qui nous est propre; et pour juger plus sainement, cherchons les principes du beau dans ce qui nous est étranger.

Sur quelque espèce d'être que nous jetions les yeux, nous trouverons d'abord que presque rien n'est beau que ce qui est grand, parce qu'à nos yeux la nature ne paraît déployer ses forces que dans ses grands phénomènes. Nous trouverons pourtant que de petits objets, dans lesquels nous apercevons une magnificence ou une industrie merveilleuses, ne laissent pas de donner l'idée d'une cause étonnamment intelligente, et prodigue de ses trésors. Ainsi, comme pour amasser les eaux d'un fleuve et les répandre, pour jeter dans les airs les rameaux d'un grand chêne, pour entasser de hautes montagnes chargées de glaces ou de forêts, pour déchaîner les vents, pour soulever les mers, il a fallu des forces étonnantes; de même pour avoir peint de couleurs si vives, de nuances si délicates, la feuille d'une fleur, l'aîle d'un papillon , il a fallu avoir à prodiguer des richesses inépuisables; et de l'admiration que nous cause cette profusion de trésors, naît le sentiment de beauté dont nous saisit la vue d'une rose ou d'un papillon.

Nous trouverons que ceux des phénomènes de la nature auxquels l'intelligence, c'est-à-dire l'esprit d'ordre, de convenance et de régularité, semble avoir le moins présidé, comme un volcan, une tempête, ne laissent pas d'exciter en nous le sentiment du beau, par cela seul qu'ils annoncent de grandes forces; et au contraire, que l'intelligence étant celle des facultés de la nature qui nous étonne le moins, peut-être à cause que l'habitude nous l'a rendue trop familière, il faut qu'elle soit très sensible et dans un degré surprenant, pour exciter en nous le sentiment du beau. Ainsi, quoique l'intention, le dessein, l'industrie de la nature soient les mêmes dans un reptile et dans un roseau, que dans un lion et dans un chêne; nous disons du lion et du chêne: Cela est beau! mouvement que n'excite en nous ni le roseau ni le reptile. Cela est si vrai, que les mêmes objets, qui semblent vils lorsqu'on n'y aperçoit pas ce qui annonce dans leur cause une merveilleuse industrie,deviennent précieux et beaux dès que ces qualités nous frappent : ainsi, en voyant au microscope ou l'œil ou l'aile d'une mouche, nous nous écrions, Cela est beau!

Enfin, dans la beauté par excellence, dans le spectacle de l'univers, nous trouverons réunis au suprême degré les trois objets de notre admiration, la force, la richesse et l'intelligence; et de l'idée d'une cause infiniment puissante, sage et féconde, naîtra le sentiment du beau dans toute sa sublimité.

Le principe du beau naturel une fois reconnu, il est aisé de voir en quoi consiste la beauté artificielle; il est aisé de voir qu'elle tient i° à l'opinion que l'art nous donne de l'ouvrier et de lui-même, quand il n'est pas imitatif; 2" à l'opinion que l'art nous donne,et de lui-même, et de l'artiste, et de la nature, son modèle, quand il s'exerce à l'imiter.

Examinons d'abord d'où résulte le sentiment du beau dans un art qui n'imite point, par exemple, l'architecture. L'unité, la variété, l'ordonnance , la symétrie, les proportions et l'accord des parties d'un édifice en feront un tout régulier; mais sans la grandeur, la richesse, ou l'intelligence portées à un degré qui nous étonne, cet édifice sera-t-il beau? et sa simplicité produira-t-elle en nous l'admiration que nous cause la vue d'un beau temple, ou d'un magnifique palais?

Au contraire, qu'on nous présente un édifice moins régulier, tel que le Panthéon, ou le Louvre : l'air de grandeur et d'opulence, un ensemble majestueux, un dessin vaste, une exécution à laquelle a dû présider une intelligence puissante, l'homme agrandi dans son ouvrage, l'art rassemblant toutes ses forces pour lutter contre la nature, et surmontant tous les obstacles qu'elle opposait à ses efforts; les prodiges des mécaniques étalés à nos yeux dans la coupe des pierres, dans l'élévation des colonnes et des corniches, dans la suspension de ces voûtes, dans l'équilibre de ces masses dont le poids nous effraie et dont la hauteur nous étonne; ce grand spectacle enfin nous frappe, nous nous écrions,Cela est beau! La réflexion vient ensuite: elle examine les détails, elle éclaire le sentiment, mais elle ne le détruit pas. Nous convenons des défauts qu'elle observe; nous avouons que la façade du Panthéon manque de symétrie, que les différents corps du Louvre manquent d'ensemble et d'unité. Plus régulier, cela serait plus beau sans doute. Mais qu'est-ce que cela signifie? Que notre admiration , déjà excitée par la force de l'art et sa magnificence, serait à son comble si l'intelligence y régnait au même degré.

Je ne dis pas qu'un édifice où les forces de l'art et ses richesses seraient prodiguées, fût beau s'il était monstrueux, ou bizarrement composé. L'intelligence y peut manquer au point que le sentiment de beauté soit détruit par l'effet choquant du désordre: car il n'en est pas ici de l'art comme de la nature. Nous supposons à celle-ci des intentions mystérieuses: accoutumés à ne pas pénétrer la profondeur de ses desseins , lors même qu'elle nous paraît aveugle ou folle, nous la supposons éclairée et sage; et pourvu que dans ses caprices et dans ses écarts elle soit riche et forte, nous la trouverons belle j au lieu qu'en interrogeant l'art, nous lui demanderons pourquoi, à quel usage, il a prodigué ses richesses ou épuisé ses efforts. Mais en cela même noas sommes peu sévères; et pourvu qu'à l'impression de grandeur se joigne l'apparence de l'ordre, c'en est assez : la force et la richesse sont, du côté de l'art, les premières sources du beau.

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