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Deshoulières; mais si quelqu'un veut s'y amuser encore, il fera bien de lui conserver le tour du style de Marot, sans trop affecter son langage. La Fontaine est un excellent maître dans l'art de rajeunir cette ancienne naïveté.

Comme la forme de la ballade est difficile à décrire avec précision, en voici un modèle pris de Marot, et dans lequel on remarquera, comme une singularité, qu'il y a deux refrains au lieu d'un.

Ballade du frère Lubin.

Pour courir en poste à la ville, Vingt fois, cent fois, ne sais combien;

Pour faire quelque chose vile; Frère Lubin le fera bien. Mais d'avoir honnête entretien ,

Ou mener vie salutaire , <

C'est à faire à un bon chrétien:Frère Lubin ne le peut faire.

Pour mettre ( comme un homme habile )

Le bien d'autrui avec le sien, Et vous laisser sans croix ne pile;Frère Lubin le fera bien. On a beau dire , Je le tien, Et le presser de satisfaire;Jamais ne vous en rendra rien:Frère Lubin ne le peut faire.

Pour débaucher, par un doux style,
Quelque fille de bon maintien,
Point ne faut de vieille subtile;
Frère Lubin le fera bien. •
11 prêche en théologien;
Mais pour boire de belle eau claire,
Faites-la boire à notre chien:
Frère Lubin ne le peut faire.

Envoi.

Pour faire plutôt mal que bien,
Frère Lubin le fera bien;
Mais si c'est quelque bonne affaire,
Frère Lubin ne le peut faire.

Le temps de la galanterie fut celui de la ballade, ainsi que de tous ces petits poèmes qui composaient, nous dit Marot, le bréviaire du temple de l'amour.

Ce sont rondeaux, ballades, virelais,
Mots à plaisir, rimes et triolets,
Lesquels Vénus apprend à retenir
A un grand tas d'amoureux nouvelets,
Pour mieux savoir dames entretenir.

La régularité sévère de ces petites pièces de poé-
sie en a fait abandonner le genre, et c'est ce qui
aurait dû le rendre intéressant.

Le sentiment de la difficulté vaincue entre plus qu'on ne pense dans le plaisir que nous font les arts; et lorsque cette difficulté n'est pas trop gênante , qu'il y a de l'adresse à la vaincre, et qu'il en résulte un agrément de plus, elle est précieuse à conserver. C'est peut-être ce qui nous rend si chère l'habitude des vers rimés; c'est aussi ce qui nous doit faire regretter ces petits poèmes, qui, dans leur forme prescrite, avaient de l'élégance et de la grâce, et dans lesquels la facilité, unie à la contrainte, était un objet de surprise , et par conséquent un plaisir de plus. Tels étaient le sonnet, le rondeau, le virelai, le triolet, le chant, et la ballade.

Le sonnet et peut-être le cercle le plus parfait qu'on ait pu donner à une grande pensée, et la division la plus régulière que l'oreille ait pu lui prescrire. Le couplet ne peut guère avoir de plus joli forme que celle du triolet. Le tour du rondeau et du virelai donne de la saillie au badinage et à l'épigramme. La ballade, comme le chant, donne, par son refrain, de l'élégance et de la grâce aux stances qui la composent. Chacun de ces petits poèmes avait son caractère particulier et ses règles prescrites, c'est-à-dire des guides sûrs pour le talent et pour le goût.

Ce qu'on appelle aujourd'hui poésies fugitives n'a plus ni forme ni dessein; elles sont libres , mais trop libres. La facilité, que suit la négligence , en fait produire avec une abondance qui ajoute encore au dégoût de leur insipidité. Des hommes de génie, dont ces poésies légères sont les délassements, y excelleront toujours: mais le génie est rare; et le talent médiocre, qui aurait peut-être réussi à bien tourner une ballade ou un rondeau, ne fera, dans une pièce de vers libres, qu'enfiler des rimes comm unes et des idées plus communes encore, sans aucune peine, il est vrai, mais aussi sans aucun mérite, ni du côté du goût, ni du côté de l'art.

Barreau. C'est le lieu où l'on plaide devant les juges; et le genre de style ou d'éloquence en usage dans la plaidoirie s'appelle en style du barreau, éloquence du barreau.

On a souvent confondu, en parlant des anciens, le barreau avec la tribune, et les avocats avec les orateurs, sans doute à cause que l'un de ces emplois menait à l'autre, et que bien souvent le même homme les exerçait à la fois.

Il y avait à Athènes trois sortes de tribunaux: celui de l'Aréopage, qui ne jugeait qu'au criminel, et d'où l'éloquence pathétique était bannie; celui des juges particuliers, devant lesquels se plaidaient les causes qui n'étaient pas capitales; et celui du peuple, auquel on déférait une loi qu'on croyait mauvaise, et qui avait droit de l'abroger. Les deux premiers de ces tribunaux répondaient à notre barreau, le dernier répondait au forum ou à la tribune romaine. Il y avait de plus les assemblées publiques, où le peuple et le sénat siégeaient ensemble, et dans lesquelles s'agitaient les affaires d'état. Démosthène nous a décrit la forme de ces assemblées, que les prytanes, ou les chefs du sénat, avaient seuls droit de convoquer, et auxquelles le peuple présidait par tribus. Voyez Délibératif.

Tant que Rome fut libre, le forum, où le peuple était juge, fut le tribunal suprême. Le tribunal des préteurs, celui des censeurs, celui des chevaliers, celui du sénat même, était subordonné à celui du peuple. Mais depuis César, et sous les empereurs, toutes les grandes causes furent attribuées au sénat; l'autorité des préteurs s'accrut; celle du peuple fut anéantie; et l'éloquence de la tribune périt avec la liberté.

Ainsi, dans Rome et dans Athènes, tantôt les causes se plaidaient devant les juges, esclaves de la loi; tantôt devant le législateur, qui avait le droit d'abroger la loi, de l'adoucir, de la changer, de la laisser dormir, de lui imposer le silence, en un mot, de mettre sa volonté à la place de la loi même. Voilà ce qui distingue essentiellement le barreau d'avec la tribune. Voyez Orateur.

Autant les fonctions de l'orateur étaient en honneur dans Athènes et dans Rome, autant la profession d'avocat y fut avilie par la vénalité f la corruption, et la mauvaise foi. Démosthène, qui l'avait exercée, se vantait d'avoir reçu cinq talents pour se taire, dans une cause où sans doute on appréhendait qu'il ne parlât; et comme il s'était fait paver son silence, on juge bien que lui et ses pareils faisaient encore mieux acheter leur voix. Rien ne fut plus vénal dans Rome, dit Tacite, que la perfidie des avocats.

Chez nos bons aïeux, lorsque tous les crimes étaient taxés, que pour cent sous on pouvait cou

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