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l'Italie eût été d'un grand poids dans la balance des beaux-arts. D'où vient donc que Perrault a eu la vanité de n'y faire entrer que l'école française? Il avait fait un mauvais petit poème, dans lequel, pour flatter Louis XIV, il avait opposé son règne à toute l'antiquité. On trouva la louange outrée; il voulut la justifier, et fit un livre où, avec de l'esprit, il s'efforçait d'avoir raison: moyen presque assuré de faire un mauvais livre.

Ainsi lui-même avait affaibli une cause déjà trop faible, en détachant du parti des modernes tout ce qui n'appartenait pas au règne de Louisle-Grand; et s'il appelle à son secours Malherbe, Pascal, et Corneille, surtout l'Arioste et le Tasse, c'est qu'il s'oublie et perd de vue l'objet qu'il s'était proposé.

Mais ce qui l'avait mis encore plus à l'étroit, c'est l'alternative comique à laquelle il était réduit, ou de louer ses adversaires et les amis de ses ennemis , ou de renoncer à tout l'avantage que leurs talents donneraient à sa cause. Racine, Despréaux, Molière , La Fontaine, étaient bien d'autres hommes à opposer aux anciens, que Chapelain et Scudéri. Il eût fallu avoir le courage et la franchise de les louer autant qu'ils méritaient de l'être; et cette vengeance était en même temps la plus noble et la plus adroite qu'il pût tirer d'un injuste mépris.

Antithèse. Le père Bouhours la compare au mélange des ombres et des jours dans la peinture, et à celui des voix hautes et basses dans la musique. Nulle justesse dans cette comparaison.

Il y a dans le style des oppositions de couleurs , de lumière et d'ombres, et des diversités de tons, sans aucune antithèse; et souvent il y a antithèse, sans ce mélange de couleurs et de tons.

L'antithèse exprime un rapport d'opposition entre des objets différents; ou, dans un même objet, entre ses qualités, ou ses façons d'être ou d'agir : ainsi, tantôt elle réunit les contraires sous un rapport commun, tantôt elle présente la même chose sous deux rapports contraires. Cette sentence d'Àristote, Pour se passer de société, il faut être un dieu ou une bête brute j ce mot de Phocion à Antigater, Tu ne saurais avoir Phocion pour ami et pour flatteur en même temps; et celui-ci, Pendant la paix, les enfants ensevelissent leurs pères; et pendant la guerre les pères ensevelissent leurs enfants, sont des modèles de Y antithèse.

L'on a dit que peut-être les sujets extrêmement sérieux ne la comportent pas. On a voulu parler, sans doute, de Y antithèse trop soutenue, trop étudiée, trop artistement arrangée 5 • mais ' Y antithèse passagère et sans affectation, est un tour

Éle'm. Je Littér. I. M

d'esprit et d'expression aussi naturel, aussi noble , aussi sérieux qu'un autre, et convient à tous les sujets.

Quoi de plus noble et de plus naturel que cet éloge de Roscius dans la bouche de Cicéron? Il est si excellent acteur, que vous diriez qu'il est le seul qui ait monter sur le théâtre; il est si honnête homme, que vous diriez qu'il n'y aurait jamais monter.

La plupart des grandes pensées prennent le tour de Y antithèse, soit pour marquer plus vivement les rapports de différence et d'opposition, soit pour rapprocher les extrêmes.

Caton disait: J'aime mieux ceux qui rougissent que ceux qui pâlissent : cette sentence profonde serait certainement placée dans le discours le plus éloquent. Ecoulez, vous autres jeunes gens, disait Auguste, un vieillard que les vieillards ont bien voulu écouter quand il était jeune: cette antithèse manquerait-elle de gravité dans la bouche même de Nestor? Et cette pensée si juste et si morale , La jeunesse vit d'espérance, la vieillesse vit de souvenir; et ce mot d'Agésilas, tant de fois répété, Ce ne sont pas les places qui honorent les hommes, mais les hommes qui honorent les places,- et celui de Dion à Denys, qui parlait mal de Gélon , Respectez la mémoire de ce grand prince : nous nous sommes fiés à vous à cause de lui; mais à cause devolts-y nous ne nous fierons a personne;' et ce matdîAgis, en parlant de ses

envieux , Ils auront à souffrir des maux qui leur arrivent, et des biens qui m'arriveront; et celui d'Henri IV à un ambassadeur d'Espagne, Monsieur l'ambassadeur, voila Biron, je le présente volontiers a mes amis et à mes ennemis j et celui de Voiture , C'est le destin de la France de gagner des batailles et de perdre des armées: seraient-ils indignes de la majesté de la tribune ou du théâtre?

Le moins maniéré, le plus simple des écrivains de l'antiquité, Plutarque, dans ses parallèles, emploie fréquemment Y antithèse. ThémistocleP dit-il ,fut banni après avoir sauvé sa patrie; Camille sauva sa patrie après avoir été banni. Camille est le plus grand des Romains avant son exil; et après son exil, il est supérieur à lui- même. Y a-t-il rien de moins recherché et de plus naturel que cette opposition?

L'abbé Mallet renvoie l'antithèse aux harangues, aux oraisons funèbres, aux discours académiques; comme si Yantithèse n'était jamais qu'un ornement frivole; et comme si, dans une oraison funèbre, dans une harangue, dans un discours académique, le faux bel-esprit n'était pas aussi déplacé que partout ailleurs. L'affectation n'est bonne que dans la bouche d'un pédant, d'une précieuse ou d'un fat.

L'antithèse est souvent un trait de délicatesse ou de finesse épigrammatique. Cette réponse d'un homme à sa maîtresse, qui faisait semblant d'être jalouse d'une honnête femme, Aimable vice, respectez la vertu; et celle dePhocion à Démadès, qui lui disait , Les Athéniens te tueront s'ils entrent en fureur. Et toi, s'ils rentrent dans leur bon sens; et ce mot d'Hamilton , Dans ce tempslà, de grands hommes commandaient de petites armées, et ces armées faisaient de grandes choses; sont des exemples de ce genre.

Mais souvent aussi Yantithèse prend le ton le plus haut; et l'éloquence, la poésie héroïque, la tragédie elle-même, peuvent l'admettre sans s'avilir.

Ce vers de Racine, imité de Sapho, Je sentis tout mon corps et transir et brûler;

ce vers de Corneille,

Et monté sur le faite, il aspire à descendre;ce vers de la Henriade,

Triste amante des morts, elle hait les vivants;ce vers de Crébillon,

La crainte fit les dieux, l'audace a fait les rois;ces paroles de Junon dans l'Enéide,

Flectere si nequeo Superos, Acheronta movebo (i);

(1) « Si je ne puis fléchir les dieux du ciel, je soulèverai ceux des enfers. »

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