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cinus est vincire civem rornanum; prope parricidium neeare j quid dicam, in crucem tollere (1)? ou pour laver Milon et ses esclaves du meurtre de Clodius: Fecerunt id servi Milonis, neque imperante, neque sciente, neque prœsente domino, quod suos quisque servos in tali re voluisset (2); observons, dis-je, qu'alors même, si l'on garde la vraisemblance, on manquera aux règles de la bonne foi, mais non à celles de l'éloquence; et sans parler des avocats modernes, il faut avouer que c'était là toute la religion des anciens : le succès, le gain de leur cause, et le salut de leur client. Voyez Orateur et Barreau. Le grand vice de Y amplification , du côté de l'art, c'est d'en dire plus que l'orateur n'en peut lui-même penser et croire. En perdant jusqu'à l'apparence de la sincérité, il perd l'estime de ses juges, souvent même, comme Longin l'observe, il les blesse et les indispose; car ils prennent son impudence pour une marque de mépris.

Réduisons-nous donc à distinguer deux sortes & amplification : l'une déclamatoire et mauvaise, qui outrepasse visiblement les bornes de la vé

(1) « C'est un crime que de charger de fers un citoyen romain; c'est presque un parricide que de le mettre à mort: qu'est-ce donc que de le mettre en croix ? »

(2) Les esclaves de Milon firent, sans l'ordre de leur maître , à son insu, en son absence, ce que chacun aurait voulu qu'en pareille rencontre eussent fait ses esclaves. »

rité; l'autre qui se renferme dans celles de la vraisemblance, et qui est la seule oratoire. Voyez Vérité Relative , Hyperbole.

Ainsi, pour l'orateur, amplifier, ce n'est qu'exposer amplement la vérité, ou ce qui lui ressemble , soit pour frapper plus vivement l'esprit ou l'ame de l'auditeur d'une impression qui nous est favorable, soit pour y affaiblir, ou pour en effacer une impression qui nous est contraire.

«En divisant une chose, dit Aristote, on l'agrandit par le seul développement de ses parties» (et il le dit encore des circonstances qui la distinguent). «Plus une action est difficile et rare, plus elle est grande. Comme si quelqu'un a exécuté une entreprise au-dessus de ses forces, audessus de son âge, au-dessus de ses pareils, seul, ou le premier, ou avec peu de secours, et surtout s'il a fait ce qu'il y avait de plus important, et s'il l'a fait souvent de même. » Voilà des formules d!'amplification que la vérité même avoue.

C'était là le grand art des anciens orateurs; et ils en convenaient eux-mêmes : Summa laus eloquentiœ amplificare rem ornando. De Orat. 1. 3. C'était là qu'ils se permettaient les expressions les plus hardies, et presque celles des poètes: Verba prope poetarum. De Orat. 1. î. C'était à ce grand caractère que l'homme éloquent se distinguait de l'homme simplement disert (i).

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C'était par cette plénitude, par cette abondance de pensées et d'expressions, que le style de l'orateur s'élevait au-dessus du style subtil, aigu, mais effilé, mince, concis, aride, exténué, des philosophes. C'était enfin par là que l'éloquence différait de cette plaidoirie aigre et litigieuse, dont le langage était trivial, sec et pauvre, tandis que celui de l'éloquence était enrichi d'une foule de connaissances, et d'une affluence de choses pareille à l'abondance qu'on faisait arriver des extrémités de l'empire , pour nourrir le peuple romain (i).

Telles étaient, pour l'éloquence grecque et romaine, les sources de Yamplification. C'était à des hommes à qui les monuments de l'antiquité, ses exemples, ses mœurs, ses lois, ses usages étaient connus; à qui l'histoire de leurs ancêtres était présente à la pensée, qui sortaient des écoles de la philosophie, pleins des idées les plus profondes de morale et de politique, analysées, dis

mediocres homines, ex communi quadam hominum opinione dicere; eloquenlem vero, qui mirabilius et magnifcentius augere posset alque ornare quœ vellet, omnesque omnium rerum quœ ad dicendum pertinerent fontes animo ac rftemoria conlineret. (De Orat. 1. 1. )

( 1 ) Instrumenlum hoc forense litigiosum, acre, tractum ex vulgi opinionibus, exiguum sane atque mendicum est... Apparatu nobis opus est et rebus exquisitis undique et collec.tis, accersilis, comparatis, ut tibi, Cœsar,faciendum est ad annum. (De Orat. 1. 3. )

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204 ÉLÉMENTScutées, agitées dans tous les sens; qui s'étaient nourris de la lecture, non-seulement des orateurs célèbres, mais des poètes éloquents; qui avaient traduit, commenté de mémoire ou par écrit, dans leur jeunesse, les plus beaux modèles de l'élocution ou oratoire ou poétique; c'était à de tels hommes, dis-je , que l'art d'étendre, d'agrandir, d'élever les idées, devenait comme naturel. Ils l'employaient dans l'exorde pour se concilier les esprits; dans l'exposition et la preuve, pour fortifier leurs moyens et affaiblir ceux de l'adversaire; dans la narration, pour la rendre intéressante et persuasive à leur avantage; dans la définition, pour la graver plus avant dans l'esprit des juges, et la soustraire à la discussion d'une logique rigoureuse : Elenim definitio, primum reprelienso verbo uno, aut addito, aut demptoy sœpe extorquetur e manibus (i). De Orat. 1. 2. Ils l'employaient surtout quand il s'agissait d'émouvoir. Eœque causœ sunt ad augendum et ad ornandum gravissimœ atque plenissimœ, quœ plurimos exitus dant... ut... animorum impetus... aut impellantur aut reflectantur (2). De Orat. 1. 2.

(1^ « Car il ne faut souvent que reprendre un mot dans la définition, ou en ajouter, ou en retrancher un, pour nous arracher cette arme de la main. »

(2) « Les causes dans lesquelles l'art d'agrandir et d'orner trouve le plus de gravité et de plénitude , sont celles qui présentent le plus d'événements propres à exciter les passions ou à les réprimer. »

Et pour la louange et le blâme , ils la regardaient comme le don suprême, le talent propre de l'orateur: Nihil est enim ad exagerandam et amplificandam oralionem accommoda tius, quam ulrumque horum (laudandi et vituperandi) cumidatissime facere posse (1). De Orat. 1. 2.

Or, qu'on me dise comment cet art, le triomphe de l'éloquence, una laus et propria oraloris maxima, peut être à la portée des écoliers de nos colléges. Qu'on me dise quels sont les faits, quelle est l'espèce de questions politiques ou morales dont un rhétoricien soit assez pleinement instruit pour l'amplifier de lui-même par l'accumulation des circonstances, des accidents, des conséquences, des exemples, des causes, des effets, des ressemblances, des contrastes; par les comparaisons et les gradations du plus au moins, du moins au plus; par l'énumération des parties, et par ces développements de qualités et de rapports que les rhéteurs ont appelé un amas de définitions.

La bonne manière, je crois, d'exercer à Y amplification les disciples de l'éloquence, c'est d'abord de leur en faire lire les modèles à haute voix , et de les laisser, après la lecture, se retracer de souvenir, par écrit, dans une autre langue, . :^

(i) «Rien n'est si favorable à Y amplification que ces deux genres d'éloquence, la louange et le blâme, lorsqu'on est en état d'en accumuler les moyens. »

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