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L'Eglise a donc par le fait défini des vérités qui ne se trouvaient qu'implicitement dans la Ste. Ecriture et que la tradition lui avait transmise , et si nous demandons à Vincent de Lerins la raison de cette conduite; « l'Eglise voulait, repond-il, que ce que l'antiquité a avait cru simplement, on le crut à l'avenir avec plus de précision: » Quod antea simpliciter credebatur, hoc idem postea diligentius crederetur 1.

Avec ces principes et après toutes les autorités que nous avons passées en revue, est-il étonnant que déjà au 16 siècle , le savant Suarez ait affirmé que la doctrine de l'Immaculée Conception pouvait être définie quand l'Eglise l'aurait jugé convenable , dico veritatem hanc posse definiri ab Ecclesia , quando id expedire iudicaverit. Et alors cependant cette doctrine avait encore des adversaires, combien son affirmation n'a-t-elle pas acquis de consistance, aujourd'hui qu'il n'y en a plus !

Quant à la question d'opportunité, au successeur de Pierre et aux premiers Pasteurs seuls , il appartient de la résoudre. Mais quand on refléchit sur l'unanimité si entière de la part des fidèles, des prêtres, des ordres religieux, des Evêques et du souverain Pontife dans cette pieuse croyance, on ne peut se défendre d'un certain pressentiment que cette grande question est bien près de recevoir une solution définitive.

Arras 23 Avril 1849.
PROYART Chan. – A. LIÉVIN Ch. - WALLON CAPELLE Vio. Gén,

D. BLANQUE Chan.- BAILLY Vic. Gén.

VII. SEANCE DU 24 AVRIL. .

Sentiments du Clergé etc. des fidèles du Diocèse d'Arras

sur l'Immaculée Conception.

Après avoir éxaminé avec une scrupuleuse attention, la question de l'Immaculée Conception en elle même, la commission a cru de

1 Comm. C. 23.

voir réunir tous les élémens propres à constater l'état de l'opinion du clergé et des fidèles du Diocèse sur cette pieuse croyance et tel est le sujet qui a été traité dans la réunion de ce jour.

Nous croyons pouvoir affirmer que la croyance en l'Immaculée Conception de Marie est très ancienne dans le Diocèse d'Arras.

Nous avons dit plus haut que l'Université de Paris en 1496, avait dressé un statut obligeant tous ses membres, sous la foi du serment, à défendre la doctrine de l'Immaculée Conception et emportant contre ceux qui le transgresseraient et soutiendraient la doctrine contraire, la perte de tous grades et privileges obtenus par leur admission dans le corps.

Il importe de remarquer ici combien était précis le serment qu'on exigait dans cette Université , il témoigne assurément d'une conviction bien profonde. En voici la teneur : Iurabitis quod tenebitis determinationem facultatis de Conceptione Immaculatae Virginis Mariae , videlicet quod in sua conceptione praeservata fuit ab originali labe.

RC. Iuro.

Or en 1660, l'université de Douai, relevant du Diocèse d'Arras, prenait déjà, à l'exemple de celle de Paris et de plusieurs autres, une décision semblable ; et la promulgation de son décret en 1662 est un fait historique trop remarquable et trop significatif, pour que nous n'en rappelions pas les détails.

À l'occasion de la promulgation de ce décret, il y eut donc à Douai, le 2 Juillet jour de la Visitation de la Ste. Vierge, une procession solennelle à la quelle assistèrent les cinq facultés, en grand costume, les chanoines de S. Pierre et de S. Amé, les differeas ordres religieux, les magistrats et les officiers de la Ville, les Colléges du Roi, de S. Vaart, d'Anchin et de Marchiennes, portant chacun un flambeau et au nombre de 800 personnes.

À la fin de la procession on fit l'inauguration d'une statue de l'Immaculée Conception, représentant Marie foulant aux pieds un serpent. Cette statue en marbre avait été exécutée a Douai par un artiste distingué qui parait avoir consacré deux ans à cet ouvrage.

Lorsque la procession fut arrivée aux pieds de la statue , le Recteur fit la lecture du voeu qui avait été formulé par toute l'Université, de choisir Marie pour sa protectrice perpétuelle, et de défendre et d'enseigner publiquement la doctrine de l'Immaculée Conception.

À l'offertoire de la Messe solennelle qui eut lieu ensuite, le même Recteur réitera ce voèu collectif et déposa sur l'autel un cierge, comme témoignage public de l'engagement pris par tout le corps sayant dont il était le chef 1.

La croyance en l'Immaculée Conception dans la Diocèse d'Arras est encore bien antérieure à cette époque.

Nous trouvons dans ua ancien Missel à l'usage de l'insigne Ca- ; thédrale du Diocèse d'Arras, imprimé à Arras, en 1517, une Messe de la Conception de la Ste. Vierge , dont les oraisons ne laissent aucun doute sur la doctrine reçue et professé publiquement alors.

Voici la collecte de cette Messe: « Deus qui nos per immaculatam « Virginis Conceptionem, dignum filio tuo habitaculum praeparasti, « concede, quaesumus, ut sicut ex morte eiusdem filii tui praevisa « eam ab omni labe praeservasti; ita nos quoque mundos , eius ina tercessione, ad te pervenire concedas; Per etc.

La même doctrine se reproduit dans la Secrète.

Cette doctrine puisée dans les enseignements anciens et fortifiée par la solennelle décision de l'Université de Douai, s'est transmise jusqu'à nous, parmi les fidèles comme dans le clergé, à ce point que quand un prédicateur traitant cette matière , fait observer , pour être exact, que cette croyance n'est pas encore définie par l'Eglise, les fidèles ne peuvent 'se défendre de laisser entrevoir un certain étonnement.

Cette croyance a pris encore un développement prononcé, depuis l'établissement de l'Archiconfrérie du Coeur de Marie, dans la capi

1 Mémoires Manuscrites de la Biliothèque d'Arras, cités par M. l'abbé Parenty, chanoine dans la vie de Florence de Verquigemeil p. 171.

tale. L'Evêché reçoit tres fréquemment des demandes d'autorisation a s'affilier à cette confrérie, de toutes les paroisses du Diocèse. Le nombre des médailles avec l'invocation à Marie conçue sans péché, demandées et distribuées à la cathédrale seulement est incalculable, et il en est de même partout à la ville et dans les campagnes.

Le sentiment du clergé est le même que celui des fidèles et l'on peut affirmer que, quand l'autorité aura jugé convenable de définir la question, la décision sera accueillie dans le Diocèse d'Arras avec la plus vive satisfaction ; elle ne sera d'ailleurs qu'une confirmation plus solennelle de la foi en cette doctrine qui est déjà dans tous les coeurs.

Sentiment de la Commission.

La commission semble avoir suffisamment formulé son sentiment dans le cours de la discussion sérieuse qu'elle a faite de cette importante question.

Elle ne s'est pas dissimulé les difficultés qu'elle présente au premier abord. Elle s'est rendu compte de chacune d'elles, elle les a pesées avec la plus grande indépendence, et pour se décider avec plus d'impartialité, elle a même fait taire en elle toute opinion personelle, toute inspiration de la piété.

Mais quand, après une étude sérieuse de sa matière, un'examen approfondi des documens fournis par la liturgie, l'Ecriture et la tradition, elle a vu, d'une coté, l'imposante autorité des témoignages, de l'autre le peu de portée des objections, elles n'a pu se défendre de reconnaître que la doctrine de l'Immaculée Conception est la seule vraie, la seule solidement établie, la seule à l'épreuve de toute espèce de contradiction et elle a souscrit cette déclaration à l'unanimité.

Elle termine en émettant le voeu que l'initiative que vient de prendre le souverain Pontife Pie IX soit couronné d'un entier succès. Elle ne craint même pas d'ajouter que s'il en était autrement, si, par impossible, le résultat de l'enquête faite auprès des Evêques de la catholicité, le forçait à ajourner encore la solution désirée, cet ajournement affligerait profondément l'Eglise et ferait naître dans les esprits une hésitation et des doutes d'autant plus pénibles que la croyance en cette vérité est aujourd'hui plus enracinée dans les coeurs.

Arras 24 Avril 1849.

WALLON CAPELLE Vic. Gén. – PROYART Ch. - D. PLANQUE Ch.

LIÉVIN Ch.- BAILLY Vic. Gén.

VIII. SEANCE DU 26 AVRIL

Dans le cours du travait de la commission, son Eminence a adressé aux commissaires quelques doutes sur la question de l'Immaculée Conception.

Leur importance et les nouvelles lumières qu'ils étaient de nature à faire naitre, ont determiné la commission à en faire l'objet d'un rapport particulier en faisant précéder ses observations de la lettre textuelle de son Eminence. Messieurs.

La question qui vous occupe me parait très difficile et extrêmement délicate.

Il ne s'agit point seulement de rendre un juste hommage à la sublime et suprême dignité de l'homme Dieu.

Ce n'est point non plus une dette d'honneur à acquitter envers Marie; il s'agit principalement d'un nouvel article de foi à imposer aux fidèles.

Voilà, selon moi, où git la grande difficulté. Car pour cela , il faut des raisons inattaquables et de première nécessité à suivre.

Le silence de l'Eglise sur ce point, comme article de foi, me parait très-imposant.

Je me demande pourquoi Dieu n'a point fait connaitre, par quelque moyen à lui seul propre, que l'Eglise devait se prononcer là dessus.

En examinant du reste cette question, ne serait-il pas possible qu'on se laissât trop dominer par l'honneur dû à la Divinité ?

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