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l'action. Deux ou plusieurs substantifs joints ensemble exigent toujours que les verbes ou les pronoms, auxquels ils ont rapport, soient placés au pluriel, parce qu'autrement leur relation commune avec ces verbes ne seroit point indiquée. Un verbe actif gouverne l'accusatif dans toutes les langues, c'est-à-dire, qu'il indique un nom substantif, sur lequel son action est dirigée. Dans tous les langages, un pronom relatif doit s'accorder avec son antécédent, en genre, en nombre, et en personne; et les conjonctions ou particules connectives doivent toujours lier ensemble les mots qui ont la même forme et la même situation. Ces exem

ples suffiront pour démontrer que dans toutes les langues, sans excepter la nôtre, les règles fondamentales de la syntaxe méritent l'attention de tous ceux qui veulent écrire ou parler

correctement.

DIXIÈME LEÇON.

Du style, de la clarté, et de la précision.

AYANT

YANT terminé, dans la dernière leçon, mes observations sur les langues, je traiterai, dans celle-ci, du style et des règles qui y ont rapport.

Il n'est pas aisé d'expliquer, avec précision, ce qu'on entend généralement par le style. La définition la plus juste me paroît être la manière particulière que chaque individu emploie pour exprimer ses idées avec le secours du langage. Il ne consiste pas totalement dans le choix des mots ou du langage.

Le style d'un auteur peut être défectueux, quoiqu'il emploie les termes convenables. Il peut être sec, guindé, affecté ou foible. Le style d'un écrivain a toujours quelque rapport avec sa façon de penser. C'est une espèce de tableau des pensées qui roulent habituellement dans son esprit, et de la manière dont elles s'y présentent. Aussi, dans l'examen des compositions d'un auteur, est-il souvent très-difficile de séparer le style de la pensée ; et l'intimité de cette liaison ne doit point causer de surprise; puisque le style n'est autre chose que

la sorte d'expression que nos pensées saisissent par préférence. On a remarqué que les diffé rens pays ont un genre de style particulier et analogue au caractère et au génie de leurs habitans. Les peuples de l'Orient chargeoient leur style de figures hyperboliques. Les Athéniens, peuple poli et subtil, avoient un style clair, pur et correct. Les Asiatiques, gais et licencieux dans leurs mœurs, étoient généralement diffus et fleuris dans leur style. Les mêmes différences distinguent le style des Français, des Anglais et des Espagnols. Pour caractériser en général les différens styles, on dit souvent un style animé, un style froid, un style affecté ou un style foible, et il est évident que toutes ces épithètes pourroient convenir aussi bien à l'imagination de l'écrivain qu'à l'expression de ses idées.

On peut réduire tout ce qui constitue le bon style à deux qualités principales, la clarté et les grâces; car tout ce qu'on peut exiger du discours, c'est qu'il rende clairement et intelligiblement nos idées, et qu'il les présente de la manière la plus capable de plaire, d'intéresser et de fortifier l'impression que nous voulons faire. En atteignant ce double but, on tire incontestablement du discours, soit

verbal ou écrit, tous les avantages qu'on peut en attendre.

On conviendra sans doute, unanimement, que la première qualité du style est sa clarté (1). Elle est si essentielle dans tous les genres de composition, qu'aucun autre mérite ne peut en compenser l'absence. Sans elle, les plus riches ornemens du style ne semblent qu'un amas confus, plus propre à fatiguer la vue du lecteur qu'à lui plaire. Nous devons donc avoir toujours, pour premier objet, de nous faire comprendre clairement et avec la plus grande facilité possible.

<< Oratio, dit Quintilien, debet esse negli» genter quoque audientibus aperta; ut in » animum audientis, sicut sol in oculos,etiam» si in eum non intendatur, occurrat. Quare, » non solum ut intelligere possit, sed » ne omnino possit non intelligere curan» dum (2). » Si la lecture d'un auteur exige

(1) Nobis sit prima virtus, perspicuitas, propria verba, rectus ordo, non in longum dilata conclusio nihil neque desit, neque superfluat.

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Quintilien, liv. VIII.

(2) Le discours doit toujours être clair et intelligible pour l'auditeur le moins attentif. Il faut que le

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que l'esprit soit dans une tension continuelle,
si il faut s'arrêter et relire des sentences pour
les comprendre, cet auteur n'aura jamais le
don de plaire. Les hommes sont, en général,
trop indolens pour aimer ce qui exige beau-
coup d'attention. On pourra peut-être feindre
de l'admiration pour le docte écrivain, lors-
qu'on sera parvenu à l'entendre; mais il est
fort douteux qu'on s'empresse d'en reprendre
la lecture.

Il arrive quelquefois à des auteurs de pré-
senter la difficulté de leur sujet comme une
excuse de leur défaut de clarté; mais elle est
rarement admissible: car lorsque l'on conçoit
une chose clairement, on peut toujours, avec
un peu de soin, l'expliquer d'une manière in-
telligible, et il seroit à désirer qu'on n'écrivît
jamais sur les sujets qu'on ne conçoit pas clai--
rement. Il est sans doute possible et très-excu-
sable de n'avoir, sur certains sujets, que des
connoissances incomplètes; mais si peu loin

sens frappe son esprit, comme le soleil frappe notre
vue, quoiqu'elle ne soit pas fixée sur lui. Il faut
tâcher non-seulement que vous puissiez être compris
par tous vos auditeurs, mais qu'aucun d'eux ne puisse
manquer de vous comprendre.

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