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soumet respectueusement, à cet égard, au jugement du public.

En conservant ici le style simple qui convient à des préceptes, c'est à la clarté qu'il borne toutes ses prétentions; et si, d'après la critique qu'il a fait du style de plusieurs auteurs éminens, on trouvoit juste de censurer le sien rigoureusement, ce livre prouvera, comme tant d'autres, qu'il est beaucoup plus facile d'offrir le précepte que l'exemple.

LEÇONS

DE RHÉTORIQUE,

E T DE

BELLE S-LETTRE S.

LE CON PREMIER E.

INTRODUCTION.

La faculté de se communiquer leurs pensées est un des plus précieux priviléges accordés par la providence aux individus de l'espèce humaine. Privée de ce secours, la raison ne seroit qu'un principe isolé, dont nous tirerions peu d'avantage. La parole est le plus utile instrument des services que nous nous rendons réciproquément. La parole communique la pensée, et les progrès de la pensée sont principalement le produit de sa commuTome I.

a

nication. Les facultés d'un individu isolé n'atteindroient qu'à un bien foible degré de perfection. Ce n'est point aux efforts d'un seul que nous sommes redevables de ce qu'on appelle la raison humaine. La raison est le résultat du jugement d'un grand nombre, et de la communication de leurs lumières, au moyen des écrits et des discours.

Il est donc évident que les discours et les écrits sont des objets dignes de fixer sérieusement notre attention. Soit que nous considérions l'influence de l'orateur, ou la satisfaction de celui qui l'écoute; soit que nous ayons en vue l'utilité ou le plaisir, nous aurons toujours de puissans motifs pour étudier la manière la . plus avantageuse de nous communiquer mutuellement nos pensées. Aussi voyons-nous que chez presque tous les peuples on s'est occupé de perfectionner le discours, dès dès que leur langue, 'devenue un peu plus abondante, n'a plus été restreinte au petit nombre de mots qui exprimoient les choses nécessaires. On aperçoit même dans le langage des tribus barbares, une sorte d'attention à s'exprimer avec grâce ou avec force, lorsqu'ils ont le dessein de persuader ou d'émouvoir. Ils ne tardèrent pas à sentir qu'on pouvoit embellir le

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discours, et ils tâchèrent d'y introduire les ornemens que l'expérience leur avoit indiqués long-temps avant qu'ils eussent fait de cette étude un systême ou un art régulier.

Mais, parmi les nations civilisées, aucun art n'a été cultivé avec plus de soins que celui du discours, du style et de la composition. On .peut même considérer l'attention générale fixée sur cet objet, comme la preuve d'une civilisation très-perfectionnée. A mesure qu'une société fait des progrès en lumières et en prospérité, l'influence réciproque des hommes l'un sur l'autre augmente au moyen du raisonnement et du discours; et plus cette influence se fait sentir, plus elle les excite à mettre dans l'expression de leurs idées de l'éloquence et de la clarté. Cette étude a en conséquence acquis chez toutes les nations civilisées de l'Europe, un très-haut degré de considération, qui en a fait une des principales branches de la bonne éducation.

Je conçois cependant qu'il peut exister dans certains esprits des préjugés défavorables à l'art de parler et d'écrire. Ils le considèrent comme l'art de tromper et d'éblouir, comme une étude minutieuse de mots, de constructions, et d'expressions pompeuses; enfin, comme

les illusions de la rhétorique, ou comme de vains ornemens entassés sur des choses insignifiantes. On ne doit pas être surpris que ces imputations aient un peu décrédité l'art oratoire, et il est malheureusement incontestable que la critique et la réthorique ont été conduites quelquefois d'une manière beaucoup plus propre à corrompre qu'à perfectionner. le goût et l'éloquence. Mais il n'est pas, sans doute, plus impossible d'appliquer les principes du bon sens et de la raison à cet art qu'à

tout autre.

Si les leçons contenues dans le présent ouvrage ont quelque mérite, il consiste principalement dans l'entreprise de substituer l'application de ces principes à celle de la réthorique scholastique; de faire sentir que les ornemens faux ou déplacés sont toujours ridicules ; qu'une composition ne peut être bonne qu'autant qu'elle a pour base le bon sens, et que les meilleurs ornemens sont toujours les plus simples.

Avant d'entamer mon sujet, je me permettrai quelques observations relatives aux avantages de cette étude, et au rang qu'elle mérite d'occuper dans une éducation académique (1).

(1) Ces leçons sont les premières de ce genre qui

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