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leurs qualités extérieures ou distinctives. Ils prétendent que ce mécanisme naturel a servi de premier principe à toutes les langues et à la racine du plus grand nombre de leurs mots (1).

En admettant la vérité de ce systême, il s'ensuivroit que la première composition ou forma

(1) Vid. Plat. in Cratylo. -«Nomina verbaque non posita fortuito, sed quadam vi et naturæ facta esse, P. Nigidius in grammaticis commentariis docet, rem sanè in philosophiæ dissertationibus celebrem. In eam rem multa argumenta dicit, cur videri possint verba esse naturalia, magis quam arbitraria; vos inquit, cum dicimus, motu quodam oris conveniente; cum ipsius verbi demonstratione utimur, et labias sensim primores emovemus, ac spiritum atque animam porro versum, et ad eos quibus consermocinamur intendimus. Aut contra cum dicimus vos neque profuso intentoque flatus vocis, neque projectis labiis pronunciamus; sed et spiritum et labias quasi intrà nosmetipsos coercemus. Hoc fit idem et in eo quod dicimus tu, et ego, et mihi, et tibi. Nam sicuti cum adnuimus, et abnuimus, motus quodam illo, vel capitis vel oculorum, à natura rei quam significat, non abhorret, ità in his vocibus quasi gestus quidam oris et spiritus nam turalis est. Eadem ratio est in Græcis quoque vocibus quam esse in nostris animadvertimus.. X, cap. 4. , cap. 4,

A. Gellius, es noct. Attica, lib.

tion des langues ne fut point arbitraire. Les anciens philosophes disputèrent long-temps pour savoir.-Utrùm nomina rerum sint natura aut impositione? Si les mots étoient purement des signes de convention qui ne devoient l'existence à aucune autre considération qu'au bon plaisir des inventions; ou s'il y avoit dans la nature quelque principe qui pût servir à expliquer le choix des différens noms qu'on avoit appliqués aux choses. Les philosophes de la secte de Platon, donnèrent la préférence à la dernière de ces deux opinions.

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Quoi qu'il en soit, le principe de la relation naturelle des mots avec les objets, n'est applicable au langage qu'à l'époque de sa naissance. Quoiqu'on en apperçoive encore quelques vestiges dans toutes les langues, ce seroit en vain qu'on chercheroit à expliquer ainsi toute la construction des langues modernes. A mesure que les termes d'un idiome se multiplient, on y introduit une foule de dérivés et de composés arbitraires qui s'éloignent toujours de plus en plus de leurs premières racines, et perdent insensiblement toute espèce de ressemblance ou d'analogie de son, avec les choses qu'ils expriment. Telle est la présente situation du langage. On peut considérer en général les mots

dont nous nous servons aujourd'hui, comme des signes, et non comme des imitations; comme arbitraires ou de convention, et non comme les signes naturels des idées. Mais il me paroît incontestable que plus nous remonterons vers la naissance du langage, plus nous y découvrirons les traces des expressions de la nature. Comme on ne put primitivement le former que sur l'imitation, il dût être d'abord plus pauvre et plus borné dans le nombre de ses termes, mais aussi plus expressif par les sons qu'il ne l'est aujourd'hui. On peut donc considérer ceci comme caractéristique des premiers temps, ou des commencemens du langage parmi les tribus sauvages.

La manière de prononcer les mots ou d'émettre les sons, forme un second indice caractéristique de la récente formation du langage. J'ai déjà montré que les interjections ou les exclamations passionnées en furent les premiers élémens. Pour se communiquer leurs sentimens, les hommes se servirent des cris et des gestes qui leur étoient indiqués par la nature. Lorsqu'ils eurent inventé des mots et des noms, la méthode de s'exprimer par des signes ne cessa pas tout d'un coup d'être en usage; car, durant les premiers temps, les mots furent en

trop petit nombre pour tout comprendre, et les hommes se servirent long-temps d'un mélange de mots, de gestes et d'exclamations. Aujourd'hui même, lorsqu'un individu tâche de s'énoncer dans une langue qu'il possède imparfaitement, il a recours à ces expédiens pour se faire entendre ; et, conformément au systême qui démontre que le langage fut originairement composé, autant qu'il étoit possible, sur la ressemblance ou l'analogie des sons avec la chose représentée, les hommes durent naturellement prononcer les mots avec plus d'emphase ou de force, tant que le langage continua d'être un genre de peintures où les sons tenoient lieu de nuances et de couleurs. On peut donc admettre pour principe, que dans les premiers temps qui suivirent la formation des langues la prononciation étoit plus mélangée de gestes, d'exclamations et d'inflexions qu'elle ne l'est aujourd'hui. Il y avoit plus d'action dans les discours; on employoit plus fréquemment les tons larmoyans ou chantans.

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Ce fut d'abord par nécessité qu'on se servit de ces expédiens; mais lorsqu'une plus grande variété de termes et de mots les rendit moins nécessaires, lorsque les langues devinrent plus abondantes, l'ancienne manière de parler sub

sista chez différentes nations, et les inventions de la nécessité, furent considérées et employées comme des ornemens. Les nations dont le génie étoit impétueux ou ardent préférèrent une façon de parler qui flattoit leur imagination. La vivacité d'esprit fait joindre souvent l'action au discours, et varier les intonations. C'est d'après ce principe que le docteur Warburton explique pourquoi on trouve si fréquemment le discours en action chez les prophètes de l'ancien testament, comme lorsque Jérémie brise le pot d'argile à la vue du peuple, lorsqu'il jette un livre dans l'Euphrate, etc. Le docteur juge que cette manière de s'exprimer pouvoit être très-significative et très-naturelle dans des temps où les hommes avoient l'habitude de mêler l'action et le geste à tous leurs discours (1). Dans toutes les occasions où les

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(1) Il est certain que si on pouvoit exprimer tous les mots ou toutes les idées par des actions visibles ce langage conviendroit, dans certaines occasions, mieux que le discours, pour se faire entendre d'une multitude. Son attention seroit plus fixée, rien ne lui échapperoit, et chaque action n'étant point annoncée par la précédente, comme les mots le sont l'un par l'autre, feroit une impression plus vive et plus durable.

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