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des mots pour exprimer leurs pensées? En supposant que le petit nombre rassemblé par la nécessité ou le hasard, convenoit de quelques sons ou signes, par quelle sorte d'autorité ont-ils pu se répandre chez les autres familles ou tribus, y prévaloir, et parvenir enfin à former une langue? Il sembleroit que pour qu'un langage pût se fixer et s'étendre, il faudroit d'abord que les hommes fussent rassemblés en grand nombre, et que la société eût déjà fait des progrès considérables; mais il paroît aussi que le langage étoit indispensablement nécessaire à la formation de la société; car, comment une multitude d'hommes auroient-ils pu se fixer ensemble et concourir tous à un intérêt commun, s'ils n'avoient pu s'informer réciproquement ni de leurs besoins ni de leurs intentions? Il paroît donc également difficile d'expliquer comment la société put se former avant le langage, ou comment, avant la formation de la société, les mots purent produire un langage; et lorsque l'on considère l'étonnante analogie de presque toutes les langues, les difficultés se présentent en si grand nombre, qu'on est fondé à référer la formation du langage à une instruction ou inspiration divine.

Mais en admettant que la divinité ait influé sur la formation du langage, on ne peut pas toutefois supposer qu'elle en donna tout d'un coup aux hommes un systême parfait ou complet. Il est beaucoup plus probable que dieu n'enseigna d'abord à nos premiers parens que le langage nécessaire dans leur situation,

que pour cet objet, comme pour tous les autres, il leur laissa le soin d'étendre et de perfectionner, à mesure que leurs besoins. pourroient l'exiger. La première langue devoit, en conséquence, être très-bornée, et nous avons pleine liberté d'examiner comment, et par quelle gradation, les langues ont atteint à leur présent degré de perfection. Dans l'histoire des ses progrès que je vais présenter, on trouvera des choses curieuses en ellesmêmes, et très - utiles à nos futures discussions.

Si nous supposons une époque antérieure à l'invention des mots ou à leur connoissance, il est évident qu'un homme ne pouvoit communiquer ce qu'il sentoit à un autre, que par le cri de la passion, accompagné des mouvemens et des gestes analogues à la sensation; car ces signes sont les seuls documens que les hommes ont reçu de la nature, et qu'ils com

prennent tous. Si l'un d'eux avoit voulu détourner un autre d'aller dans un endroit, après y avoir lui-même éprouvé du danger ou de la frayeur, il n'auroit eu d'autre moyen que de pousser les cris, et de faire les gestes qui expriment la terreur, comme feroient encore aujourd'hui deux hommes qui se rencontreroient dans une isle déserte, et qui, ne parlant point la même langue, voudroient se faire entendre l'un de l'autre. Les exclamations que les grammairiens ont nommées des interjections, sont l'expression naturelle de la passion vivement émue, et servirent incontestablement de premiers élémens ou de commencemens au langage.

Lorsque la nécessité exigea une communication plus étendue, et que les objets commencèrent à être distingués par des noms, de quel expédient peut-on supposer que les hommes se servirent pour inventer des mots et des noms ? Ils tâchèrent très-certainement d'imiter par le son des noms la nature des objets qu'ils vouloient désigner, à-peu-près comme un peintre qui se sert de la couleur verte pour représenter le feuillage ou la verdure. Lorsqu'on vouloit donner une dénomination à quelque, objet âpre ou violent, on devoit employer un son analogue, et c'étoit le seul moyen

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de faire naître l'idée de cet objet dans l'imagination de celui dont on vouloit se faire entendre. Supposer que l'invention des mots, et la dénomination des choses s'exécutèrent arbitrairement, sans choix ni raison quelconque, seroit supposer un effet sans cause. On doit avoir eu toujours queique motif pour choisir une dénomination plutôt qu'une autre ; et dans les premiers efforts des hommes pour former un langage, nous ne pouvons point leur supposer des motifs plus naturels que le desir de peindre, par , par des sons, l'objet qu'ils vouloient nommer plus ou moins complètement, en proportion de la possibilité d'exécuter, avec la voix, cette imitation.

Lorsqu'il étoit question de dénommer des objets relatifs au son, au bruit, ou au mouve→ ment, on trouvoit facilement des mots pour exécuter l'imitation. Il ne s'agissoit que de donner à la voix l'intonation du son et du bruit que l'objet extérieur avoit coutume de produire, et de former son nom en conséquence. Aussi trouvons-nous dans toutes les langues une infinité de mots adoptés sur ce principe comme le nom de l'oiseau qu'on appelle coucou, par imitation de son cri, comme le siffle

ment des serpens et des vents, comme le cliquetis des armes etc. etc..

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On trouve rarement cette analogie dans les noms des objets qui n'étant relatifs ni au bruit ni au mouvement, ne frappent que la vue, et moins encore dans les termes adoptés aux idées morales; un grand nombre de savans prétendent toutefois que quoiqu'elle y soit moins sensible, elle n'en est pas totalement disparue, et qu'en remontant à la racine des mots, on trouveroit, dans toutes les langues une sorte d'analogie entre les noms et les choses qu'ils expriment. Ils observent, relativement aux idées morales et intellectuelles, que tous les termes qui servent à les exprimer, sont universellement dérivés des noms d'objets visibles qu'on supposoit leur être analogues; et quant aux objets que la vue seule peut atteindre, ils assurent que leurs dénominations sont adaptées, dans un grand nombre de langues, à des sons qui expriment leurs qualités distinctives; comme, par exemple, la fluidité, la stabilité, la concavité, la douceur, la violence, sont dépeintes, disent-ils, par le son de certaines lettres ou syllabes qui ont une relation avec ces objets visibles, à raison de l'imitation que l'organe de la voix peut faire de

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