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« flèches et bandaient leur arc; mais ils ont lâché pied <«< au jour de la guerre. » En écoutant la prédication, ils concevaient en eux-mêmes de grands desseins; ils semblaient aiguiser leurs armes contre leurs vices : au jour de la tentation, ils les ont rendues honteusement. Ils promettaient beaucoup dans l'exercice; ils ont plié d'abord dans le combat : ils semblaient animés quand on sonnait de la trompette; ils ont tourné le dos tout à coup quand il a fallu venir aux mains : Filii Ephrem, intendentes et mittentes arcum, conversi sunt in die belli.

Dirai-je ici ce que je pense? De telles émotions, faibles, imparfaites, et qui se dissipent en un moment, sont dignes d'être formées devant un théâtre, où l'on ne joue que des choses feintes, et non devant les chaires évangéliques, où la sainte vérité de Dieu paraît dans sa pureté. Car à qui est-ce qu'il appartient de toucher les cœurs, sinon à la vérité? C'est elle qui apparaîtra à tous les cœurs rebelles au dernier jour; et alors on connaîtra combien la vérité est touchante. « En la voyant, dit le « Sage, ils seront troublés d'une crainte horrible: » Videntes turbabuntur timore horribili1: ils seront agités et angoissés; eux-mêmes se voudront cacher dans l'abîme. Pourquoi cette agitation, messieurs? c'est que la vérité leur parle. Pourquoi cette angoisse? c'est que la vérité les presse. Pourquoi cette fuite précipitée? c'est que la vérité les poursuit. Ah! te trouverons-nous toujours partout, vérité persécutante? Oui, jusqu'au fond de l'abîme, ils la trouveront: spectacle horrible à leurs yeux, poids insupportable sur leurs consciences, flamme toujours dévorante dans leurs entrailles. Qui nous donnera, chrétiens, que nous soyons touchés de la vérité,

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de peur d'en être touchés de cette manière furieuse et désespérée ?

O Dieu! donnez efficace à votre parole. O Dieu! vous voyez en quel lieu je prêche, et vous savez, ô Dieu! ce qu'il y faut dire. Donnez-moi des paroles sages; donnez-moi des paroles efficaces, puissantes; donnez-moi la prudence; donnez-moi la force; donnez-moi la circonspection; donnez-moi la simplicité. Vous savez, Ô Dieu vivant, que le zèle ardent qui m'anime pour le service de mon roi, me fait tenir à bonheur d'annoncer votre Évangile à ce grand monarque, grand véritablement, et digne par la grandeur de son âme de n'entendre que de grandes choses, qu'on ne lui inspire que de grands desseins pour son salut; digne, par l'amour qu'il a pour la vérité, de n'être jamais déçu. Sire, c'est Dieu qui doit parler dans cette chaire : qu'il fasse donc par son Saint-Esprit, car c'est lui seul qui peut faire un si grand ouvrage, que l'homme n'y paraisse pas; afin que Dieu, y parlant tout seul par la pureté de son Évangile, il fasse dieux tous ceux qui l'écoutent, et particulièrement Votre Majesté, qui, ayant déjà l'honneur de le représenter sur la terre, doit aspirer à celui d'être semblable à lui dans l'éternité, en le voyant face à face, tel qu'il est, et selon l'immensité de sa gloire, que je vous souhaite, au nom du Père, et du Fils, et du SaintEsprit. Amen.

SERMON

SUR LA PÉNITENCE.

Trois motifs pressants qui doivent exciter les hommes à la pénitence. Vaines idoles que le pécheur se fait de la miséricorde et de la justice assurance de la rémission pour ceux qui retournent à Dieu. Difficulté de la conversion : puissance de Dieu pour l'opérer. Caractères de la vraie pénitence et ses effets. Prix du temps que Dieu nous accorde: pourquoi les hommes le perdent si aisément : illusions qu'il leur fait. Nécessité d'une pénitence qui ne connaisse point de délais.

Adjuvantes autem exhortamur ne in vacuum gratiam Dei recipiatis.

Nous vous exhortons, en vous aidant, que vous ne receviez point en vain la grâce de Dieu. II. Cor., VI, 1.

C'est avec raison, chrétiens, que nous reprochons aux pécheurs que leur infidélité est inexcusable : car il n'y a grâce, il n'y a remède, il n'y a sorte de secours qu'ils puissent demander à Dieu pour se retirer de l'a-bime, qui ne leur soit tous les jours offert par cette miséricorde infinie qui ne veut pas leur mort, mais leur conversion. Pour nous en convaincre, mes frères, examinons, je vous prie, attentivement ce que peut désirer un homme que le remords de sa conscience presse de retourner à la droite voie. La première pensée qui lui vient est celle de ses péchés, dont l'horreur et la multitude le font douter du pardon. Sur cela nous lui annonçons de la part de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est notre propitiateur par son sang; nous, dis-je, dans lesquels il a plu à Dieu de mettre le ministère de paix et de réconciliation, nous lui an

nonçons l'indulgence et la rémission de ses crimes. Il commence à respirer dans cette espérance; mais une seconde difficulté le vient rejeter dans de nouveaux troubles : c'est l'obligation de changer sa vie ou ses inclinations corrompues; et ses habitudes invétérées lui font sentir des empêchements qu'il ne croit pas pouvoir jamais surmonter. Pour le rassurer de cette crainte, nous lui découvrons dans les mains de Dieu, et dans les secrets de sa puissance, des remèdes, premièrement trèsefficaces, puisqu'ils guérissent infailliblement tous ceux qui s'en servent, et secondement très-présents, puisqu'on les donne toujours à qui les demande. Ainsi les plus grands pécheurs ne pouvant douter, ni du pardon s'ils se convertissent, ni de leur conversion s'ils l'entreprennent, ils n'ont plus rien à désirer que du temps pour accomplir cet ouvrage : et sur ce sujet, chrétiens, ce n'est pas à nous à leur répondre; mais Dieu se déclare assez par les effets mêmes : car il prolonge leur vie, il dissimule leur ingratitude; et, reculant tous les jours le temps destiné à la colère, il fait connaître assez clairement qu'il veut donner du loisir à la pénitence.

Par où il nous montre, mes frères, qu'il ne refuse rien aux pécheurs de ce qui leur est nécessaire. Ils ont besoin de trois choses: de la miséricorde divine, de la puissance divine, de la patience divine: de la miséricorde pour leur pardonner, de la puissance pour les secourir, de la patience pour les attendre; et Dieu accorde tout libéralement. La miséricorde promet le pardon, la puissance offre le secours, la patience donne le délai. Que reste-t-il maintenant, sinon que nous disions aux pécheurs avec l'Apôtre : Adjuvantes autem exhortamur ne in vacuum gratiam Dei recipiatis? « Nous vous << exhortons, mes frères, que vous ne receviez pas en << vain la grâce de Dieu : » ne rejetez pas la grâce de la

rémission qui promet d'abolir vos crimes; ne recevez pas en vain la grâce de la conversion du cœur qui s'offre pour corriger vos mœurs dépravées; enfin ne recevez pas en vain cette troisième grâce si considérable, qui vous est donnée pour faire profiter les deux autres, je veux dire le temps, ce temps précieux dont il ne s'écoule pas un seul moment qui ne puisse vous valoir une éternité. Voilà, mes frères, trois motifs pressants pour exciter les hommes à la pénitence, et c'est le partage de ce discours.

PREMIER POINT.

Il est assez naturel à l'homme de se laisser emporter facilement aux extrémités opposées. Le malade, pressé de la fièvre, désespère de sa guérison; le même, étant rétabli, s'imagine qu'il est immortel. Dans les horreurs de l'orage, le nautonier effrayé dit un adieu éternel aux flots; mais aussitôt que la mer est un peu apaisée, il se rembarque sans crainte, comme s'il avait dans ses mains les vents et les tempêtes. Cet homme qui s'est pensé perdre dans une intrigue dangereuse, renonçait de tout son cœur à la cour; et à peine s'est-il démêlé,

qu'il se rengage de nouveau, comme s'il avait essuyé

toute la colère de la fortune. Cette conduite inégale et désordonnée éclate principalement dans les pécheurs, mais d'une manière opposée. Car cette folle et téméraire confiance par laquelle ils se nourrissent dans leurs péchés, les conduit à la fin au désespoir : ils passent du désespoir à l'espérance: dans la chaleur de leurs crimes, ils ne peuvent croire que Dieu les punisse; et puis, accablés de leur pesanteur, ils ne peuvent plus croire que Dieu leur pardonne : « et ils vont de péchés en pé«< chés comme à une ruine certaine, désespérés par leur

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