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observer que les deux premiers lui sont propres au siècle où nous sommes, et que les deux autres lui conviennent mieux dans celui que nous attendons. Dans le cours du siècle présent cette même vérité de Dieu, qui nous paraît dans sa loi, est tout ensemble un commandement absolu et un conseil charitable. Elle est un commandement, qui enferme la volonté d'un souverain; elle est aussi un conseil, qui propose l'avis d'un ami. Elle est un commandement, parce que ce souverain y prescrit ce qu'il exige de nous pour les intérêts de son service; et elle mérite le nom de conseil, parce que cet ami y expose en ami sincère ce que demande le soin de notre salut. Les prédicateurs de l'Évangile font paraître la loi de Dieu dans les chaires en ces deux augustes qualités : en qualité de commandement, en tant qu'elle est nécessaire et indispensable; en qualité de conseil, en tant qu'elle est utile et avantageuse. Que si, manquant par un même crime à ce que nous devons à Dieu, et à ce que nous nous devons à nous-mêmes, nous méprisons tout ensemble, et les ordres de ce souverain, et les conseils de cet ami; alors, cette même vérité prenant en son temps une autre forme, elle sera un témoignage pour nous convaincre, et une sentence dernière pour nous condamner : « La parole que j'ai prêchée, dit le << Fils de Dieu, jugera le pécheur au dernier jour : » Sermo quem locutus sum, ille judicabit eum in novissimo die'. C'est-à-dire, que ni on ne recevra d'excuse, ni on ne cherchera de tempérament; la parole, dit-il, vous jugera la loi elle-même fera la sentence, selon sa propre teneur, dans l'extrême rigueur du droit; et de là vous devez entendre que ce sera un jugement sans miséricorde.

I Joun., XII, 48.

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C'est donc la crainte de ce jugement qui fait monter les prédicateurs dans les chaires évangéliques : « Nous «< savons, dit le saint Apôtre, que nous devons tous com<< paraître un jour devant le tribunal de Jésus-Christ : >> Omnes nos manifestari oportet ante tribunal Christi1. << Mais sachant cela, poursuit-il, nous venons persuader << aux hommes la crainte de Dieu » Scientes ergo, timorem Domini hominibus suademus. Sachant combien ce jugement est certain, combien il est rigoureux, combier il est inévitable, nous venons de bonne heure vous y préparer; nous venons vous proposer les lois immuables sur lesquelles votre vie. sera jugée, par lesquelles votre cause sera décidée, et vous mettre en main les articles sur lesquels vous serez interrogés, afin que vous commenciez, pendant qu'il est temps, à méditer vos réponses.

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Que si vous pensez peut-être que l'on sait assez ces vérités saintes, et que les fidèles n'ont pas besoin qu'on les en instruise, c'est donc en vain, chrétiens, que Dieu se plaint hautement, par la bouche de son prophète Isaïe, que non-seulement les infidèles et les étran«gers, mais son peuple, » oui, son peuple même, << est << mené captif, pour n'avoir pas la science » Captivus ductus est populus meus, eo quod non habeat scientiam 3» Mais parce qu'on pourrait se persuader que la troupe n'est pas fort grande, parmi les fidèles, de ceux qui périssent faute de connaître; il assure au contraire qu'elle est si nombreuse, que « l'enfer est obligé de se « dilater et d'ouvrir sa bouche démesurément pour << l'engloutir, la recevoir : » Propterea dilalavit infernus animam suam, et aperuit os suum absque ullo termino*. Et, de peur qu'on ne s'imagine que ceux qui périssent

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ainsi faute de science, ce sont les pauvres et les simples qui n'ont pas les moyens d'apprendre, il déclare en termes formels, et je puis bien le dire après cet oracle, que ce sont les puissants, les riches, les grands et les princes mêmes, qui négligent presque toujours de se faire instruire, et de leurs obligations particulières, et même des devoirs communs de la piété; qui ne savent presque jamais comme il faut leurs obligations particulières, et qui tombent, par le défaut de cette science, pêle-mêle avec la foule, dans les abîmes éternels: Et descendent fortes ejus et populus ejus, et sublimes gloriosique ejus ad eum 1.

Non-seulement, chrétiens, souvent nous ignorons les vérités saintes; mais même nous les combattons par des sentiments tout contraires. Vous êtes surpris de cette parole; et peut-être me répondez-vous dans votre cœur que vous n'avez point d'erreur contre la foi, que vous n'écoutez pas ces docteurs de cour qui font des leçons publiques de libertinage, et établissent de propos délibéré des opinions dangereuses. Je loue votre piété dans une précaution si nécessaire; mais ne vous persuadez pas que vous soyez pour cela exempts de l'erreur. Car il faut entendre, messieurs, qu'elle nous gagne en deux sortes: quelquefois elle se déborde à grands flots, comme un torrent, et nous emporte tout à coup; quelquefois elle tombe peu à peu, et nous corrompt goutte à goutte. Je veux dire que quelquefois un libertinage déclaré renverse d'un grand effort les principes de la religion; quelquefois une force plus cachée, comme celle des mauvais exemples et des pratiques du grand monde, en sape les fondements par plusieurs coups redoublés et par un progrès insensible.

1 Is., V, 14.

Ainsi vous n'avancez rien de n'avaler pas tout à coup le poison du libertinage, si cependant vous le sucez peu à peu, si vous laissez insensiblement gagner jusqu'au cœur cette subtile contagion, qu'on respire avec l'air du monde dans ses conversations et dans ses coutumes.

Qui pourrait ici raconter toutes les erreurs du monde? Ce maître subtil et dangereux tient école publique sans dogmatiser: il a sa méthode particulière de ne prouver pas ses maximes, mais de les imprimer sans qu'on y pense; autant d'hommes qui nous parlent, autant d'organes qui nous les inspirent; nos ennemis par leurs menaces, et nos amis par leurs bons offices, concourent également à nous donner de fausses idées du bien et du mal. Tout ce qui se dit dans les compagnies nous recommande, ou l'ambition, sans laquelle on n'est pas du monde, ou la fausse galanterie, sans laquelle on n'a point d'esprit. Car c'est le plus grand malheur des choses humaines, que nul ne se contente d'être insensé seulement pour soi, mais veut faire passer sa folie aux autres : si bien que ce qui nous serait indifférent, souvent, tant nous sommes faibles, attire notre imprudente curiosité par le bruit qu'on en fait autour de nous. Tantôt une raillerie fine et ingénieuse, tantôt une peinture agréable d'une mauvaise action impose doucement à notre esprit. Ainsi, dans cet étrange empressement de nous entrecommuniquer nos folies, les âmes les plus innocentes prennent quelque teinture du vice et des maximes du siècle; et recueillant le mal deçà et delà dans le monde, comme à une table couverte de mauvaises viandes, elles y amassent aussi peu à peu, comme des humeurs peccantes, les erreurs qui offusquent notre intelligence. Telle est à peu près la séduction qui règne publiquement dans le monde; de sorte que si vous demandez à Tertullien ce qu'il craint pour nous dans cette

école : « Tout, vous répondra ce grand homme, jusqu'à « l'air, qui est infecté par tant de mauvais discours, par « tant de maximes antichrétiennes, corrompues... >> ipsumque aerem, scelestis vocibus constupratum1.

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Sauvez-nous, sauvez-nous, Seigneur, de la contagion de ce siècle! << Sauvez-nous, disait le Prophète, parce << qu'il n'y a plus de saints sur la terre, et que les vé« rités ont été diminuées par la malice des enfants des << hommes: >> Salvum me fac, Domine, quoniam defecit sanctus, quoniam diminuta sunt veritates a filiis hominum2. Où il ne faut pas se persuader qu'il se plaigne des infidèles et des idolâtres, ceux-là ne diminuent pas seulement les vérités, mais ils les méconnaissent il se plaint des enfants de Dieu, qui, ne les pouvant tout à fait éteindre, à cause de leur évidence, les retranchent et les diminuent au gré de leurs passions. Car le monde n'a-t-il pas entrepris de faire une distinction entre les vices? Il y en a que nous laissons volontiers dans l'exécration et dans la haine publique, comme l'avarice, la cruauté, la perfidie; il y en a que nous tâchons de mettre en honneur, comme ces passions délicates qu'on appelle les vices des honnêtes gens. Malheureux, qu'entreprenez-vous? « Jésus-Christ est-il divisé?» Divisus est Christus? Que vous a-t-il fait, ce Jésus-Christ, que vous le déchirez hardiment, et défigurez sa doctrine par cette distinction injurieuse? Le même Dieu, qui est le protecteur de la bonne foi, n'est-il pas aussi l'auteur de la tempérance? « Jésus-Christ est tout sagesse, dit Ter« tullien, tout lumière, tout vérité; pourquoi le parta<< gez-vous par votre mensonge? » Comme si son saint Évangile n'était qu'un assemblage monstrueux de vrai et de faux, ou comme si la justice même avait laissé

1 De Spect., no 27.

2 Ps. XI,

3 I. Cor., 1, 13.

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