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changer de couleurs; mettez, voilà les épaules: donne, donne ta main, Roi des Juifs, tiens ce roseau en forme de sceptre : La voilà, faites-en ce que vous voudrez. Ah! maintenant ce n'est plus un jeu, ton arrêt de mort est donné; donne encore ta main, qu'on la cloue : Tenez, la voilà encore. Enfin assemblez-vous, ô Juifs et Romains, grands et petits, bourgeois et soldats; revenez cent fois à la charge; multipliez sans fin les coups, les injures, plaies sur plaies, douleurs sur douleurs, indignités sur indignités; insultez à sa misère jusque sur la croix; qu'il devienne l'unique objet de votre risée, comme un insensé; de votre fureur, comme un scélérat: Tradebat autem; il s'abandonne à vous sans réserve; il est prêt à soutenir tout ensemble tout ce qu'il y a de dur et d'insupportable dans une raillerie inhumaine et dans une cruauté malicieuse.

(Premier Sermon sur la Passion.)

LES LEGS DE JÉSUS-CHRIST.

Si jamais l'amour est ingénieux, si jamais il produit de grands et de nobles effets, il faut avouer que c'est particulièrement à l'extrémité de la vie qu'il fait paraître ses plus belles inventions et ses plus généreux transports. Comme l'amitié semble ne vivre que dans la compagnie de l'objet aimé; quand elle se voit menacée d'une séparation éternelle, autant qu'une loi fatale l'éloigne de sa présence, autant elle tâche de durer dans le souvenir. C'est pourquoi les amis mêlent ordinairement des actions et des paroles si remarquables parmi les douleurs et les larmes du dernier adieu, que, lorsque l'histoire en peut découvrir quelque chose, elle a accoutumé d'en faire ses observations les plus curieuses.

L'histoire sainte, chrétiens, ne les oublie pas, et vous

en voyez une belle preuve dans le texte que j'ai allégué. Saint Jean, le bien-aimé du Sauveur, que nous pouvons appeler l'Évangéliste d'amour, a été soigneux de nous recueillir les dernières paroles dont il a plu à son cher Maître d'honorer en mourant, et sa sainte Mère et son bon ami; c'est-à-dire les deux personnes du monde qu'il aimait le plus. O Dieu! que ces paroles sont dignes d'être méditées, et qu'elles peuvent servir de matière à de belles réflexions! Car, je vous demande, y a-t-il chose plus agréable que de voir le Sauveur Jésus être libéral, même dans son extrême indigence? Hélas! il a dit plusieurs fois que son bien n'était pas sur la terre ; il n'y a pas eu seulement de quoi reposer sa tête : et pendant qu'il est à la croix, je vois l'avare soldat qui partage ses vêtements, et joue à trois dés sa tunique mystérieuse; tellement qu'il semble que la rage de ses bourreaux ne lui laisse pas la moindre chose dont il puisse disposer en faveur des siens. Et cependant, chrétiens, ne croyez pas qu'il sorte de ce monde sans leur laisser quelque précieux gage de son amitié.

L'antiquité a fort remarqué ' l'action d'un certain philosophe❜ qui, ne laissant pas en mourant de quoi entretenir sa famille, s'avisa de léguer à ses amis sa mère et ses enfants par son testament. Ce que la nécessité suggéra à ce philosophe, l'amour le fait faire à mon Maître d'une manière bien plus admirable. Il ne donne pas seulement sa Mère à son ami, il donne encore son ami à sa sainte Mère; il leur donne à tous deux, et il les donne tous deux, et l'un et l'autre leur est également profitable: Ecce filius tuus, ecce mater tua. O bienheureuse Marie, ces paroles ayant été prononcées et par votre Fils et par notre Maitre, nous ne doutons pas qu'il ne les ait

1 Lucian. Dialog. Toxar., seu Amicit.

2 Eudamidas de Corinthe.

dites et pour vous consoler et pour nous instruire. Nous en espérons l'intelligence par vos prières; et afin que vous nous fassiez entendre les paroles par lesquelles vous êtes devenue mère de saint Jean, nous allons vous adresser une autre parole qui vous a rendue Mère du Sauveur.

(Deux. Serm. pour le vendr. de la Passion).

PERFECTION DE LA SAINTETÉ.

Platon dit que le comble de la malice, c'est de la couvrir si artificieusement, qu'elle paraisse être juste'. Ainsi la perfection de la sainteté, c'est d'être juste, sans se soucier de le paraître, sans ménager la faveur des hommes; et au contraire en reprenant tellement les vices, qu'on se fasse maltraiter et crucifier comme un criminel: fondements cachés de la vérité future, jetés dans les ténèbres du paganisme. C'est ce qui autorise Jésus-Christ, qu'il ne dit rien pour ménager la faveur des hommes. Les pharisiens le flattent; il n'en foudroie pas moins leur orgueil, et ne relâche pas pour leurs flatteries sa juste et nécessaire sévérité. Ils le fatiguent, ils l'importunent, ils le persécutent; sa douceur ne s'en aigrit pas : <<<< Race infidèle et maudite, amenez ici votre fils: >> ils le crucifient; il prie pour eux, et sa vérité subsiste au-dessus de tant de bizarres jugements des hommes.

Aussi paraît-il en juge; il brave la majesté des faisceaux romains par l'invincible fermeté de son silence : le titre de sa royauté est écrit au haut de sa croix, parce qu'il règne sur tout le monde par ce bois infâme, et que ce qui est folie aux Gentils devient la sagesse de Dieu pour les fidèles.

1 De Repub., lib. 11.

(Sermon pour le jeudi de la Passion.)

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IMAGE DE LA VIE HUMAINE. MARCHE! MARCHE!

que

La vie humaine est semblable à un chemin dont l'issue est un précipice affreux. On nous en avertit dès le premier pas; mais la loi est portée, il faut avancer toujours. Je voudrais retourner en arrière: Marche! marche! Un poids invincible, une force irrésistible nous entrainent; il faut sans cesse avancer vers le précipice. Mille traverses, mille peines nous fatiguent et nous inquiètent dans la route. Encore si je pouvais éviter ce précipice affreux! Non, non, il faut marcher, il faut courir : telle est la rapidité des années. On se console pourtant, parce de temps en temps on rencontre des objets qui nous divertissent, des eaux courantes, des fleurs qui passent. On voudrait s'arrêter : Marche! marche ! Et cependant on voit tomber derrière soi tout ce qu'on avait passé : fracas effroyable! inévitable ruine! On se console, parce qu'on emporte quelques fleurs cueillies en passant, qu'on voit se faner entre ses mains du matin au soir, et quelques fruits, qu'on perd en les goûtant: enchantement! illusion! Toujours entraîné, tu approches du gouffre affreux : déjà tout commence à s'effacer, les jardins moins fleuris, les fleurs moins brillantes, leurs couleurs moins vives, les prairies moins riantes, les eaux moins claires tout se ternit, tout s'efface. L'ombre de la mort se présente on commence à sentir l'approche du gouffre fatal. Mais il faut aller sur le bord. Encore un pas déjà l'horreur trouble les sens, la tête tourne, les yeux s'égarent. Il faut marcher; on voudrait retourner en arrière; plus de moyens : tout est tombé, tout est évanoui, tout est échappé !

(Sermon pour le jour de Pâques.)

PAR LA NATURE, LES HOMMES SONT ÉGAUX.

Encore que les hommes, enflés par la vanité, tâchent de se séparer les uns des autres, il ne laisse pas d'être véritable que la nature les a faits égaux, en les formant tous d'une même boue. Quelque inégalité qu'il paraisse entre les conditions, il ne peut pas y avoir grande différence entre de la boue et de la boue, entre pourriture et pourriture, mortalité et mortalité. Les hommes combattent autant qu'ils peuvent cette égalité, et tâchent d'emporter le dessus et la préséance par les honneurs, par les charges, par les richesses ou par le crédit; et ces choses ont acquis tant d'estime parmi les hommes qu'elles leur font oublier cette égalité naturelle de leur commune mortalité, et font qu'ils regardent les hommes, leurs semblables, comme s'ils étaient d'un ordre inférieur au leur. Mais la nature, pour conserver ses droits, et pour dompter l'arrogance humaine, a voulu imprimer deux marques, par lesquelles tous les hommes fussent contraints de reconnaître leur égalité, l'une en la naissance et l'autre en la mort; l'une au berceau, et l'autre au sépulcre; l'une au commencement, et l'autre à la fin; afin que l'homme, soit qu'il regarde devant, soit qu'il regarde en arrière, voie toujours de quoi modérer son ambition par les marques de (sa faiblesse et de son néant, et que cette infirmité du commencement et de la fin rendit le milieu plus modéré et plus équitable. Nudus egressus sum de utero matris meæ, et nudus revertar illuc1 : « Je suis sortinu du ventre de ma mère, « et je retournerai nu dans le sein de la terre. >>>>

C'est pourquoi l'Écriture nous compare à des eaux

■ Job., I, 21.

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