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parce que je ne puis vous voir courir à votre perte éternelle en riant, en jouant, en battant des mains, comme si vous alliez au triomphe. Je viens ici pour vous troubler dans cette paix pernicieuse. Surge, qui dormis, et exurge a mortuis1: « Levez-vous, vous qui dormez; sor<< tez d'entre les morts: » je viens rendre la force et la liberté à cette conscience malheureuse, dont vous avez si longtemps étouffé la voix.

(Premier Sermon pour le dimanche de la Passion.)

NÉCESSITÉ DE S'OCCUPER DE LA VÉRITÉ POUR LA COMPRENDRE.

La première atteinte que nous donnons à la vérité résidante en nous, c'est que nous ne rentrons point en nousmêmes pour faire réflexion sur la connaissance qu'elle nous inspire; d'où s'ensuit ce malheur extrême, qu'elle n'éclaire non plus notre esprit que si nous l'ignorions tout à fait : Et non rogavimus faciem tuam, Domine Deus noster, ut reverteremur ab iniquitatibus nostris, et cogitaremus veritatem tuam : « Et nous ne nous sommes point << présentés devant votre face pour vous prier, & Seigneur << notre Dieu, nous retirant de nos iniquités, et nous ap«pliquant à la connaissance de votre vérité. » Nous plaignons, et avec raison, tant de peuples infidèles qui ne connaissent pas la vérité; mais je ne crains point de vous soutenir que nous n'en sommes pas plus [avancés], pour en avoir la connaissance: car il est très-indubitable que notre àme n'est illuminée que par la réflexion; nous l'éprouvons tous les jours. Ce n'est pas assez de savoir les choses, et de les avoir cachées dans la mémoire; si elles ne sont pas présentes à l'esprit, nous n'en demeurons

Ephes., V, 14. — 2 Dan., IX, 13.

pas moins dans les ténèbres, et cette connaissance ne les dissipe point. Si les vérités de pratique ne sont souvent remuées, souvent amenées à notre vue, elles perdent l'habitude de se présenter, et cessent par conséquent d'éclairer nous marchons également dans l'obscurité, soit que la lumière disparaisse, soit que nous fermions les yeux. Ainsi, comme enchantés par les plaisirs, ou dé tournés par nos affaires, nous négligeons de rappeler en notre mémoire les vérités du salut, et la foi est en nous inutilement; toutes ses lumières se perdent, parce qu'elles ne trouvent pas les yeux ouverts ni les esprits attentifs. (Troisième Sermon pour le dim. de la Passion.)

RARETÉ DE LA VÉRITABLE PIÉTÉ.

Je ne crains point de vous assurer que, pour régler notre conscience sur la plupart des devoirs de la justice chrétienne, la bonne foi est un grand docteur qui laisse peu d'embarras et de questions indécises.

Mais notre corruption ne nous permet pas de marcher par des voies si droites; nous formons notre conscience au gré de nos passions, et nous croyons avoir tout gagné, pourvu que nous puissions nous tromper nousmêmes. Cette sainte violence, ces maximes vigoureuses du christianisme, qui nous apprennent à combattre en nous la nature trop dépravée, sont abolies parmi nous. Nous faisons régner en leur place un mélange monstrueux de Jésus-Christ et du monde; des maximes moitié saintes et moitié profanes, moitié chrétiennes et moitié mondaines: ou plutôt toutes mondaines, toutes profanes, parce qu'elles ne sont qu'à demi chrétiennes et à demi saintes. C'est pourquoi nous ne voyons presque plus de piété véritable: tout est corrompu et falsifié; et si Jésus-Christ revenait au monde, il ne connaîtrait

plus ses disciples, et ne verrait rien dans leurs mœurs qui ne démentit hautement la sainteté de sa doctrine.

(Troisième Sermon pour le dim. de la Passion.)

IL FAUT APPRENDRE A L'HOMME A SE CONNAITRE.

Ne parlons plus des flatteurs qui nous environnent au dehors; parlons d'un flatteur qui est au dedans, par lequel tous les autres sont autorisés. Toutes nos passions sont des flatteuses, nos plaisirs sont des flatteurs; surtout notre amour-propre est un grand flatteur qui ne cesse de nous applaudir; et tant que nous écouterons ce flatteur caché, jamais nous ne manquerons d'écouter les autres car les flatteurs du dehors, âmes vénales et prostituées, savent bien connaître la force de cette flatterie intérieure. C'est pourquoi ils s'accordent avec elle, ils agissent de concert et d'intelligence; ils s'insinuent si adroitement dans ce commerce de nos passions, dans cette complaisance de notre amour-propre, dans cette secrète intrigue de notre cœur, que nous ne pouvons nous tirer de leurs mains ni reconnaître leur tromperie. Que si nous voulons les déconcerter et rompre cette intelligence, voici l'unique remède: un amour généreux de la vérité, un désir de nous connaître nousmêmes tels que nous sommes, à quelque prix que ce soit. Quelle honte et quelle faiblesse que nous voulions tout connaître, excepté nous-mêmes! que les autres sachent nos défauts, qu'ils soient la fable du monde, et que nous seuls ne les sachions pas !

(Troisième Sermon pour le dim. de la Passion.)

DES SUPPLICES QUE L'HOMME S'IMPOSE POUR LA FORTUNE.

Mais, sans chercher bien loin des raisons, je ne veux que la vie de la cour pour faire voir aux hommes qu'ils se peuvent vaincre. Qu'est-ce que la vie de la cour? faire céder toutes ses passions au désir d'avancer sa fortune. Qu'est-ce que la vie de la cour? dissimuler tout ce qui déplaît, et souffrir tout ce qui offense, pour agréer à qui nous voulons. Qu'est-ce encore que la vie de la cour? étudier sans cesse la volonté d'autrui, et renoncer pour cela, s'il est nécessaire, à nos plus chères inclinations. Qui ne le fait pas, ne sait point la cour; qui ne se façonne point à cette souplesse, c'est un esprit rude et maladroit, qui n'est propre ni pour la fortune ni pour le grand monde Chrétiens, après cette expérience, saint Paul va vous proposer de la part de Dieu une condition bien équitable: Sicut exibuistis membra vestra servire immunditiæ et iniquitati ad iniquitatem, ita nune exhibete menbra vestra servire justitiæ in sanctificationem1 : « Comme vous vous êtes rendus les esclaves de l'iniquité « et des désirs séculiers, en la même sorte rendez-vous << esclaves de la sainteté et de la justice. »>

Reconnaissez, chrétiens, combien on est éloigné d'exiger de vous l'impossible, puisque vous voyez au contraire qu'on ne vous demande que ce que vous faites. Faites, dit-il, pour la justice ce que vous faites pour la vanité; vous vous contraignez pour la vanité, contraignez-vous pour la justice; vous vous êtes tant de fois surmontés vous-mêmes pour servir à l'ambition et à la fortune, surmontez-vous quelquefois pour servir à Dieu et à la raison. C'est beaucoup se relâcher pour un Dieu, de ne

Rom., IV. 19.

demander que l'égalité; toutefois il ne refuse pas ce tempérament, tout prêt à se relâcher beaucoup au-dessous. Car, quoi que vous entrepreniez pour son service, quand aurez-vous égalé les peines de ceux que le besoin engage au travail, l'intérêt aux intrigues de la cour, l'honneur aux emplois de la guerre, l'amour à de longs mépris, le commerce à des voyages immenses, et à un exil perpétuel de leur patrie; et pour passer à des choses de nulle importance, le divertissement et le jeu à des veilles, à des fatigues, à des inquiétudes incroyables? Quoi donc, n'y aura-t-il que le nom de Dieu qui apporte des obstacles invincibles à toutes les entreprises géné reuses? faut-il que tout devienne impossible, quand il s'agit de cet Être qui mérite tout, dont la recherche au contraire devait être d'autant plus facile qu'il est toujours prompt à secourir ceux qui le désirent, toujours prêt à se donner à ceux qui l'aiment?

(Premier Sermon pour le jeudi de la Passion.)

AIMER DIEU.

Pour vous presser de recevoir la grâce, la voudrais bien, chrétiens, n'employer ni l'appréhension de je mort, ni la crainte de l'enfer et du jugement, mais le seul attrait de l'amour divin. Et certes, en commençant de respirer l'air, nous devions commencer aussi de respirer, pour ainsi dire, le divin amour : ou parce que notre raison empêchée ne pouvait pas vous connaître encore, o Dieu vivant, nous devions du moins vous aimer sitôt que nous avons pu aimer quelque chose. O beautés par-dessus toutes les beautés, ô bien par-dessus tous les biens, pourquoi avons-nous été si longtemps sans vous dévouer nos affections? Quand nous n'y aurions perdu qu'un moment, toujours aurions-nous

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