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si l'on n'ouvre. Sentence sur sentence, ajournement sur ajournement, pour vous appeler devant Dieu et devant sa chambre de justice. Écoutez avec quelle presse il vous parle par son prophète : « La fin est venue, la fin << est venue; maintenant la fin est sur toi : » Finis venit, venit finis; nunc finis super te : « et j'enverrai ma fureur «< contre toi, et je te jugerai selon tes voies; et tu sauras «< que je suis le Seigneur: » Et immitam furorem meum in te, et scietis quia ego Dominus1. O Seigneur, que vous me pressez! encore une nouvelle recharge : « La fin est ve« nue, la fin est venue; la justice, que tu croyais endor« mie, s'est éveillée contre toi; la voilà qu'elle est à la «porte: » Finis venit, venit finis; evigilavit adversum te : ecce venit. « Le jour de vengeance est proche. » Toutes les terreurs te semblaient vaines, et toutes les menaces trop éloignées; et «<maintenant, dit le Seigneur, je te frapperai «< de près, et je mettrai tous tes crimes sur ta tête, et tu << sauras que je suis le Seigneur qui frappe : » Venit tempus; prope est dies occisionis: nunc de propinquo effundam iram meam super te : et imponam tibi omnia scelera tua, et scietis quia ego sum Dominus percutiens 3. Tels sont, messieurs, les ajournements par lesquels Dieu nous appelle à son tribunal et à sa chambre de justice. Mais enfin voici le jour qu'il faut comparaître : Ecce dies, ecce venit, egressa est contritio. L'ange qui préside à la mort recule d'un moment à l'autre, pour étendre le temps de la pénitence: mais enfin il vient un ordre d'en haut: Fac conclusionem Pressez, concluez; l'audience est ouverte, le Juge est assis: criminel, venez plaider votre cause. Mais que vous avez peu de temps pour vous préparer! O Dieu, que le temps est court, pour démêler une affaire si en

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veloppée que cellè de vos comptes et de votre vie! ah! que vous jetterez de cris superflus! ah! que vous soupirerez amèrement après tant d'années perdues! Vainement, inutilement, il n'y a plus de temps pour vous; vous entrez au séjour de l'éternité. Voyez qu'il n'y a plus de soleil visible qui commence et qui finisse les jours, les saisons, les années. Rien ne finit en cette contrée; c'est le Seigneur lui-même qui va commencer de mesurer toutes choses par sa propre infinité. Je vous vois étonné et éperdu en présence de votre Juge : mais regardez encore vos accusateurs; ce sont les pauvres, qui vont s'élever contre votre dureté inexorable.

(Deux. Serm. pour le jeudi de la 2o sem. de Carême.)

DE LA DURETÉ DU COEUR.

Voyez, dit saint Augustin, les buissons hérissés d'épines, qui font horreur à la vue; la racine en est douce, et ne pique pas; mais c'est elle qui pousse ces pointes perçantes qui piquent, qui déchirent les mains, et qui les ensanglantent si violemment ainsi l'amour des

plaisirs. Quand j'écoute parler les voluptueux dans le livre de la Sapience, je ne vois rien de plus agréable ni de plus riant: ils ne parlent que de fleurs, que de festins, que de danses, que de passe-temps. Coronemus nos rosis1: « Couronnons nos têtes de fleurs, avant << qu'elles soient flétries. » Il invitent tout le monde à leur bonne chère, et ils veulent leur faire part de leurs plaisirs Nemo nostrum exors sit luxuriæ nostræ2. Que leurs paroles sont douces! que leur humeur est enjouée! que leur compagnie est désirable! Mais si vous laissez pousser cette racine, les épines sortiront bientôt : car

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écoutez la suite de leurs discours : « Opprimons, ajoutentils, « le juste et le pauvre : » Opprimamus pauperem justum'. «< Ne pardonnons point ni à la veuve, » ni à l'orphelin. Quel est ce changement, et qui aurait jamais attendu d'une douceur si plaisante une cruauté si impitoyable? C'est le génie de la volupté; elle se plaît à opprimer le juste et le pauvre, le juste qui lui est contraire, le pauvre qui doit être sa proie : c'est-à-dire on la contredit, elle s'effarouche: elle s'épuise elle-même, il faut bien qu'elle se remplisse par des pilleries; et voilà cette volupté si commode, si aisée et si indulgente, devenue cruelle et insupportable.

Vous direz sans doute que vous êtes bien éloignés de ces excès; et je crois facilement qu'en cette assemblée, et à la vue d'un roi si juste, de telles inhumanités n'oseraient paraître : mais sachez que l'oppression des faibles et des innocents n'est pas tout le crime de la cruauté. Le mauvais riche nous fait bien connaître qu'outre cette ardeur furieuse qui étend les mains aux violences, elle a encore sa dureté qui ferme les oreilles aux plaintes, les entrailles à la compassion, et les mains au secours. C'est, messieurs, cette dureté qui fait des voleurs sans dérober, et des meurtriers sans verser de sang. Tous les saints Pères disent d'un commun accord que ce riche inhumain de notre évangile a dépouillé le pauvre Lazare, parce qu'il ne l'a pas revêtu : qu'il l'a égorgé cruellement, parce qu'il ne l'a pas nourri: Quia non pavisti, occidisti. Et cette dureté meurtrière est née de son abondance et de ses délices. O Dieu clément et juste! ce n'est pas pour cette raison que vous avez communiqué aux grands de la terre un rayon de votre puissance; vous les avez faits grands, pour servir de pères à vos pauvres :

1 Sap., II, 10. 2 Lactant. Divin. Instit. lib. VI, cap. xi.

CHEFS-D'OEUV. DE BOSS. T. II.

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votre providence a pris soin de détourner les maux de dessus leur tête, afin qu'ils pensassent à ceux du prochain: vous les avez mis à leur aise et en liberté, afin qu'ils fissent leur affaire du soulagement de vos enfants : et leur grandeur au contraire les rend dédaigneux, leur abondance secs, leur félicité insensibles; encore qu'ils voient tous les jours non tant des pauvres et des misérables, que la misère elle-même et la pauvreté en personne, pleurante et gémissante à leur porte. D'où vient [une dureté si étonnante]?

Je ne m'en étonne pas, chrétiens; d'autres pauvres plus pressants et plus affamés ont gagné les avenues les plus proches, et épuisé les libéralités à un passage plus secret. Expliquons-nous nettement : je parle de ces pauvres intérieurs qui ne cessent de murmurer, quelque soin qu'on prenne de les satisfaire, toujours avides, toujours affamés dans la profusion et dans l'excès même ; je veux dire vos passions et vos convoitises. C'est en vain, ô pauvre Lazare, que tu gémis à la porte, ceuxci sont déjà au cœur; ils ne s'y présentent pas, mais ils l'assiégent; ils ne demandent pas, mais ils arrachent. O Dieu, quelle violence! Représentez-vous, chrétiens, dans une sédition, une populace furieuse, qui demande arrogamment, toute prête à arracher si on la refuse; ainsi dans l'âme de ce mauvais riche; et ne l'allons pas chercher dans la parabole, plusieurs le trouveront dans leur conscience. Donc dans l'âme de ce mauvais riche et de ses cruels imitateurs, où la raison a perdu l'empire, où les lois n'ont plus de vigueur, l'ambition, l'avarice, la délicatesse, toutes les autres passions, troupe mutine et emportée, font retentir de toutes parts un cri séditieux, où l'on n'entend que ces mots : « Apporte, apporte » Dicentes: Affer, affer1: apporte toujours de

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l'aliment à l'avarice, du bois à cette flamme dévorante; apporte une somptuosité plus raffinée à ce luxe curieux et délicat; apporte des plaisirs plus exquis à cet ap pétit dégoûté par son abondance. Parmi les cris furieux de ces pauvres impudents et insatiables, se peut-il faire que vous entendiez la voix languissante des pauvres, qui tremblent devant vous, qui, accoutumés à surmonter leur pauvreté par leur travail et par leurs sueurs, se laissent mourir de faim plutôt que de découvrir leur misère? C'est pourquoi ils meurent de faim; oui, messieurs, ils meurent de faim dans vos terres, dans vos châteaux, dans les villes, dans les campagnes, à la porte et aux environs de vos hôtels; nul ne court à leur aide: hélas! ils ne vous demandent que le superflu, quelques miettes de votre table, quelques restes de votre grande chère. Mais ces pauvres que vous nourrissez trop bien au dedans, épuisent tout votre fonds. La profusion, c'est leur besoin; non-seulement le superflu, mais l'excès même, leur est nécessaire, et il n'y a plus aucune espérance pour les pauvres de Jésus-Christ, si vous n'apaisez ce tumulte et cette sédition intérieure : et cependant ils subsisteraient, si vous leur donniez quelque chose de ce que votre pro digalité répand, ou de ce que votre avarice ménage.

Mais, sans être possédé de toutes ces passions violentes, la félicité toute seule, et je prie que l'on entende cette vérité, oui, la félicité toute seule est capable d'endurcir le cœur de l'homme. L'aise, la joie, l'abondance, remplissent l'âme de telle sorte, qu'elles en éloignent tout le sentiment de la misère des autres, et mettent à sec, si l'on n'y prend garde, la source de la compassion. C'est ici la malédiction des grandes fortunes; c'est ici que l'esprit du monde paraît le plus opposé à l'esprit du christianisme : car qu'est-ce que l'esprit du christianisme? esprit de fraternité, esprit de tendresse et de

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