Obrazy na stronie
PDF
ePub

où il faut regarder les choses, toutes les inégalités se rectifieront, et vous ne verrez que sagesse où vous n'imaginiez que désordre.

Oui, oui, ce tableau a son point, n'en doutez pas; et le même Ecclésiaste, qui nous a découvert la confusion, nous mènera aussi à l'endroit par où nous contemplerons l'ordre du monde. « J'ai vu, dit-il, sous le soleil « l'impiété en la place du jugement, et l'iniquité dans «< le rang que devait tenir la justice: » Vidi sub sole in loco judicii impietatem, et in loco justitiæ iniquitatem1. C'est-à-dire, si nous l'entendons, l'iniquité sur le tribunal, ou même l'iniquité dans le trône, où la seule justice doit être placée. Elle ne pouvait pas monter plus haut, ni occuper une place qui lui fût moins due. Que pouvait penser Salomon en considérant un si grand désordre? Quoi? que Dieu abandonnait les choses humaines sans conduite et sans jugement? Au contraire, dit ce sage prince, << en voyant ce renversement, aussitôt j'ai dit << en mon cœur : Dieu jugera le juste et l'impie, et alors ce << sera le temps de toutes choses: » Et dixi in corde meo: Justum et impium judicabit Deus, et tempus omnis rei tunc erit 2.

Voici, messieurs, un raisonnement digne du plus sage des hommes: il découvre dans le genre humain une extrême confusion; il voit dans le reste du monde un ordre qui le ravit : il voit bien qu'il n'est pas possible que notre nature, qui est la seule que Dieu a faite à sa ressemblance, soit la seule qu'il abandonne au hasard: ainsi, convaincu par raison qu'il doit y avoir de l'ordre parmi les hommes, et voyant par expérience qu'il n'est pas encore établi, il conclut nécessairement que l'homme a quelque chose à attendre. Et c'est ici, chrétiens, tout

[blocks in formation]

le mystère du conseil de Dieu; c'est la grande maxime d'État de la politique du ciel. Dieu veut que nous vivions au milieu du temps dans une attente perpétuelle de l'éternité; il nous introduit dans le monde, où il nous fait paraître un ordre admirable, pour montrer que son ouvrage est conduit avec sagesse; où il laisse de dessein formé quelque désordre apparent, pour montrer qu'il n'y a pas mis encore la dernière main. Pourquoi? pour nous tenir toujours en attente du grand jour de l'éternité, où toutes choses seront démêlées par une décision dernière et irrévocable, où Dieu, séparant encore une fois la lumière d'avec les ténèbres, mettra par un dernier jugement la justice et l'impiété dans les places qui leur sont dues; « et alors, dit Salomon, ce << sera le temps de chaque chose: » et tempus omnis rei tunc erit.

(Prem. Serm. pour le jeudi de la 2o sem. de Carême.)

BIENFAITS DE DIEU DANS LA NATURE.

Ouvrez donc les yeux, ô mortels! c'est Jésus-Christ qui vous y exhorte dans cet admirable discours qu'il a fait en saint Matthieu, chapitre sixième, et en saint Luc, chapitre douzième, dont je vais vous donner une paraphrase. Contemplez le ciel et la terre, et la sage économie de cet univers. Est-il rien de mieux entendu que cet édifice? est-il rien de mieux pourvu que cette famille? est-il rien de mieux gouverné que cet empire? Cette puissance suprême qui a construit le monde, et qui n'y a rien fait qui ne soit très-bon, a fait néanmoins des créatures meilleures les unes que les autres. Elle a fait les corps célestes qui sont immortels, elle a fait les terrestres qui sont périssables; elle a fait des animaux admirables par leur grandeur; elle a fait les insectes et

les oiseaux, qui semblent méprisables par leur petitesse; elle a fait ces grands arbres des forêts, qui subsistent des siècles entiers; elle a fait les fleurs des champs, qui se passent du matin au soir. Il y a de l'inégalité dans ses créatures, parce que cette même bonté qui a donné l'être aux plus nobles, ne l'a pas voulu envier aux moindres. Mais, depuis les plus grandes jusqu'aux plus petites, sa providence se répand partout. Elle nourrit les petits oiseaux, qui l'invoquent dès le matin par la mélodie de leurs chants; et ces fleurs dont la beauté est sitôt flétrie, elle les habille si superbement durant ce petit moment de leur être, que Salomon dans toute sa gloire n'a rien de comparable à cet ornement. Vous, hommes, qu'il a faits à son image, qu'il a éclairés de sa connaissance, qu'il a appelés à son royaume, pouvez-vous croire qu'il vous oublie, et que vous soyez les seules de ses créatures sur lesquelles les yeux toujours vigilants de sa providence paternelle ne soient pas ouverts? Nonne vos magis pluris estis illis1? « N'êtes-vous << pas beaucoup plus qu'eux ? » Que s'il vous paraît quelque désordre, s'il vous semble que la récompense coure trop lentement à la vertu, et que la peine ne poursuive pas d'assez près le vice; songez à l'éternité de ce premier Être ses desseins, formés et conçus dans le sein immense de cette immuable éternité, ne dépendent ni des années ni des siècles, qu'il voit passer devant lui comme des moments, et il faut la durée entière du monde pour développer tout à fait les ordres d'une sagesse si profonde. Et nous, mortels misérables, nous voudrions, en nos jours qui passent si vite, voir toutes les œuvres de Dieu accomplies! Parce que nous et nos conseils sommes limités dans un temps si court, nous

'Matth., VI.

voudrions que l'infini se renfermat aussi dans les mêmes bornes, et qu'il déployât en si peu d'espace tout ce que sa miséricorde prépare aux bons, et tout ce que sa justice destine aux méchants.

(Prem. serm. pour le jeudi de la 2o sem. de Carême. )

LA VIE DU MONDE.

Que dirai-je maintenant de cette humeur inquiète, curieuse de nouveautés, ennemie du loisir, et impatiente du repos? D'où vient qu'elle ne cesse de nous agiter et de nous ôter notre meilleur [bien], en nous engageant d'affaire en affaire, avec un empressement qui ne finit pas? Une [maxime] très-véritable, mais mal appliquée, nous jette dans cet embarras : la nature même nous enseigne que la vie est dans l'action. Comme donc les mondains, toujours dissipés, ne connaissent pas l'efficace de cette action paisible et intérieure qui occupe l'âme en elle-même, ils ne croient pas s'exercer s'ils ne s'agitent, ni se mouvoir s'ils ne font du bruit; de sorte qu'ils mettent la vie dans cette action empressée et tumultueuse; ils s'abîment dans un commerce éternel d'intrigues et de visites, qui ne leur laisse pas un moment à eux. Ils se sentent eux-mêmes quelquefois pressés, et se plaignent de cette contrainte : mais, chrétiens, ne les croyez pas; ils se moquent, ils ne savent ce qu'ils veulent. Celui-là qui se plaint qu'il travaille trop, s'il était délivré de cet embarras, ne pourrait souffrir son repos : maintenant les journées lui semblent trop courtes, et alors son grand loisir lui serait à charge : il aime sa servitude, et ce qui lui pèse lui plaît; et ce mouvement perpétuel, qui l'engage en mille contraintes, ne laisse pas de le satisfaire, par l'image d'une liberté errante. Comme un arbre, dit saint Augustin, que le vent semble caresser en

se jouant avec ses feuilles et avec ses branches, bien que ce vent ne le flatte qu'en l'agitant, et le jette tantôt d'un côté, tantôt d'un autre avec une grande inconstance; vous diriez toutefois que l'arbre s'égaye par la liberté de son mouvement: ainsi, dit ce grand évêque, encore que les hommes du monde n'aient pas de liberté véritable, étant presque toujours contraints de céder aux divers emplois qui les poussent comme un vent; toutefois ils s'imaginent jouir d'un certain air de liberté et de paix, en promenant deçà et delà leurs désirs vagues et incertains. Tanquam oliva pendentes in arbore, ducentibus ventis, quasi quadam libertate auræ perfruuntur vago quodam desiderio suo 1.

Voilà, si je ne me trompe, une peinture assez naturelle de la vie du monde et de la vie de la cour. Que faites-vous cependant, grand homme d'affaires, homme qui êtes de tous les secrets, et sans lequel cette grande comédie du monde manquerait d'un personnage nécessaire; que faites-vous pour la grande affaire, pour l'affaire de l'éternité? C'est à l'affaire de l'éternité que doivent céder tous les emplois : c'est à l'affaire de l'éternité que doivent servir tous les temps. Dites-inoi, en quel état est donc cette affaire? Ah! pensons-y, direz-vous. Vous êtes donc averti que vous êtes malade dangereusement, puisque vous songez enfin à votre salut. Mais, hélas! que le temps est court pour démêler une affaire si enveloppée que celle de vos comptes et de votre vie! je ne parle point en ce lieu, ni de votre famille qui vous distrait, ni de la maladie qui vous accable, ni de la crainte qui vous étonne, ni des vapeurs qui vous offusquent, ni des douleurs qui vous pressent: je ne regarde que l'empressement. Écoutez de quelle force on frappe à la porte; on la rompra bientôt,

I Aug. in Ps. cxxxvi, no 9; tom. Iv, col. 1518.

« PoprzedniaDalej »