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AMOUR DE LA PAUVRETÉ.

Il y a deux partis formés : le monde d'un côté, JésusChrist de l'autre. On va en foule du côté du monde, on s'y presse, on y court, on croit qu'on n'y sera jamais assez tôt. Jésus est pauvre et abandonné: il a la vérité, l'autre l'apparence : l'un a Dieu pour lui, l'autre a les hommes. Il est bien aisé à choisir. Mais ce monde a de magnifiques promesses: là les délices, les réjouissances, l'applaudissement, la faveur : vous pourrez vous venger de vos ennemis, vous pourrez posséder ce que vous aimez; votre amitié sera recherchée : vous aurez de l'autorité, du crédit; vous trouverez partout un visage gai et un accueil agréable : il n'est rien tel, il faut prendre parti de ce côté-là. D'autre part, Jésus-Christ se montre avec un visage sévère. Mon Sauveur, que ne promettezvous de semblables biens? que vous seriez un grand et aimable Sauveur, si vous vouliez sauver le monde de la pauvreté ! L'un lui dit : Vous seriez mon Sauveur, si vous vouliez me tirer de la pauvreté : Je ne vous le promets pas. Combien lui disent en secret : Que je puisse contenter ma passion : Je ne le veux pas : Que je puisse seulement venger cette injure: Je vous le défends: Le bien de cet homme m'accommoderait; je n'y ai point de droit, mais j'ai du crédit : N'y touchez pas, ou vous êtes perdu. Qui pourrait souffrir un maître si rude? Retirons-nous; on n'y peut pas vivre. Mon Sauveur, que vous êtes rude! Mais du moins que promettez-vous ? de grands biens. Oui; mais pour une autre vie! Je le prévois, vous ne gagnerez pas votre cause : le monde emportera le dessus : c'en est fait, je le vois bien, Jésus va être condamné encore une fois. On nous donne un signe pour vous connaître, mais c'est un signe de

contradiction. Il s'en trouvera, même dans l'Église, qui seront assez malheureux de le contredire ouvertement par des paroles et des sentiments infidèles; mais presque tous le contrediront par leurs œuvres. Et ne le condamnons-nous pas tous les jours? Quand nous prenons des routes opposées aux siennes, c'est lui dire secrètement qu'il a tort, et qu'il devait venir comme les Juifs l'attendent encore. S'il est votre Sauveur, de quel mal voulez-vous qu'il vous sauve? Si votre plus grand mal c'est le péché, Jésus-Christ est votre Sauveur mais s'il était ainsi, vous n'y tomberiez pas si facilement. Quel est donc votre plus grand mal? C'est la pauvreté, c'est la misère? Jésus-Christ n'est plus votre Sauveur; il n'est pas venu pour cela. Voilà comme l'on condamne le Sauveur Jésus.

Où irons-nous, mes frères, et où tournerons-nous nos désirs? Jusqu'ici tout favorise le monde, le concours, la commodité, les douceurs présentes. Jésus-Christ va être condamné on ne veut point d'un Sauveur si pauvre et si nu. Irons-nous? prendrons-nous parti? Attendons encore peut-être que le temps changera les choses. Peut-être ! il n'y a point de peut-être; c'est une certitude infaillible. Il viendra, il viendra ce terrible jour, où toute la gloire du monde se dissipera en fumée; et alors on verra paraître dans sa majesté ce Jésus autrefois né dans une crèche, ce Jésus autrefois le mépris des hommes, ce pauvre, ce misérable, cet imposteur, ce Samaritain, ce pendu. La fortune de ce Jésus est changée. Vous l'avez méprisé dans ses disgrâces; vous n'aurez pas de part à sa gloire. Que cet avénement changera les choses! Là ces heureux du siècle n'oseront paraître, parce que se souvenant de la pauvreté passée du Sauveur, et voyant sa grandeur présente, la première sera la conviction de leur folie; et la seconde en sera la

condamnation. Cependant ce même Sauveur, laissant ces heureux et ces fortunés, auxquels on applaudissait sur la terre, dans la foule des malheureux, il tournera sa divine face au petit nombre de ceux qui n'auront pas rougi de sa pauvreté, ni refusé de porter sa croix. Venez, dira-t-il, mes chers compagnons, entrez en la société de ma gloire, jouissez de mon banquet éternel.

Apprenons donc, mes frères, à aimer la pauvreté de Jésus soyons tous pauvres avec Jésus-Christ. Qui est-ce qui n'est pas pauvre en ce monde; l'un en santé, l'autre en biens; l'un en honneur, et l'autre en esprit? Tout le monde est pauvre; aussi n'est-ce pas ici que les biens abondent: c'est pourquoi le monde pauvre en effets ne débite que des espérances; c'est pourquoi tout le monde désire, et tous ceux qui désirent sont pauvres et dans le besoin. Aimez cette partie de la pauvreté qui vous est échue en partage, pour vous rendre semblables à Jésus-Christ; et pour ces richesses que vous possédez, partagez-les avec Jésus-Christ. Compatissez aux pauvres, soulagez les pauvres; et vous participerez aux bénédictions que Jésus a données à la pauvreté.

(Prem. Serm. sur le myst. de la Nativité de N-S.)

LE DÉMON.

De même qu'une vapeur pestilente se coule au milieu des airs, et, imperceptible à nos sens, insinue son venin dans nos cœurs; ainsi cet esprit malin, par une subtile et insensible contagion, corrompt la pureté de nos âmes. Nous ne nous apercevons pas qu'il agisse en nous, parce qu'il suit le courant de nos inclinations. Il nous pousse et il nous précipite du côté qu'il nous voit pencher il ne cesse d'enflammer nos premiers désirs, jusqu'à tant que par ses suggestions il les fasse croître

en passions violentes. Si nous avons commencé à aimer, de fous il nous rend furieux: si l'avarice nous inquiète, il nous représente un avenir toujours incertain; il étonne notre âme timide par des objets de famine et de guerre. Sa malice est spirituelle et ingénieuse; il trompe les plus déliés. Sa haine désespérée et sa longue expérience le rendent de plus en plus inventif; il se change en toutes sortes de formes; et cet esprit si beau, orné de tant de connaissances si ravissantes, parmi tant de merveilleuses conceptions, n'estime et ne chérit que celles qui lui servent à renverser l'homme: Operatio eorum est hominis eversio1.

(Prem. Serm. pour le prem. dim. de Carême.)

DÉSORDRE DE LA SOCIÉTÉ, ORDRE DE DIEU.

Quand je considère en moi-même la disposition des choses humaines, confuse, inégale, irrégulière, je la compare souvent à certains tableaux que l'on montre assez ordinairement dans les bibliothèques des curieux, comme un jeu de la perspective. La première vue ne vous montre que des traits informes et un mélange confus de couleurs, qui semble être, ou l'essai de quelque apprenti, ou le jeu de quelque enfant, plutôt que l'ouvrage d'une main savante. Mais aussitôt que celui qui sait le secret vous les fait regarder par un certain endroit, aussitôt toutes les lignes inégales venant à se ramasser d'une certaine façon dans votre vue, toute la confusion se démêle, et vous voyez paraître un visage avec ses linéaments et ses proportions, où il n'y avait auparavant aucune apparence de forme humaine. C'est, ce me semble, messieurs, une image assez naturelle du

1 Tert. Apolog., no 22.

monde, de sa confusion apparente et de sa justesse cachée, que nous ne pouvons jamais remarquer qu'en le regardant par un certain point que la foi en Jésus-Christ nous découvre.

J'ai vu, dit l'Ecclésiaste, un désordre étrange sous le soleil : « J'ai vu que l'on ne commet pas ordinairement, << ni la course aux plus vites, ni les affaires aux plus <«<sages, ni la guerre aux plus courageux, mais mais que << c'est le hasard et l'occasion qui donne tous les em« plois, qui règle tous les prétendants : » Nec velocium esse cursum, nec fortium bellum ;... sed tempus casumque in omnibus'. J'ai vu, dit le même Ecclésiaste, que << toutes << choses arrivent également à l'homme de bien et au « méchant, à celui qui sacrifie et à celui qui blasphème :>> Quod universa æque eveniant justo et impio,... immolanti victimas et sacrificia contemnenti... eadem cunctis eveniunt. Presque tous les siècles se sont plaints d'avoir vu l'iniquité triomphante et l'innocence affligée; mais, peur qu'il n'y ait rien d'assuré, quelquefois on voit au contraire l'innocence dans le trône et l'iniquité dans le supplice. Quelle est la confusion de ce tableau! et ne semble-t-il pas que ces couleurs aient été jetées au hasard, seulement pour brouiller la toile ou le papier, si je puis parler de la sorte?

de

Le libertin inconsidéré s'écrie aussitôt qu'il n'y a point d'ordre : « il dit en son cœur : Il n'y a point de « Dieu,» ou ce Dieu abandonne la vie humaine aux caprices de la fortune : Dixit insipiens in corde suo: Non est Deus. Mais arrêtez, malheureux, et ne précipitez pas votre jugement dans une affaire si importante! Peut être que vous trouverez que ce qui semble confusion est un art caché; et si vous savez rencontrer le point par

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