Obrazy na stronie
PDF
ePub

rités que j'ai annoncées ont excité en vos cœurs quelque étincelle de l'amour divin. La vie chrétienne que je vous propose si pénitente, si mortifiée, si détachée des sens et de nous-mêmes, vous paraît peut-être impossible. Peut-on vivre, direz-vous, de cette sorte? peut-on renoncer à ce qui plaît? On vous dira de là-haut1 qu'on peut quelque chose de plus difficile, puisqu'on peut embrasser tout ce qui choque. Mais pour le faire, direzvous, il faut aimer Dieu; et je ne sais si on peut le connaître assez pour l'aimer autant qu'il faudrait. On vous dira de là-haut qu'on en connaît assez pour l'aimer sans bornes. Mais peut-on mener dans le monde une telle vie? Oui, sans doute, puisque le monde même vous désabuse du monde : ses appas ont assez d'illusions, ses faveurs assez d'inconstance, ses'rebuts assez d'amertume; il y a assez d'injustice et de perfidie dans le procédé des hommes, assez d'inégalités et de bizarreries dans leurs humeurs incommodes et contrariantes; c'en est assez sans doute pour nous dégoûter.

Hé! dites-vous, je ne suis que trop dégoûté : tout me dégoûte en effet, mais rien ne me touche; le monde me déplaît, mais Dieu ne me plaît pas pour cela. Je connais cet état étrange, malheureux et insupportable, mais trop ordinaire dans la vie. Pour en sortir, âmes chrétiennes, sachez que qui cherche Dieu de bonne foi ne manque jamais de le trouver; sa parole y est expresse : « Celui qui frappe, on lui ouvre; celui qui demande, <«< on lui donne; celui qui cherche, il trouve infailli<«<blement3. » Si donc vous ne trouvez pas, sans doute vous ne cherchez pas. Remuez jusqu'au fond de votre cœur les plaies du cœur ont cela qu'elles peuvent être

**Madame de la Vallière était à la grille d'en haut avec la reine. 2 Matt., III,

sondées jusqu'au fond, pourvu qu'on ait le courage de les pénétrer. Vous trouverez dans ce fond un secret orgueil qui vous fait dédaigner tout ce qu'on vous dit, et tous les sages conseils; vous trouverez un esprit de raillerie inconsidérée, qui naît parmi l'enjouement des conversations. Quiconque en est possédé croit que toute la vie n'est qu'un jeu : on ne veut que se divertir; et la face de la raison, si je puis parler de la sorte, paraît trop sérieuse et trop chagrine.

Mais à quoi est-ce que je m'étudie? à chercher des causes secrètes du dégoût que vous donne la piété? Il y en a de plus grossières et de plus palpables: on sait quelles sont les pensées qui arrêtent le monde ordinairement. On n'aime point la piété véritable; parce que, contente des biens éternels, elle ne donne point d'établissement sur la terre, elle ne fait point la fortune de ceux qui la suivent. C'est l'objection ordinaire que font à Dieu les hommes du monde : mais il y a répondu, d'une manière digne de lui, par la bouche du prophète Malachie': «< Vos paroles se sont élevées contre moi, dit << le Seigneur; et vous avez répondu : Quelles paroles << avons-nous proférées contre vous? Vous avez dit : << Celui qui sert Dieu se tourmente en vain : quel bien << nous est-il revenu d'avoir gardé ses commandements, « et d'avoir marché tristement devant sa face? Les << hommes superbes et entreprenants sont heureux; car <«< ils se sont établis en vivant dans l'impiété, et ils ont << tenté Dieu en songeant à se faire heureux malgré ses «<lois, et ils ont fait leurs affaires. »

Voilà l'objection des impies, proposée dans toute sa force par le Saint-Esprit. « A ces mots, poursuit le «prophète, les gens de bien étonnés se sont parlé se« crètement les uns aux autres. » Personne sur la terre

Mal., II, 13 et seq.

n'ose entreprendre, ce semble, de répondre aux impies qui attaquent Dieu avec une audace si insensée ; mais Dieu répondra lui-même : « Le Seigneur a prêté << l'oreille à ces choses, dit le prophète, et il les a ouïes : « il a fait un livre où il écrit les noms de ceux qui le « servent ; et en ce jour où j'agis, dit le Seigneur des « armées, c'est-à-dire en ce dernier jour où j'achève << tous mes ouvrages, où je déploie ma miséricorde et « ma justice; en ce jour, dit-il, les gens de bien seront «ma possession particulière; je les traiterai comme «< un bon père traite un fils obéissant. Alors vous vous << retournerez, ô impies, vous verrez de loin leur féli«< cité, dont vous serez exclus pour jamais ; et vous ver<< rez alors quelle différence il y a entre le juste et l'im<< pie, entre celui qui sert Dieu et celui qui méprise << ses lois. » C'est ainsi que Dieu répond aux objections des impies. Vous n'avez pas voulu croire que ceux qui me servent puissent être heureux : vous n'en avez cru ni ma parole, ni l'expérience des autres; votre expérience vous en convaincra; vous les verrez heureux, et vous vous verrez misérables: Hæc dicit Dominus faciens hæc : « C'est ce que dit le Seigneur; il l'en faut croire: «< car lui-même qui le dit, c'est lui qui le fait; » et c'est ainsi qu'il fait taire les superbes et les incrédules.

Serez-vous assez heureux pour profiter de cet avis, pour prévenir sa colère? Allez, messieurs, et pensez-y: ne songez point au prédicateur qui vous a parlé, ni s'il a bien dit, ni s'il a mal dit : qu'importe qu'ait dit un homme mortel? Il y a un prédicateur invisible qui prêche dans le fond des cœurs; c'est celui-là que les prédicateurs et les autres auditeurs doivent écouter. C'est lui qui parle intérieurement à celui qui parle au dehors, et c'est lui que doivent entendre au dedans du cœur tous ceux qui prêtent l'oreille aux discours sacrés. Le prédicateur, qui parle au dehors, ne fait qu'un seul sermon

pour tout un grand peuple : mais le prédicateur du dedans, je veux dire le Saint-Esprit, fait autant de prédications différentes qu'il y a de personnes dans un auditoire; car il parle à chacun en particulier, et lui applique selon ses besoins la parole de la vie éternelle. Écoutez-le donc, chrétiens, laissez-lui remuer au fond de vos cœurs ce secret principe de l'amour de Dieu.

Esprit saint, Esprit pacifique, je vous ai préparé les voies en prêchant votre parole. Ma voix a été semblable peut-être à ce bruit impétueux qui a prévenu votre descente: descendez maintenant, ô feu invisible! et que ces discours enflammés, que vous ferez au dedans des cœurs, les remplissent d'une ardeur céleste. Faitesleur goûter la vie éternelle, qui consiste à connaître et à aimer Dieu: donnez-leur un essai de la vision dans la foi; un avant-goût de la possession dans l'espérance; une goutte de ce torrent de délices qui enivre les bienheureux dans les transports célestes de l'amour divin.

Et vous, ma sœur, qui avez commencé à goûter ces chastes délices, descendez, allez à l'autel; victime de la pénitence, allez achever votre sacrifice: le feu est allumé, l'encens est prêt, le glaive est tiré : le glaive, c'est la parole qui sépare l'âme d'avec elle-même pour l'attacher uniquement à son Dieu. Le sacré pontife vous attend avec ce voile mystérieux que vous demandez. Enveloppez-vous dans ce voile vivez cachée à vousmême, aussi bien qu'à tout le monde; et connue de Dieu, échappez-vous à vous-même, sortez de vous-même, et prenez un si noble essor, que vous ne trouviez de repos que dans l'essence du Père, du Fils, et du Saint-Esprit.

1

1 M. l'archevêque de Paris

FIN.

PRÉCIS DES ÉVÉNEMENTS

QUI FIRENT CONVOQUER

L'ASSEMBLÉE DU CLERGÉ EN 1681'.

L'affaire de la régale fut, dans le dix-septième siècle, la cause d'un grand mouvement, et n'en devint, par la suite des événements, qu'une circonstance accessoire. Mais elle servit d'occasion et de motif pour rappeler et consacrer des maximes d'un bien plus grand intérêt pour la paix de l'Église et la tranquillité des empires.

La régale en France était un droit par lequel nos rois jouissaient du revenu des archevêchés et des évêchés pendant leur vacance, et même conféraient les bénéfices dépendant de leur collation jusqu'à ce que les nouveaux pourvus eussent prêté leur serment de fidélité, et l'eussent fait enregistrer à la chambre des comptes de Paris.

Après plusieurs arrêts dont les remontrances du clergé avaient suspendu l'exécution, Louis XIV rendit la déclaration de février 1673, par laquelle il déclara « le droit de régale inaliénable et imprescriptible dans tous les << archevêchés et évêchés du royaume, » et ordonna « que tous les arche« vêques et évêques qui n'avaient point fait enregistrer leur serment de « fidélité seraient tenus de le faire dans deux mois. »

Presque tous les évêques de Languedoc, de Guienne, de Provence et du Dauphiné, qui jusqu'alors s'étaient maintenus dans l'exemption du droit de régale, cédèrent à l'autorité du roi.

Plusieurs considérations raisonnables les portèrent à celte condescendance. La protection éclatante que le roi accordait à la religion et à ses ministres, la modération connue de ce monarque, l'inutilité bien évidente d'une résistance indiscrète, et les principes de soumission que le clergé de France se faisait honneur de professer, déterminèrent cette sage et respectueuse conduite. D'ailleurs le droit de régale était déjà paisiblement exercé dans la très-grande partie de la France. Il ne s'agissait que d'un droit particulier à quelques églises, et de grands avantages pour la discipline ecclésiastique devaient balancer un sacrifice peu important en lui-même. Mais deux évêques, dont l'opposition était certainement fondée sur les intentions les plus pures et sur des considérations plausibles, crurent devoir se montrer inflexibles. Ce furent les évêques d'Aleth (Nicolas Pavillon) et de Pamiers (François-Étienne Caulet). Ces évêques étaient recommandables par leur piété, leurs vertus et leurs mœurs; et il est certain que, s'il n'eût été ques

1 Extrait de l'Histoire de Bossuet, par M. le cardinal de Bausset.

CHEFS-D'EUV. DE BOSS. - T. II.

22

« PoprzedniaDalej »