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extrémités opposées. Ils courent au-devant du Sauveur, pour le saluer par des cris de réjouissance; ils courent après lui pour le charger d'imprécations. « Vive le Fils « de David1! » « Qu'il meure! qu'il meure! qu'on le cru«< cifie! »> « Béni soit le roi d'Israël!» « Nous n'avons a point de roi que César*. » Donnez des palmes et des rameaux verts; qu'on cherche des fleurs de tous côtés pour les semer sur son passage: donnez des épines pour percer sa tête, et un bois infâme pour l'y attacher. Tout cela se fait en moins de huit jours; et pour comble d'indignité, pour une marque éternelle du jugement dépravé des hommes, la comparaison la plus injuste, la préférence la plus aveugle : «Lequel des deux voulez<< vous, Jésus ou Barabbas", » le Sauveur ou un voleur, l'auteur de la vie ou un meurtrier? et la préférence la plus injuste: Non hunc, sed Barabbam : « Nous ne vou«<lons point de celui-ci, mais donnez-nous Barabbas : » « Qu'on l'ôte, qu'on le crucifie! » nous voulons qu'on délivre le meurtrier, et qu'on mette à mort l'auteur de la vie.

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Après cela, mes frères, entendrons-nous encore des chrétiens nous battre incessamment les oreilles par cette belle raison: Que dira le monde, que deviendra ma réputation? on me méprisera, si je ne me venge; je veux soutenir mon honneur, il m'est plus cher que mes biens, il m'est plus cher même que ma vie. Tous ces beaux raisonnements, par lesquels vous croyez pallier vos crimes, ne sont que de vaines subtilités, et rien ne nous est plus aisé que de les détruire; mais je ne daignerais seulement les écouter. Venez, venez les dire au Fils de Dieu crucifié ; venez vanter votre honneur du monde à

1 Matth., XXI, 9. - 2 Joan., XIX, 15. 3 Ibid., XII, 13.

XIX, 15.

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Matth., XXVII, 11, Joan., XVIII, 40

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la face de ce Dieu rassasié, soûlé d'opprobres; osez lui soutenir qu'il a tort d'avoir pris si peu de soin de plaire aux hommes, ou qu'il a été bien malheureux de n'avoir pu mériter leur approbation. C'est ce que nous avons à dire aux idolâtres de l'honneur du monde : et si l'image de Jésus-Christ attaché à un bois infâme ne persuade pas leur orgueil, taisons-nous, taisons-nous, et n'espérons jamais de pouvoir persuader par nos discours ceux qui auront méprisé un si grand exemple. Que si nous croyons en Jésus-Christ, « sortons, sortons avec «<lui, portant sur nous-mêmes son opprobre: » Exeamus igitur cum illo extra castra improperium ejus portantes1. Si le monde nous le refuse, donnons-nous-le à nous-mêmes; reprochons-nous à nous-mêmes nos déréglements et la honte de notre vie, et participons comme nous pouvons à la honte de Jésus-Christ, pour participer à sa gloire. Amen.

1 Hebr., XIII, 13.

NOTICE

SUR MADAME DE LA VALLIÈRE,

DUCHESSE DE VAUJOUR.

Louise-Françoise de la Baume-le-Blanc de La Vallière, qualifiée depuis du titre de duchesse de Vaujour, était fille du marquis de La Vallière, gouverneur d'Amboise. Elle naquit en 1644. Après la mort de son père, sa mère s'étant remariée à M. de Saint-Remy, premier maître d'hôtel du duc d'Orléans, frère de Louis XIII, elle fut élevée à la cour de ce prince, qui résidait habituellement à Blois. Tous les mémoires publics et particuliers déposent unanimement qu'elle avait, dès ses premières années, un caractère de sagesse qui la faisait singulièrement remarquer; et le duc d'Orléans le témoigna plus d'une fois lui-même dans les termes les plus flatteurs pour elle, et les plus honorables.

Quand Monsieur, frère unique de Louis XIV, épousa en 1661 Henriette d'Angleterre, mademoiselle de La Vallière fut placée auprès de cette princesse comme une de ses filles d'honneur. Elle plut beaucoup à la cour, moins encore par ses charmes extérieurs que par les qualités de son âme bonne, douce et naïve. Mais, sensible à l'excès, elle y vit un objet qui fit sur son cœur une impression funeste. Personne n'ignore qu'elle fut aimée de Louis XIV, et qu'elle eut de lui deux enfants, le comte de Vermandois, qui mourut en 1683, dans sa dix-septième année, et mademoiselle de Blois, mariée au prince de Conti. Elle a avoué depuis que, dans ces temps d'illusion et lorsque tout semblait conspirer à l'agrément et au bonheur de sa vie, elle avait toujours senti au dedans d'elle-même un trouble et une humiliation qui ne lui permettaient pas de jouir en repos d'aucun plaisir. Vertueuse, s'il était possible, au milieu de ses égarements, elle gémissait de sa faiblesse, et conservait le désir comme l'espérance de rentrer un jour dans le droit chemin qu'elle avait quitté.

Plusieurs personnes d'une grande piété demandaient à Dieu sa conversion: elles l'obtinrent. Dieu la disposa peu à peu, par de sa

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NOTICE SUR MADAME DE LA VALLIÈRE.

lutaires dégoûts, à rompre ses liens : le maréchal de Bellefonds et Bossuet contribuèrent beaucoup à l'affermir dans cette sainte résolution.

Elle crut devoir embrasser la vie religieuse pour y faire pénitence de ses fautes passées, et pour y trouver, dans l'éloignement du monde, le meilleur préservatif contre la rechute. L'austérité de la règle des Carmélites lui fit préférer cet ordre à tous les autres. Elle y entra en 1674, n'ayant pas encore trente ans, y prit le nom de sœur Louise de la Miséricorde; et dans son noviciat comme pendant tout le reste de sa vie, qui fut longue et pleine de souffrances, elle ne mit pas de bornes aux macérations et privations de toute nature qu'elle crut devoir s'imposer. Un seul trait en fera juger.

Un jour de vendredi saint étant au réfectoire, elle se ressouvint que, dans le temps qu'elle était à la cour, elle se trouva, dans une partie de chasse, pressée d'une soif dévorante; mais qu'on lui apporta aussitôt des rafraîchissements et des liqueurs délicieuses, dont elle but avec le plus grand plaisir. Ce souvenir, joint à la pensée du fiel et du vinaigre dont Jésus-Christ avait été abreuvé dans sa soif sur la croix, la pénétra d'un si vif sentiment de repentir et d'humiliation, qu'elle résolut dans le moment de ne plus boire du tout. Elle fut près de trois semaines sans boire une goutte d'eau, et trois ans entiers à n'en boire par jour qu'un demi-verre. Cette rude pénitence, dont on ne s'aperçut pas, la fit tomber malade; et, depuis ce temps, elle eut des maux d'estomac violents qui la réduisirent quelquefois à des faiblesses extrêmes. A des maux de tête continuels se joignirent des rhumatismes douloureux, et une sciatique qui lui déboîta la hanche; mais, malgré tous ces maux, elle ne cessa pas, jusqu'à la fin de sa vie, de partager les pénibles travaux de la communauté, et de se lever chaque jour deux heures avant toutes les autres pour aller se prosterner au pied des autels.

On ne saurait trop s'étonner qu'une femme élevée et nourrie si longtemps dans la délicatesse et l'opulence ait pu, au milieu de tant d'infirmités, supporter pendant trente-six ans d'aussi rudes épreuves. Elle mourut en 1710, âgée de près de soixante-six ans.

On a d'elle un livre plein d'onction, intitulé Réflexions sur la Miséricorde de Dieu. Il fut imprimé sans son aveu.

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