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SERMON

SUR L'HONNEUR DU MONDE.

Quels sont les plus grands ornements du triomphe du Sauveur. Comment la vaine gloire corrompt la vertu en la flattant. Danger des louanges: dans quelles dispositions nous devons être à leur égard. Pourquoi ceux qui sont dominés par l'honneur, sont-ils infailliblement vicieux. Par quels moyens l'honneur met les vices en crédit. De quelle manière il nous fait tout attribuer à nous-mêmes, et nous érige enfin en de petits dieux. Remède à une si grande insolence. Mépris que nous devons faire du jugement des hommes en voyant celui qu'ils ont porté de Jésus-Christ.

Dicite filia Sion: Ecce Rex tuus venit tibi mansuetus.

Dites à la fille de Sion : Voici ton Roi qui fait son entrée, plein de bonté et de douceur.

Paroles du prophète Zacharie, rapportées dans l'évangile de ce jour, en saint Matthieu, chap. xxi, 3.

Parmi toutes les grandeurs du monde, il n'y a rien de si éclatant qu'un jour de triomphe et j'ai appris de Tertullien, que ces illustres triomphateurs de l'ancienne Rome marchaient au Capitole avec tant de gloire, que, de peur qu'étant éblouis d'une telle magnificence, ils ne s'élevassent enfin au-dessus de la condition. humaine, un esclave qui les suivait avait charge de les avertir qu'ils étaient hommes: Respice post te, hominem te memento. Ils ne se fâchaient pas de ce reproche : « C'était là, dit Tertullien', le plus grand sujet de leur «< joie, de se voir environnés de tant de gloire, que « avait sujet de craindre pour eux qu'ils n'oubliassent « qu'ils étaient mortels : » Hoc magis gaudet tanta se gloria coruscare, ut illi admonitio conditionis suæ sit necessaria.

l'on

Le triomphe de mon Sauveur est bien éloigné de

'Apolog., no 33.

cette pompe; et quand je vois le pauvre équipage avec lequel il entre dans Jérusalem, au lieu de l'avertir qu'il est homme, je trouverais bien plus à propos, chrétiens, de le faire souvenir qu'il est Dieu : il semble en effet qu'il l'a oublié. Le prophète et l'évangéliste concourent à nous montrer ce Roi d'Israël « monté, disent-ils, sur <«< une ânesse : » Sedens super asinam 1. Ah! messieurs, qui n'en rougirait? Est-ce là une entrée royale? est-ce là un appareil de triomphe? est-ce ainsi, ô Fils de David, que vous montez au trône de vos ancêtres, et prenez possession de leur royaume?

Toutefois arrêtons, mes frères, et ne précipitons pas notre jugement. Ce Roi, que tout le peuple honore aujourd'hui par ses cris de réjouissance, ne vient pas pour s'élever au-dessus des hommes par l'éclat d'une vaine pompe, mais plutôt pour fouler aux pieds les grandeurs humaines : les sceptres rejetés, l'honneur méprisé, toute la gloire du monde anéantie, font le plus grand ornement de son triomphe. Donc, pour admirer cette entrée, accoutumons-nous avant toutes choses à la modestie et aux abaissements glorieux de l'humilité chrétienne, et tâchons de prendre ces sentiments aux pieds de la plus humble des créatures, en disant Ave.

notre monarque

Aujourd'hui que notre fait son entrée dans Jérusalem, au milieu des applaudissements de tout le peuple, et que, parmi cette pompe de peu de durée, l'Église commence à s'occuper dans la pensée de sa passion ignominieuse, je me sens fortement pressé, chrétiens, de mettre aux pieds de notre Sauveur quelqu'un de ses ennemis capitaux, pour honorer tout

Zach., IX, 9. Matth., XXI, 5.

ensemble et son triomphe et sa croix. Je n'ai pas de peine à choisir celui qui doit servir à ce spectacle : et le mystère d'ignominie que nous commençons de célébrer, et cette magnificence d'un jour que nous verrons bientôt changée tout d'un coup en un mépris si outrageux, me persuadent facilement que ce doit être l'honneur du monde.

L'honneur du monde, mes frères, c'est cette grande statue que Nabuchodonosor veut que l'on adore. Elle est d'une hauteur prodigieuse, altitudine cubitorum sexaginta; parce que rien ne paraît plus élevé que l'honneur du monde. « Elle est toute d'or, » dit l'Écriture1; Fecit statuam auream; parce que rien ne semble ni plus riche ni plus précieux. « Toutes les langues et tous les peuples adorent cette statue: » Omnes tribus et linguæ adoraverunt statuam auream; tout le monde sacrifie à l'honneur: et ces fifres, et ces trompettes, et ces hautbois, et ces tambours qui résonnent autour de la statue, n'est-ce pas le bruit de la renommée? ne sont-ce pas les applaudissements et les cris de joie qui composent ce que les hommes appellent la gloire? C'est donc, messieurs, cette grande et superbe idole que je veux abattre aujourd'hui aux pieds du Sauveur. Je ne me contente pas, chrétiens, de lui refuser de l'encens avec les trois enfants de Babylone, ni de lui dénier l'adoration que tous les peuples lui rendent; je veux faire tomber sur cette idole le foudre de la vérité évangélique; je veux l'abattre tout de son long devant la croix de mon Sauveur; je veux la briser et la mettre en pièces, et en faire un sacrifice à Jésus-Christ crucifié, avec le secours de sa grâce.

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Parais donc ici, ô honneur du monde! vain fantôme

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des ambitieux et chimère des esprits superbes ; je t'appelle à un tribunal où ta condamnation est inévitable. Ce n'est pas devant les Césars et les princes, ce n'est pas devant les héros et les capitaines que je t'oblige de comparaltre; comme ils ont été tes adorateurs, ils prononceraient à ton avantage. Je t'appelle à un jugement où préside un Roi couronné d'épines, que l'on a revêtu de pourpre pour le tourner en ridicule, que l'on a attaché à une croix pour en faire un spectacle d'ignominie : c'est à ce tribunal que je te défère; c'est devant ce Roi que je t'accuse. De quels crimes l'accuserai-je, chrétiens? je vais vous le dire. Voici trois crimes capitaux dont j'accuse l'honneur du monde ; je vous prie de les bien entendre.

Je l'accuse, premièrement, de flatter la vertu et de la corrompre; secondement, de déguiser le vice, et de lui donner du crédit; enfin, pour comble de ses attentats, d'attribuer aux hommes ce qui appartient à Dieu, et de les enrichir, s'il pouvait, de ses dépouilles : voilà les trois chefs principaux sur lesquels je prétends, messieurs, qu'on fasse le procès à l'honneur du monde. Dieu me veuille aider par sa grâce à poursuivre vivement une accusation si importante, et à soutenir les opprobres et l'ignominie de la croix contre l'orgueil des hommes mondains!

PREMIER POINT.

Donc, mes frères, le premier crime dont j'accuse l'honneur du monde devant la croix de Jésus-Christ, c'est d'être le corrupteur de la vertu et de l'innocence. Ce n'est pas moi seul qui l'en accuse; j'ai pour témoin saint Jean Chrysostome, et dans un crime si atroce je suis bien aise de faire parler un si véhément accusateur. Ce grand prédicateur nous apprend que la vertu qui

aime les louanges et la vaine gloire ressemble à une femme impudique qui s'abandonne à tous les passants : ce sont les propres termes de ce saint évêque 1, encore parle-t-il bien plus fortement dans la liberté de sa langue; mais la retenue de la nôtre ne me permet pas de traduire toutes ces paroles: tâchons néanmoins d'entendre son sens, et de pénétrer sa pensée. Pour cela je vous prie de considérer que la pudeur et la modestie ne s'opposent pas seulement aux actions déshonnêtes, mais encore à la vaine gloire et à l'amour désordonné des louanges: jugez-en par l'expérience. Une personne honnête et bien élevée rougit d'une parole immodeste, un homme sage et modéré rougit de ses propres louanges; en l'une et en l'autre de ces rencontres, la modestie fait baisser les yeux et monter la rougeur au front: on se défend de ses deux attaques par les mêmes armes. Soit que vous vous montriez peu retenu dans la poursuite des plaisirs, soit que ce soit dans la recherche des louanges, on blâme votre impudence. Et d'où vient cela, chrétiens, sinon par un sentiment que la raison nous inspire, que comme le corps a sa chasteté que l'impudicité corrompt, il y a aussi une certaine intégrité de l'âme qui peut être violée par les louanges. C'est pourquoi la même nature nous donne la pudeur et la modestie pour nous défendre de ces deux corruptions; comme s'il y avait du déshonneur dans l'honneur même, et de la honte dans les louanges. Ne vous étonnez donc pas, chrétiens, si cette âme avide de louanges, qui les cherche et les mendie de tous côtés, est appelée par saint Jean Chrysostome une infâme prostituée : elle mérite bien ce nom, puisqu'elle méprise la modestie et la pudeur.

Hom., XVII, in Epist. ad Rom., no 4.

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