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SERMON

SUR LA NÉCESSITÉ DES LOIS

PRÉCHÉ A LA COUR.

Nécessité des lois : soumission qui leur est due. Dépendance dans laquelle nous devons vivre à l'égard de Dieu et des ordres de sa providence.

Postquam impleti sunt dies purgationis ejus secundum legem Moysi, tulerunt illum in Jerusalem, ut sisterent eum Domino, sicut scriptum est in lege Domini.

Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi de Moïse, ils portèrent l'enfant à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, ainsi qu'il est écrit en la loi de Dieu.

Luc., 11, 22, 23.

Un grand empereur' a prononcé qu'il n'y a rien de plus royal ni de plus majestueux qu'un prince qui se reconnait soumis aux lois, c'est-à-dire à la raison même : et certes le genre humain ne peut rien voir de plus beau, que la justice dans le trône; et on ne peut rien penser de plus grand ni de plus auguste que cette noble alliance de la puissance et de la raison, qui fait concourir heureusement à l'observance des lois et l'autorité et l'exemple.

Que si c'est un si beau spectacle qu'un prince obéissant à la loi, combien est plus admirable celui d'un Dieu qui s'y soumet! Et pouvons-nous mieux comprendre ce que nous devons aux lois, qu'en voyant dans le mystère de cette journée un Dieu fait homme s'y assujettir, pour donner à tout l'univers l'exemple d'obéis

* Théodose, L. Digna, Cod. Justin. lib. I, titul. xıv, leg. iv.

sance? Merveilleuse conduite de Dieu! Jésus-Christ venait abolir la loi de Moïse par une loi plus parfaite; néanmoins, tant qu'elle subsiste, il révère si fort le nom et l'autorité de la loi, qu'il l'observe ponctuellement, et la fait observer à sa sainte mère. Combien plus devonsnous garder les sacrés préceptes de l'Évangile éternel qu'il est venu établir, plus encore par son sang que par sa doctrine!

Je ne pense pas, chrétiens, pouvoir rien faire de plus convenable à la fête que nous célébrons (1) que de vous montrer aujourd'hui combien nous devons dépendre de Dieu et de ses ordres suprêmes; et je croirai pouvoir vous persuader une obéissance si nécessaire, pourvu que la sainte Vierge, qui nous en donne l'exemple, nous accorde aussi son secours, que nous lui allons demander par les paroles de l'ange: Ave.

Parmi tant de lois différentes auxquelles notre nature est assujettie, si nous voulons établir une conduite réglée, nous devons reconnaître, avant toutes choses, qu'il y a une loi qui nous dirige, une loi qui nous entraîne, et une loi qui nous tente et qui nous séduit. Nous voyons dans les Écritures et dans les commandements divins, la loi de justice qui nous dirige : nous éprouvons tous les jours dans le cours de nos affaires, dans leurs conjonctures inévitables, dans toutes les suites malheureuses de notre mortalité, une loi comme fatale de la nécessité qui nous entraîne: enfin nous ressentons en nous-mêmes et dans nos membres mortels un attrait puissant et impérieux qui séduit nos sens et notre raison; et cet attrait, qui nous pousse au mal avec tant de force, est appelé par l'Apôtre la loi de

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«< péché, » qui est une continuelle tentation à la fragilité humaine.

Ces trois différentes lois nous obligent aussi, chrétiens, à trois pratiques différentes car, pour nous rendre fidèles à notre vocation et à la grâce du christianisme, il faut nous laisser conduire au commandement qui nous dirige, nous élever par courage au-dessus des nécessités qui nous accablent; enfin, résister avec vigueur aux attraits des sens qui nous trompent. C'est ce qui nous est montré clairement dans l'évangile que nous traitons, et dans le mystère de cette journée. Jésus-Christ et la sainte Vierge, Siméon, ce vénérable vieillard, et Anne, cette sainte veuve, semblent ne paraître en ce jour, que pour donner aux fidèles toutes les instructions nécessaires au sujet de ces trois lois que j'ai rapportées. Le Sauveur et sa sainte mère se soumettant aux commandements que Dieu a donnés à son peuple. Siméon, vieillard courageux et détaché de la vie, en subissant sans se troubler la loi de la mort, se met au-dessus des nécessités qui accablent notre nature, et nous apprend à les regarder comme des lois souveraines auxquelles nous devons nous accommoder. Enfin, Anne pénitente et mortifiée nous fait voir dans ses sens domptés la loi du péché vaincu. Exemples puissants et mémorables, qui me donnent occasion de vous faire voir aujourd'hui combien nous devons être soumis à la loi de la vérité qui nous règle; quel usage nous devons faire de la loi de la nécessité qui nous entraine; comment nous devons résister à l'attrait du mal qui nous tente, et à la loi du péché qui nous tyrannise.

PREMIER POINT.

Le nom de liberté est le plus agréable et le plus doux, mais tout ensemble le plus décevant et le plus trompeur

de tous ceux qui ont quelque usage dans la vie humaine. Les troubles, les séditions, le mépris des lois, ont toujours eu leur cause ou leur prétexte dans l'amour de la liberté. Il n'y a aucun bien de la nature dont les hommes abusent davantage que de leur liberté, ni rien qu'ils connaissent moins que la franchise, encore qu'ils la désirent avec tant d'ardeur. J'entreprends de vous faire voir que nous perdons notre liberté en la voulant trop étendre; que nous ne savons pas la conserver, si nous ne savons aussi lui donner des bornes ; et enfin, que la liberté véritable c'est d'être soumis aux lois.

Quand je vous parle, messieurs, de la liberté véritable, vous devez entendre par là qu'il y en a aussi une fausse; et c'est ce qui paraît clairement dans ces paroles du Sauveur Si vos Filius liberaverit, tunc vere liberi eritis1 ; « Vous serez vraiment libres, dit-il, quand je « vous aurai affranchis. » Quand il dit que nous serons vraiment libres, il a dessein de nous faire entendre qu'il y a une liberté qui n'est qu'apparente; et il veut que nous aspirions, non à toute sorte de franchise, mais à la franchise véritable, à la liberté digne de ce nom : c'est-àdire, à celle qui nous est donnée par sa grâce et par sa doctrine tunc vere liberi eritis. C'est pourquoi nous ne devons pas nous laisser surprendre par le nom ni par l'apparence de la liberté. Il faut ici nous rendre attentifs à démêler le vrai d'avec le faux; et pour le faire nettement et distinctement, je remarquerai, chrétiens, trois espèces de liberté, que nous pouvons nous figurer dans les créatures: la première, c'est la liberté des animaux; la seconde, c'est la liberté des rebelles; la troisième, c'est la liberté des sujets et des enfants. Les animaux

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semblent être libres, parce qu'on ne leur prescrit aucunes lois; les rebelles s'imaginent l'être, parce qu'ils secouent le joug des lois; les sujets et les enfants de Dieu le sont en effet, parce qu'ils se soumettent humblement à la sainte autorité des lois. Telle est la liberté véritable; et il nous sera aisé de l'établir solidement par la destruction des deux autres.

Et premièrement, chrétiens, pour ce qui regarde cette liberté dont jouissent les animaux, j'ai honte de l'appeler de la sorte et de ravilir jusque-là un si beau nom. Il est vrai qu'ils n'ont pas de lois qui répriment leurs appétits, ou dirigent leurs mouvements; mais c'est qu'ils n'ont pas d'intelligence qui les rende capables d'être gouvernés par la sage direction des lois : ils vont où les pousse un instinct aveugle, sans conduite et sans jugement; et appellerons-nous liberté un emportement brut et indocile, incapable de raison et de discipline? A Dieu ne plaise,

enfants d'Adam, ô créatures raisonnables que Dieu a formées à son image; à Dieu ne plaise, encore une fois, qu'une telle liberté vous agrée, et que vous consentiez jamais d'être libres d'une manière si basse! Et toutefois, chrétiens, qu'entendons-nous tous les jours dans la bouche des hommes du monde? ne sont-ce pas eux qui trouvent toutes les lois importunes, et qui voudraient les voir abolies, pour n'en recevoir que d'eux-mêmes et de leurs désirs déréglés? Peu s'en faut que nous n'enviions aux animaux leur liberté, et que nous ne célébrions hautement le bonheur des bêtes sauvages, de ce qu'elles n'ont dans leurs désirs d'autres lois que leurs désirs mêmes; tant nous avons ravili l'honneur de notre nature!

Mais au contraire, messieurs, le docte Tertullien en avait bien compris la dignité, lorsqu'il a prononcé cette sentence, au second livre contre Marcion, qui est en vé

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