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beaucoup d'heureux, et se croit souvent obligé de faire beaucoup de misérables. Je vois enfin que c'est le malheur et la condition essentielle des choses humaines, qu'il est toujours trop aisé de faire beaucoup de mal, et infiniment difficile de faire beaucoup de bien car comme nous sommes ici au milieu des maux, il est aisé, chrétiens, de leur donner un grand cours, et de leur faire une ouverture large et spacieuse; mais comme les biens n'abondent pas en ce lieu de pauvreté et de misère, il ne faut pas s'étonner que la source des bienfaits soit sitôt tarie. Aussi le monde, stérile en biens et pauvre en effets, est contraint de débiter beaucoup d'espérances, qui ne laissent pas néanmoins d'amuser les hommes. C'est en quoi nous devons reconnaître l'indigence inséparable de la créature, et apprendre à ne pas tout exiger des grands de la terre. Les rois même ne peuvent pas faire tout le bien qu'ils veulent : il suffit qu'ils n'ignorent pas qu'ils rendront compte à Dieu de ce qu'ils peuvent. Mais nous, qui voyons ordinairement parmi les hommes et la puissance et la volonté tellement bornées, chrétiens, mettons plus haut notre confiance. « En Dieu seul est la bonté véritable: » Nemo bonus, nisi unus Deus1. En lui seul abonde le bien; lui seul le peut et le veut répandre sans bornes, et s'il retient quelquefois le cours de sa munificence à l'égard de certains biens, c'est qu'il voit que nous ne pouvons pas en porter l'abondance entière. Regardons-le donc comme le seul bon. Ce qui fait que nous n'éprouvons pas sa bonté, c'est que nous ne la mettons pas à des épreuves dignes de lui nous n'estimons que les biens du monde; nous n'admirons que les grandeurs de la fortune; et nous ne voulons pas entendre que ce qu'il réserve à ses enfants

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est, sans aucune comparaison, plus riche et plus précieux que ce qu'il abandonne à ses ennemis.

Ainsi nous ne devons pas nous persuader que les sceptres mêmes, ni les couronnes soient les plus illustres présents du ciel car jetez les yeux sur tout l'univers et sur tous les siècles: voyez avec quelle facilité Dieu a prodigué de tels présents indifférement à ses ennemis et à ses amis : regardez les superbes monarchies des Orientaux infidèles : voyez que Jésus-Christ regarde du plus haut des cieux l'ennemi le plus déclaré du christianisme, assis en la place du grand Constantin, d'o il menace si impunément les restes de la chrétienté, qu'il a si cruellement ravagée. Que si Dieu fait si peu I d'état de ce que le monde admire le plus, apprenʊns donc, chrétiens, à ne lui demander rien de mortel: demandons-lui des choses qu'il soit digne de ses enfants de demander à un tel père, et digne d'un tel père de les donner à ses enfants. C'est insulter à la misère que de demander aux petits de grandes choses: c'est ravilir la majesté que de demander au Très-Grand de petites choses. C'est son trône, c'est sa grandeur, c'est sa propre félicité qu'il veut nous donner; et nous soupirons encore après des biens périssables! Non, mes frères, ne demandons à Dieu rien de médiocre, ne lui demandons rien moins que lui-même : nous éprouverons qu'il est bon autant qu'il est juste, et qu'il est infiniment l'un et l'autre.

Mais vous, sire, qui êtes sur la terre l'image vivante de cette Majesté suprême, imitez sa justice et sa bonté, afin que l'univers admire en votre personne sacrée un roi juste et un roi sauveur, à l'exemple de Jésus-Christ : un roi juste qui rétablisse les lois ; un roi sauveur qui soulage les misères. C'est ce que je souhaite à Votre Majesté, avec la grâce du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

PREMIER SERMON

POUR

LE JOUR DE LA PENTECOTE.

Combien depuis le péché nous sommes naturellement portés au mal, et combien la vertu nous est difficile. Impuissance de la loi pour nous soulager dans nos infirmités; comment n'est-elle propre qu'à augmenter le crime et qu'à nous don ner la mort. De quelle manière elle nous fait sentir, notre impuissance et le besoin que nous avons de la grâce. Chaste délectation, esprit vivifiant, caractère distinctif de la nouvelle alliance. Pourquoi la crainte ne peut-elle changer les cœurs? Amour que nous devons à Dieu; excès de notre ingratitude.

Littera occidit; Spiritus autem civificat.
La lettre tue; mais l'Esprit vivifie.

II. Cor., 111, 6.

A la vérité, le sang du Sauveur nous avait réconciliés à notre grand Dieu par une alliance perpétuelle ; mais il ne suffisait pas pour notre salut que cette alliance eût été conclue, si ensuite elle n'eût été publiée. C'est pourquoi Dieu a choisi ce jour, où les Israélites étaient assemblés par une solennelle convocation, pour y faire publier hautement le traité de la nouvelle alliance qu'il lui plaît contracter avec nous; et c'est ce que nous montrent ces langues de feu qui tombent d'en haut sur les saints apôtres car d'autant que la nouvelle alliance, selon les oracles des prophéties, devait être solennellement publiée par le ministère de la prédication; le Saint-Esprit descend en forme de langues, pour nous faire entendre par cette figure: qu'il donne de nouvelles langues aux saints apôtres; et qu'autant qu'il remplit de personnes, il établit autant de hérauts qui publieront les articles de l'alliance et les commandements de

POUR LE JOUR DE LA PENTECOTE.

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la loi nouvelle partout où il lui plaira de les envoyer. C'est donc aujourd'hui, chrétiens, que la loi nouvelle a été publiée : aujourd'hui la prédication du saint Évangile a commencé d'éclairer le monde : aujourd'hui l'Église chrétienne a pris sa naissance : aujourd'hui la loi mosaïque, donnée autrefois avec tant de pompe, est abolie par une loi plus auguste; les sacrifices des animaux étant rejetés, le Saint-Esprit envoyé du ciel se fait luimême des hosties raisonnables et des sacrifices vivants des cœurs des disciples.

Il est très-certain, bienheureuse Marie, que vous fûtes la principale de ces victimes; impétrez-nous l'abondance du Saint-Esprit qui vous a aujourd'hui embrasée. Sainte mère de Jésus-Christ, vous étiez déjà tout accoutumée à le sentir présent en votre âme; puisque déjà sa vertu vous avait couverte lorsque l'ange vous salua de la part de Dieu, vous disant : Ave, Maria.

Entrons d'abord en notre matière; elle est si haute et si importante, qu'elle ne me permet pas de perdre le temps à vous faire des avant-propos superflus. Je vous ai déjà dit, chrétiens, que la fête que nous célébrons en ce jour, c'est la publication de la loi nouvelle : et de là vient que la prédication, par laquelle cette loi se doit publier, est commencée aujourd'hui dans Jérusalem, selon cette prédiction d'Isaïe : « La loi sortira de Sion, << et la parole de Dieu de Jérusalem1. » Mais, bien qu'elle dût être commencée dans Jérusalem, elle ne devrait pas y être arrêtée de là elle devait se répandre dans toutes les nations et dans tous les peuples jusqu'aux trémités de la terre. Comme donc la loi nouvelle de notre Sauveur n'était pas faite pour un seul peuple, cer

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tainement il n'était pas convenable qu'elle fût publiée en un seul langage. C'est pourquoi le texte sacré nous enseigne que les apôtres prêchant aujourd'hui, bien que leur auditoire fût ramassé d'une infinité de nations diverses, chacun y entendait son propre idiome et la langue de son pays. Par où le Saint-Esprit nous enseigne que si, à la tour de Babel, l'orgueil avait autrefois divisé les langues1, l'humble doctrine de l'Évangile les allait aujourd'hui rassembler; qu'il n'y en aurait point de si rude ni de si barbare, dans laquelle la vérité de Dieu ne fût enseignée ; que l'Église de Jésus-Christ les parlerait toutes; et que si, dans le Vieux Testament, il n'y avait que la seule langue hébraïque qui fût l'interprète des secrets de Dieu, maintenant, par la grâce de l'Évangile, toutes les langues seraient consacrées, selon cet oracle de Daniel : « Toutes les langues serviront au Sei«< gneur2. » Par où vous voyez, chrétiens, la merveilleuse conduite de Dieu, qui ordonne, par un très-sage conseil, que la loi qui devait être commune à toutes les nations de la terre, soit publiée dès le premier jour en toutes les langues.

Imitons les saints apôtres, mes frères, et publions la loi de notre Sauveur avec une ferveur céleste et divine. Je vous dénonce donc, au nom de Jésus, que, par la descente du Saint-Esprit, vous n'êtes plus sous la loi mosaïque, et que Dieu vous a appelés à la loi de grâce : et afin que vous entendiez quelle est la loi dont on vous délivre, et quelle est la loi que l'on vous impose, je vous produis l'apôtre saint Paul, qui vous enseignera dette différence. «La lettre tue, dit-il, et l'Esprit vivifie. » La lettre, c'est la loi ancienne; et l'Esprit, comme vous le verrez, c'est la loi de grâce: et ainsi, en suivant l'a

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