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toutes parts. Tu arrêtes cette eau d'un côté, elle pénètre de l'autre; elle bouillonne même par-dessous la terre. Vous croyez être bien muni aux environs, le fondement manque par en bas, un coup de foudre [frappe] par en haut. Mais je jouirai de mon travail. Eh quoi! pour dix ans de vie! Mais je regarde ma postérité et mon nom. Mais peut-être que ta postérité n'en jouira pas. Mais peut-être aussi qu'elle en jouira. Et tant de sueurs, et tant de travaux, et tant de crimes, et tant d'injustices, sans pouvoir jamais arracher de la fortune, à laquelle tu te dévoues, qu'un misérable peut-être ! Regarde qu'il n'y a rien d'assuré pour toi, non pas même un tombeau pour graver dessus tes titres superbes, seuls restes de ta grandeur abattue. L'avarice ou la négligence de tes héritiers le refuseront peut-être à ta mémoire; tant on pensera peu à toi quelques années après ta mort! Ce qu'il y a d'assuré, c'est la peine de tes rapines, la vengeance éternelle de tes concussions et de ton ambition infinie. O les dignes restes de ta grandeur! ô les belles suites de ta fortune! o folie! ô illusion! ô étrange aveuglement des enfants des hommes!

Chrétiens, méditez ces choses; chrétiens, qui que vous soyez, qui croyez vous affermir sur la terre, servez-vous de cette pensée pour chercher le solide et la consistance. Oui, l'homme doit s'affermir; il ne doit pas borner ses desseins dans des limites si resserrées que celles de cette vie : qu'il pense hardiment à l'éternité. En effet, il tâche, autant qu'il peut, que le fruit de son travail n'ait point de fin; il ne peut pas toujours vivre, mais il souhaite que son ouvrage subsiste toujours: son ouvrage, c'est sa fortune, qu'il tâche, autant qu'il est possible, de faire voir aux siècles futurs telle qu'il l'a faite. Il y a dans l'esprit de l'homme un désir avide de l'éternité; si on le sait appliquer, c'est notre salut. Mais

voici l'erreur, c'est que l'homme l'attache à ce qu'il aime s'il aime les biens périssables, il y médite quelque chose d'éternel; c'est pourquoi il cherche de tous côtés des soutiens à cet édifice caduc, soutiens aussi caducs que l'édifice même qui lui paraît chancelant. O homme, désabuse-toi ! si tu aimes l'éternité, cherche-la donc en elle-même, et ne crois pas pouvoir appliquer sa consistance inébranlable à cette eau qui passe et à ce sable mouvant. O éternité, tu n'es qu'en Dieu, mais plutôt, ô éternité, tu es Dieu même; c'est là que je veux chercher mon appui, mon établissement, ma fortune, mon repos assuré en cette vie et en l'autre. Amen.

SERMON

POUR LE VENDREDI

DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME,

PRÊCHÉ DEVANT LE ROI,

SUR LA MORT.

Combien les hommes sont peu soigneux de conserver le souvenir de la mort. Comment elle nous convainc de notre bassesse, et nous fait connaître la dignité de notre nature.

Domine, veni, et vide.
Seigneur, venez, et voyez

Joann., XI, 34.

Me sera-t-il permis aujourd'hui d'ouvrir un tombeau devant la cour, et des yeux si délicats ne seront-ils point offensés par un objet si funèbre? Je ne pense pas, messieurs, que des chrétiens doivent refuser d'assister à ce spectacle avec Jésus-Christ. C'est à lui que l'on dit dans notre évangile : Seigneur, venez, et voyez où l'on a déposé le corps du Lazare; c'est lui qui ordonne qu'on lève la pierre, et qui semble nous dire à son tour: Venez, et voyez vous-mêmes. Jésus ne refuse pas de voir ce corps mort, comme un objet de pitié et un sujet de miracle; mais c'est nous, mortels misérables, [qui refusons] de voir ce triste spectacle, comme la conviction de nos erreurs. Allons et voyons avec Jésus-Christ, et désabusons-nous éternellement de tous les biens que la mort enlève.

C'est une étrange faiblesse de l'esprit humain que jamais la mort ne lui soit présente, quoiqu'elle se mette en vue de tous côtés, et en mille formes diverses. On n'entend dans les funérailles que des paroles d'étonne

ment, de ce que ce mortel est mort. Chacun rappelle en son souvenir depuis quel temps il lui a parlé, et de quoi le défunt l'a entretenu; et tout d'un coup il est mort: Voilà, dit-on, ce que c'est que l'homme! et celui qui le dit, c'est un homme; et cet homme ne s'applique rien, oublieux de sa destinée; ou s'il passe dans son esprit quelque désir volage de s'y préparer, il dissipe bientôt ces noires idées; et je puis dire, messieurs, que les mortels n'ont pas moins de soin d'ensevelir les pensées de la mort, que d'enterrer les morts mêmes. Mais peut-être que ces pensées feront plus d'effet dans nos cœurs, si nous les méditons avec Jésus-Christ sur le tombeau du Lazare; mais demandons-lui qu'il nous les imprime par la grâce de son Saint-Esprit, et tâchons de la mériter par l'entremise de la sainte Vierge. Ave.

Entre toutes les passions de l'esprit humain, l'une des plus violentes c'est le désir de savoir; et cette curiosité de connaître fait qu'il épuise ses forces pour trouver ou quelque secret inour dans l'ordre de la nature, ou quelque adresse inconnue dans les ouvrages de l'art, ou quelque raffinement inusité dans la conduite des affaires. Mais, parmi ces vastes désirs d'enrichir notre entendement par des connaissances nouvelles, la même chose nous arrive qu'à ceux qui, jetant bien loin leurs regards, ne remarquent pas les objets qui les environnent je veux dire que notre esprit s'étendant par de grands efforts sur des choses fort éloignées, et parcourant, pour ainsi dire, le ciel et la terre, passe cependant si légèrement sur ce qui se présente à lui de plus près, que nous consumons toute notre vie toujours ignorants de ce qui nous touche; et non-seulement de ce qui nous touche, mais encore de ce que nous

sommes.

Il n'est rien de plus nécessaire que de recueillir en nous-mêmes toutes ces pensées qui s'égarent; et c'est pour cela, chrétiens, que je vous invite aujourd'hui d'accompagner le Sauveur jusques au tombeau du Lazare: Veni, et vide, « Venez, et voyez. » O mortels, venez contempler le spectacle des choses mortelles ! ⚫ homme, venez apprendre ce que c'est que l'homme! Vous serez peut-être étonnés que je vous adresse à la mort pour être instruits de ce que vous êtes; et vous croirez que ce n'est pas bien représenter l'homme, que de le montrer où il n'est plus. Mais si vous prenez soin de vouloir entendre ce qui se présente à nous dans le tombeau, vous accorderez aisément qu'il n'est point de plus véritable interprète ni de plus fidèle miroir des choses humaines.

La nature d'un composé ne se remarque jamais plus distinctement que dans la dissolution de ses parties. Comme elles s'altèrent mutuellement par le mélange, il faut les séparer pour les bien connaître. En effet, la société de l'âme et du corps fait que le corps nous paraît quelque chose de plus qu'il n'est; et l'âme, quelque chose de moins: mais lorsque, venant à se séparer, le corps retourne à la terre, et que l'âme aussi est mise en état de retourner au ciel, d'où elle est tirée, nous voyons l'un et l'autre dans sa pureté. Ainsi nous n'avons qu'à considérer ce que la mort nous ravit, et ce qu'elle laisse en son entier; quelle partie de notre être tombe sous ses coups, et quelle autre se conserve dans cette ruine alors nous aurons compris ce que c'est que l'homme; de sorte que je ne crains point d'assurer que c'est du sein de la mort et de ses ombres épaisses, que sort une lumière immortelle pour éclairer nos esprits touchant l'éclat de notre nature. Accourez donc, ô mortels, et voyez dans le tombeau du Lazare ce que c'est

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