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quos nullos existimaverat, comme dit le texte sacré1; qui confond un Antiochus avec son armée par laquelle il croyait pouvoir dominer aux flots de la mer : qui sibi videbatur etiam fluctibus maris imperare. Et quand aurais-je fini, si j'entreprenais de vous raconter toutes les victoires de ce triomphateur en Israël et de ce monarque du monde?

Tremblons donc sous sa main suprême, et mettons en lui seul toute notre gloire. La gloire que les hommes donnent n'a ni fondement ni consistance. Qu'y a-t-il de plus variable, puisqu'elle s'attache aux événements et change avec la fortune? C'est pourquoi je souhaite à notre grand roi quelque chose de plus solide. Sire, je désire d'une ardeur immense de voir croître par tout l'univers cette haute réputation de vos armes et de vos conseils; et si ma voix se peut faire entendre parmi ces glorieuses acclamations, j'en augmenterai le bruit avec joie. Mais méditant en moi-même la vanité des choses humaines, qu'il est si digne de votre grande âme d'avoir toujours devant les yeux, je souhaite à Votre Majesté un éclat plus digne d'un roi chrétien que celui de la renommée, une immortalité plus assurée que celle que promet l'histoire à votre sage conduite; enfin une gloire mieux établie que celle que le monde admire : c'est celle de l'éternité avec le Père, le Fils, et le SaintEsprit. Amen.

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SERMON

PRÊCHÉ A LA COUR,

SUR L'AMBITION.

Deux choses nécessaires à la félicité. Déréglement de nos affections, et corrup& tion de nos jugements. Conduite que Dieu nous prescrit, afin que nous devenions grands. Quelle est la puissance que nous devons désirer. Comment les vices croissent avec la puissance. Réponse aux vains prétextes des ambitieux. Inconstance et malignité de la fortune. Étrange aveuglement des ambitieux leur juste et déplorable confusion; inutilité de leurs folles précautions.

Jesus ergo cum cognovisset quia venturi essent ut raperent eum et facerent eum regem, subiit iterum in montem ipse solus.

Jésus ayant connu que tout le peuple viendrait pour l'enlever et le faire roi, s'enfuit à la mon-tagne tout seul.

Joan., vi, 15.

Je reconnais Jésus-Christ à cette fuite généreuse, qui lui fait chercher dans le désert un asile contre les honneurs qu'on lui prépare. Celui qui venait se charger d'opprobres devait éviter les grandeurs humaines. Mon Sauveur ne connaît sur la terre aucune sorte d'exaltation que celle qui l'élève à sa croix; et comme il s'est avancé quand on eut résolu son supplice, il était de son esprit de prendre la fuite pendant qu'on lui destinait un trône.

Cette fuite soudaine et précipitée de Jésus-Christ dans une montagne déserte, où il veut si peu être découvert, que l'évangéliste remarque qu'il ne souffre personne en sa compagnie, ipse solus, nous fait voir qu'il se sentTM pressé de quelque danger extraordinaire; et comme il est tout-puissant et ne peut rien craindre pour lui-même,

nous devons conclure très-certainement, messieurs, que c'est pour nous qu'il appréhende.

En effet, chrétiens, lorsqu'il frémit, dit saint Augustin1, c'est qu'il est indigné contre nos péchés; lorsqu'il est troublé, dit le même Père, c'est qu'il est ému de nos maux : ainsi lorsqu'il craint et qu'il prend la fuite, c'est qu'il appréhende pour nos périls. Jésus-Christ voit dans sa prescience en combien de périls extrêmes nous engage l'amour des grandeurs; c'est pourquoi il fuit devant elles, pour nous obliger à les craindre; et nous montrant par cette fuite les terribles tentations qui menacent les grandes fortunes, il nous apprend tout ensemble que le devoir essentiel du chrétien est de réprimer son ambition. Ce n'est pas une entreprise médiocre de prêcher cette vérité à la cour; et nous devons plus que jamais demander la grâce du Saint-Esprit par l'intercession de Marie. Ave.

C'est vouloir en quelque sorte déserter la cour, que de combattre l'ambition, qui est l'âme de ceux qui la suivent; et il pourrait même sembler que c'est ravaler quelque chose de la majesté des princes, que de décrier les présents de la fortune, dont ils sont les dispensateurs. Mais les souverains pieux veulent bien que toute leur gloire s'efface en présence de celle de Dieu; et, bien loin de s'offenser que l'on diminue leur puissance dans cette vue, ils savent qu'on ne les honore jamais plus intimement que quand on les rabaisse de la sorte. Ne craignons donc pas, chrétiens, de publier hautement dans une cour si auguste, qu'elle ne peut rien faire pour des chrétiens qui soit digne de leur estime. Détrompons, s'il se peut, les hommes de cette attache profonde à se

In Joann. tract. XLIX, n° 19.

qui s'appelle fortune; et pour cela faisons deux choses. Faisons parler l'Évangile contre la fortune; faisons parler la fortune contre elle-même : que l'Évangile nous découvre ses illusions, qu'elle-même nous fasse voir ses légèretés; que l'Évangile nous apprenne combien elle est trompeuse dans ses faveurs, elle-même nous convaincra combien elle est accablante dans ses revers: ou plutôt voyons l'un et l'autre dans l'histoire du Fils de Dieu. Pendant que tous les peuples courent à lui, et que leurs acclamations ne lui promettent rien moins qu'un trône, cependant il méprise tellement toute cette vaine grandeur, qu'il déshonore et flétrit son propre triomphe par son triste et misérable équipage. Mais ayant foulé aux pieds la grandeur dans son éclat, la fortune dans ses faveurs, il veut être lui-même l'exemple de l'inconstance des choses humaines; et dans l'espace de trois jours on a vu la haine publique attacher à une croix celui que la faveur publique avait jugé digne du trône. Par où nous devons apprendre que la fortune n'est rien, et que non-seulement quand elle ôte, mais même quand elle donne, non-seulement quand elle change, mais même quand elle demeure, elle est toujours méprisable: c'est tout le sujet de ce discours.

PREMIER POINT.

J'ai donc à faire voir dans ce premier point que la fortune nous joue lors même qu'elle nous est libérale. Je pourrais mettre ses tromperies dans un grand jour, en prouvant, comme il est aisé, qu'elle ne tient jamais ce qu'elle promet; mais c'est quelque chose de plus fort de montrer qu'elle ne donne pas, quand même elle fait semblant de donner. Son présent le plus cher, le plus précieux, celui qui se prodigue le moins, c'est celui qu'elle nomme puissance, c'est celui-là qui enchante

les ambitieux, c'est celui-là dont ils sont le plus jaloux, si petite que soit la part qu'elle leur en fait. Voyons donc si elle le donne véritablement, ou si ce n'est point peut-être un grand nom par lequel elle éblouit nos yeux malades.

Pour cela il faut rechercher quelle puissance nous pouvons avoir, et de quelle puissance nous avons besoin durant cette vie. Mais comine l'esprit de l'homme s'est fort égaré dans cet examen, tâchons de le ramener à la droite voie par une excellente doctrine de saint Augustin, au livre treizième de la Trinité : là ce grand homme pose pour principe une vérité importante que la félicité demande deux choses, pouvoir ce qu'on veut, vouloir ce qu'il faut : Posse quod velit, velle quod oportet1. Le dernier est aussi nécessaire [que le premier]. Que le concours de ces deux choses soit absolument nécessaire pour nous rendre heureux, il paraît évidemment par cette raison: car comme si vous ne pouvez pas ce que vous voulez, votre volonté n'est pas satisfaite; de même si vous ne voulez pas ce qu'il faut, votre volonté n'est pas réglée, et l'un et l'autre l'empêche d'être bienheureuse, parce que si la volonté qui n'est pas contente est pauvre, aussi la volonté qui n'est pas réglée est malade; ce qui exclut nécessairement la félicité, qui n'est pas moins la santé parfaite de la nature que l'affluence universelle du bien. Donc il est également nécessaire de désirer ce qu'il faut, que de pouvoir exécuter ce qu'on veut.

Ajoutons, si vous le voulez, qu'il est encore sans difficulté plus essentiel de désirer ce qu'il faut que de pouvoir ce que l'on désire; car l'un vous trouble dans l'exécution, l'autre porte le mal jusques au principe.

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