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O sainte chasteté ! fleur de la vertu, ornement immortel des corps mortels, marque assurée d'une âme bien faite, protectrice de la sainteté et de la foi mutuelle dans les mariages, fidèle dépositaire de la pureté du sang des races, et qui seul en sais conserver la trace ! quoique tu sois si nécessaire au genre humain, ou te trouve-t-on sur la terre? O grand opprobre de nos moeurs! l'un des sexes a honte de te conserver; et celui auquel il pourroit sembler que tu es échue en partage, ne se pique guère moins de te perdre dans les autres, que de te conseryer en soi-même. Confessez-vous à Dieu devant ces autels, vaines et superbes beautés, dont la chasteté n'est qu'orgueil ou affectation et grimace : quel est votre sentiment, lorsque vous vous étalez avec tant de pompe pour attirer les regards ? dites-moi seulement ce mot ? Quels regards désirez-vous attirer ? sont-ce des regards indifférents ? Ah! quel miracle, que saint Sulpice, jeune et agréable, n'ait jamais été pris dans ces piéges : sachant qu'il ne devoit l'amour qu'à son Dieu, jamais il n'a souillé dans son cøur la source de l'amour. Ange visible, tandis que son coeur brûloit du feu céleste de la charité, son corps, embrasé de cette divine flamme, se consumoit tout entier au service de son Dieu, dans les exercices de la piété chrétienne et les austérités de la pénitence. Ses autres vertus n'étoient pas de ces vertus du monde et de commerce, ajustées non point à la règle, elle seroit trop austère, mais à l'opinion et à l'humeur des hommes : ce sont là les vertus des sages mondains, ou plutôt c'est le masque spécieux sous lequel ils cachent leurs vices.

Que la vertu de Sulpice avoit des caractères bien différents ! Parce qu'elle étoit chrétienne et véritable, elle étoit sévère et constante, mement attachée aux règles, incapable de s'en détourner pour quelque prétexte que ce pût être. Sa bonne foi dans les affaires ne reçut jamais la moindre atteinte; sa probité, supérieure à toutes les vues d'intérêt, demeura toujours inaltérable; sa justice ne connut aucune de ces pré. férences, que suggèrent la cupidité ou le respect humain; sa candeur ne permettoit pas même de suspecter sa sincérité; et son innocence, qui s'affermissoit de plus en plus, par tous les moyens qui auroient pu l'affoiblir, embellissoit toutes ses autres vertus. Le plus beau et le plus grand encore, c'est qu'au milieu de tant de faveurs et de considérations que lui procuroit son mérite, il savoit toujours conserver une admirable modération. Mais peut-être ne durera-t-elle que jusqu'à ce qu'elle ait gagné le dessus : car le génie de l'ambition, c'est d’être tremblante et souple lorsqu'elle a des prétentions; et quand elle est parvenue à ses fins, la faveur la rend audacieuse et insupportable : « Pavida cum * quærit, audax cum pervenit.. Un habile courtisan disoit autrefois, qu'il ne pouvoit souffrir à la cour l'insolence et les outrages des favoris, et encore moins, disoit-il, leurs civilités superbes et dédaigneuses, leurs grâces trop engageantes, leur amitié tyrannique, qui demande, d'un homme libre, une dépendance servile : « Contumelio

fer

sam humanitatem?. »

1. S. Greg. M. Past., part. 1, cap. IX, tom. II, col. 9.-2. Senec., Epist. Tv

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Sulpice, toujours modéré, sut se tenir dans les bornes que l'humilité chrétienne lui prescrivoit. Pour se détromper du monde, il alloit se rassasier de la vue des opprobres de Jésus-Christ dans les hôpitaux et dans les prisons. Il voyoit une image de la grandeur de Dieu dans le prince, et il trouvoit une image de la bassesse de Jésus-Christ et de ses humiliations, dans les pauvres. Le favori de Clotaire, aux pieds d'un pauvre ulcéré, adorant Jésus-Christ sous des haillons, et expiant la contagion des grandeurs du monde; quel beau spectacle ! Mais il évitoit, le plus qu'il étoit possible, les regards des hommes, et ne cherchoit qu'à leur cacher ses bonnes cuvres; bien éloigné d'imiter ces vertus trompeuses, qui se rendent elles-mêmes captives des yeux qu'elles veulent captiver. C'est ainsi que Sulpice a su se conserver pur et sans tache, au milieu de toutes les faveurs les plus capables d'amollir un caur tendre, et de lui inspirer l'amour du monde. Il a vaincu le monde dans sa partie la plus séduisante et la plus redoutable : voyons comment, après en avoir triomphé lui-même, il va travailler à détruire son empire dans les autres.

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La grâce du baptême porte une efficace, pour nous détacher du monde; la grâce de l'ordination porte une efficace diyine, pour imprimer ce détachement dans tous les cours.

Le royaume de Jésus-Christ n'est pas de ce monde. Il y a guerre déclarée entre Jésus-Christ et le monde, une inimitié immortelle : le monde le veut détruire, et il veut détruire le monde. Ceux qu'il établit ses ministres doivent donc entrer dans ses intérêts; s'il y a en eux quelque puissance, c'est pour détruire la puissance, qui lui est contraire. Ainsi, toute la puissance ecclésiastique est destinée à abattre les hauteurs du monde : « Ad deprimendam altitudinem sæculi « hujus. »

On reçoit le Saint-Esprit dans le baptême, dans une certaine mesure; mais on en reçoit la plénitude dans l'ordination sacrée; et c'est ce que signifie l'imposition des mains de l'évêque : car, comme dit un ancien écrivain', ce que fait le pontife mu de Dieu, animé de Dieu, c'est l'image de ce que Dieu fait d'une manière plus forte et plus pénétrante. L'évêque ouvre les mains sur nos têtes; Dieu verse, à pleines mains, dans les âmes la plénitude de son Saint-Esprit. C'est ce qui fait dire à un saint pape : « La plénitude de l'Esprit-Saint opère dans l'ordination sacrée : » « Plenitudo Spiritus in sacris ordinationibus « operatur. » Le Saint-Esprit, dans le baptême, nous dépouille de l'esprit du monde : « Non enim spiritum hujus mundi accepimus. » La plénitude du Saint-Esprit doit faire dans l'ordination chose de beaucoup plus fort : elle doit se répandre bien loin au dehors, pour détruire, dans tous les caurs, l'esprit et l'amour du monde. Animons

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1. Dionys., de Eccles: Hierar., cap. v, pag. 127 et seg.
2. Innocent. I, ad Alex., Eo. xxiv, p. 853; Epist. Rom, Pont.

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nous, mes Frères ; c'est assez pour nous d'être chrétiens, trop d'honneur de porter ce beau caractère : a Propter nos nihil sufficientius a est. » Si donc nous sommes ecclésiastiques, c'est sans doute pour le bien des autres.

Que n'a pas entrepris le grand saint Sulpice, pour détruire le règne du monde ? Mais c'est peu de dire qu'il a entrepris : ses soins paternels opéroient sans cesse de nouvelles conversions. Il y avoit dans ses

у paroles et dans sa conduite une certaine vertu occulte, mais toutepuissante, qui inspiroit le dégoût du monde. Nous lisons dans l'histoire de sa vie, que, durant son épiscopat, tous les déserts à l'entour de Bourges étoient peuplés de saints solitaires. Il consacroit tous les jours à Dieu des vierges sacrées; il apprenoit aux familles à user de ce monde, comme n'en usant pas; et partout il répandoit un esprit des détachement, qui portoit les cours à ne soupirer qu'après les bien célestes.

D'où lui venoit ce bonheur, cette bénédiction, cette grace, d'inspirer si puissamment le mépris du monde ? Qu'y avoit-il dans sa vie et dans sa personne, qui fût capable d'opérer de si merveilleux changements ? C'est ce qu'il faut tâcher d'expliquer en faveur de tant de saints ecclésiastiques, qui remplissent ce séminaire et cette audience. Deux choses produisoient un si grand effet; la simplicité ecclésiastique, qui condamnoit souverainement la somptuosité, les délices, les

superfluités du monde; un gémissement paternel sur les âmes, qui étoient captives de ses vanités.

La simplicité ecclésiastique, c'est un dépouillement intérieur, qui, par une sainte circoncision, opère au dehors un retranchement effectif de toutes superfluités. En quoi le monde paroit-il grand ? Dans ses superfluités : de grands palais, de riches habits, une longue suite de domestiques. L'homme si petit par lui-même, si resserré en lui-même, s'imagine qu'il s'agrandit, et qu'il se dilate, en amassant autour de soi des choses qui lui sont étrangères. Le vulgaire est étonné de cette pompe, et ne manque pas de s'écrier : Voilà les grands, voilà les heureux. C'est ainsi que la puissance du monde tâche de faire voir que ses biens sont grands. Une autre puissance est établie, pour faire voir qu'il n'est rien; c'est la puissance ecclésiastique.

Toutes nos actions, jusqu'aux moindres gestes du corps, jusqu'au moindre et plus délicat mouvement des yeux, doivent ressentir le mépris du monde. Si la vanité change tout, le visage, le regard, le son de la voix; car tout devient instrument de la vanité : ainsi la simplicité doit tout régler; mais qu'elle ne soit jamais affectée, parce qu'elle ne seroit plus simplicité. Entreprenons, messieurs, de faire voir à tous les hommes, que le monde n'a rien de solide ni de désirable; et pour cela [imitons) la frugalité, la modestie et la simplicité du grand saint Sulpice. « Ayant donc de quoi nous nourrir et de « quoi nous couvrir, nous devons être contents : » « Habentes alimenta a et quibus tegamur, his contenti simus'. » Que nous servent ces

1. 1 Timot., VI, 8.

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cheveux coupés, si nous nourrissons au dedans tant de désirs superflus, pour ne pas dire pernicieux ? Saint Sulpice nous a appris, par son exemple; à faire sur nous-mêmes de continuels efforts, pour les retrancher jusqu'à la racine.

Sa vie, tout ecclésiastique, annonçoit un pasteur entièrement mort aux choses du siècle, uniquement dévoué aux intérêts de JésusChrist et au salut des âmes. Loin de profiter des moyens que lui fournissoit sa place, pour se procurer plus d'aisances, de commodités et d'éclat extérieur, il jugea, au contraire, que sa charge lui imposoit une nouvelle obligation de faire chaque jour, dans sa vie, de plus grands retranchements. Déjà, n'étant qu'abbé de la chapelle du roi Clotaire second, il n'avoit voulu retenir, pour sa subsistance et celle des clercs qu'il gouvernoit, que le tiers des appointements que le roi lui donnoit, et il distribuoit le reste aux pauvres. Mais lorsqu'il fut élevé sur le siége de Bourges, il crut encore devoir augmenter sa pénitence, redoubler ses austérités, et pratiquer un détachement plus universel. Rien de plus frugal que sa table; on n'y donnoit rien à la sensualité et au plaisir : rien de plus modeste que ses habits ou ses meubles; tout y ressentoit la pauvreté de Jésus-Christ : rien enfin de plus simple que toute sa conduite, de plus affable que sa personne. Sa bonté, pleine de tendresse, le fit regarder comme le père de son peuple; et sa douceur, toujours égale, lui mérita ie surnom de Débonnaire. Qu'il étoit éloigné de vouloir en imposer à ses peuples par la magnificence de ses équipages et la pompe de son cortége! Ministre de la loi de charité, il vouloit inspirer l'amour, et non la terreur; et pour y réussir, il lui suffisoit de se montrer avec l'appareil de ses vertus. Aussi les pauvres formoient-ils tout son train; et, à l'exemple d'un grand évêque, il mettoit toute sa sûreté dans le secours de leurs prières : » « Habeo defensionem, sed in orationibus pauperum. o « Ces aveugles, pouvoit-il dire avec saint Ambroise, ces boîteux, ces infirmes, ces vieillards, qui me suivent et m'accompagnent, sont plus capables de me défendre, que les soldats les plus braves et les plus aguerris : » « Cæci illi et claudi, debiles et senes, robustis a bellatoribus fortiores sunt'. >>

C'est ainsi, Chrétiens, que Sulpice travailloit à retracer dans toute sa vie les mœurs apostoliques, et à fournir, à tous les siècles suivants, un modèle accompli de toutes les vertus qui doivent orner un ministre de Jésus-Christ. Oh! que la frugalité de ce digne pasteur condamnera d'ecclésiastiques, qui prétendent se distinguer par ces profusions splendides, ces délicatesses recherchées de leur table, dont la religion rougit pour eux ! Comment le faste de leur ameublement somptueux pourra-t-il soutenir le parallèle de la modestie évangélique de ce saint évêque ? L'aimable simplicité de ses manières ne suffit-elle pas pour confondre à jamais ces superbes hauteurs, que des vicaires de l'humilité et de la servitude de Jésus-Christ affectent à l'égard des peuples qui leur sont confiés; le dirai-je, à l'égard même de leurs coopéra

1. S Amb., Serm. cont. Aux., n. 33, tom. II, col. 873.

teurs ? Ont-ils donc oublié avec quelle force le souverain Pasteur leur interdit l'esprit de domination, et combien il leur recommande la douceur et la condescendance, dont il leur a donné de si grands exemples ?

Mais que prétendent les ecclésiastiques, qui, loin d'imiter le zèle de saint Sulpice, pour ruiner l'esprit du monde, semblent au contraire, par une vie toule profane, n'être appliqués qu’à le faire vivre, l'étendre et l'affermir ? Croient-ils que, par des meurs si opposées à celles de nos pères, ils se rendront plus recommandables dans le monde, qu'ils cultivent avec tant de soin ? Mais ce monde même, dont ils veulent se montrer amis, et obtenir la considération, les méprise souverainement, parce qu'il sait quelle doit être la vie d'un ministre des autels; et, aveugles qu'ils sont, ils ne voient pas qu'il ne fait effort, pour les entraîner dans ses meurs dépravées, qu’afin de les avilir et les dégrader, et de faire rejaillir ensuite, sur la religion qu'ils doivent maintenir, l'opprobre dont il les aura couverts. S'ils veulent donc vraiment se distinguer, qu'ils pensent sérieusement à se séparer de la multitude, par la sainteté d'une vie qui les élève autant au-dessus du commun des hommes, qu'ils leur sont supérieurs par l'éminence de leur caractère. « Car la dignité sacerdotale exige, de ceux qui en sont revêtus, une gravité de meurs peu commune, une vie sérieuse et appliquée, une vertu toute singulière : » « Sobriam à turbis a gravitatem, seriam vitadı, singulare pondus, dignitas sibi vindicat « sacerdotalis. » Sont-ils jaloux de soutenir en eux l'autorité du sacerdoce ? qu'ils pensent à l'assurer par le mérite de leur foi et la sainteté de leur vie : « Dignitatis suæ auctoritatem fidei et vitæ meritis « quærant . » Mais que jamais ils ne se fassent assez d'illusion, pour croire se rendre vénérables par une pompe extérieure, qui ne peut qu'éblouir les yeux des ignorants, et qui leur attire une amère critique de la part de ceux qui réfléchissent. « Le vrai ecclésiastique s'étudie à prouver sa profession par son habit sa démarche et toute sa conduite : il n'a garde de chercher à se donner un faux éclat par des ornements empruntés : D « Clericus professionem suam, et in « habitu, et in incessu probet, et nec vestibus, nec calceamentis « decorem quærat 3. »

Voilà les leçons que les Pères et les conciles ont données aux ecclésiastiques, ou plutôt ils n'ont fait que renouveler celles que Jésus-Christ lui-même leur avoit laissées dans ses exemples. Qu'il nous exprime admirablement la simplicité de sa vie, lorsqu'il nous dit : « Les renards ont des tannières, et les oiseaux du ciel ont des pids et des retraites; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête ! » « Vulpes foveas habent, et volucres coeli nidos : Filius autem « hominis non habet ubi caput reclinet. » Son dessein, en nous tenant ce discours, n'est pas d'exciter en nous des sentiments de

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1. S. Amb, ad Iren., Epist., XXXVIII, n. 2, t. II, col. 902.
2. Conc. Carthay., iv, c. XV; Lab., Conc., tom. II, col. 1201.
3. Ibid., C. XLV, col. 1204. 4. Matth., VIII. 20.

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