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pire pontifical, a toujours eu sous lui pour l'adorer, et maintenir sa puissance (1). Voilà une convenance merveilleuse : mais, je vous prie, qu'ont contribué à établir l'Empire papal des rois ariens, tels qu'étoient les Visigoths et les Ostrogoths, les Bourguignons et les Vandales; ou des rois païens, tels qu'étoient alors les Français et les Saxons? Est-ce là ces dix rois vassaux de la papauté, qui ne sont au monde que pour l'adorer? Mais quand est-ce que les Vandales et les Ostrogoths ont adoré les papes? Est-ce sous Théodoric et ses successeurs, lorsque les papes vivoient sous leur tyrannie? ou sous Genséric, lorsqu'il pilla Rome avec les Vandales, et en emporta les dépouilles en Afrique? Et puisqu'on amène ici jusqu'aux Lombards, seroient-ils aussi parmi ceux qui agrandissent l'Eglise romaine, eux qui n'ont rien oublié pour l'opprimer durant tout le temps qu'ils ont subsisté, c'est-à-dire durant deux cents ans? Car qu'ont été durant tout ce temps les Alboïns, les Astulphes, et les Didiers, que des ennemis de Rome et de l'Eglise romaine? Et les Empereurs d'Orient, qui étoient en effet Empereurs romains, quoiqu'on les mette ici les derniers sous le nom de Grecs, les faut-il encore compter parmi les vassaux et les sujets du Pape, eux que saint Léon et ses successeurs, jusqu'au temps de Charlemagne, ont reconnu pour leurs souverains? Mais, dira-t-on, ces rois païens et hérétiques ont embrassé la vraie foi. Il est vrai, ils l'ont embrassée long-temps après ce démembre(1) Acc. I. part. c. xv. p. 266.

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ment en dix royaumes. Les Français ont eu quatre rois païens les Saxons ne se sont convertis que sous saint Grégoire, cent cinquante ans après le démembrement : les Goths, qui régnoient en Espagne, se sont convertis de l'arianisme dans le même temps que fait cela à ces rois, qui, selon la prétention de nos interprètes, devoient commencer à régner en même temps que la bête, et lui donner leur puissance? D'ailleurs ne sait-on point d'autre époque pour faire entrer ces rois dans l'Empire antichrétien que celle où ils se sont faits ou chrétiens ou catholiques? Quelle heureuse destinée de cet Empire prétendu antichrétien, qu'il se compose des peuples convertis à Jésus-Christ! Mais qu'est-ce, après tout, que ces rois si heureusement convertis ont contribué à l'établissement de la puissance du Pape? Si en entrant dans l'Eglise ils en ont reconnu le premier siége qui étoit celui de Rome, ni ils ne lui ont donné cette primauté qu'il avoit très-constamment quand ils se sont convertis, ni ils n'ont reconnu dans le Pape que ce qu'y avoient reconnu les chrétiens avant eux, c'est-à-dire, le successeur de saint Pierre. Les papes, de leur côté, n'ont exercé leur autorité sur ces peuples qu'en leur enseignant la vraie foi, et en maintenant le bon ordre et la discipline : et personne ne montrera que durant ce temps, ni quatre cents ans après, ils se soient mêlés d'autre chose, ni qu'ils aient rien entrepris sur le temporel : voilà ce que c'est que ces dix rois avec lesquels devoit commencer l'Empire papal.

XXXV.

ponse.

Mais c'est, dit-on, qu'il en est venu dix autres à Vaine ré- la place, et les voici avec leurs royaumes: 1. l'Allemagne, 2. la Hongrie, 3. la Pologne, 4. la Suède, 5. la France, 6. l'Angleterre, 7. l'Espagne, 8. le Portugal, 9. l'Italie, 10. l'Ecosse (1). Expliquera qui pourra pourquoi l'Ecosse paroît ici plutôt que la Bohême, pourquoi la Suède plutôt que le Danemarck ou la Norwège; pourquoi enfin le Portugal, comme séparé de l'EsNapagne, plutôt que Castille, Arragon, Léon, varre et les autres royaumes. Mais pourquoi perdre le temps à examiner ces fantaisies? Qu'on me réponde du moins: si c'étoit là ces dix royaumes qui devoient se former du débris de l'Empire romain à même temps que l'Antechrist devoit paroître, et qui lui devoient donner leur autorité et leur puissance; que fait ici la Pologne, et les autres royaumes du Nord que Rome ne connoissoit pas, et qui sans doute n'ont pas été formés de ses ruines, lorsque l'Antechrist saint Léon est venu au monde? Se moque-t-on d'écrire sérieusement de semblables rêveries? C'est en vérité, pour des gens qui ne parlent que de l'Ecriture, se jouer trop témérairement de ses oracles; et si l'on n'a rien de plus précis pour expliquer les prophéties, il vaudroit mieux en adorer l'obscurité sainte, et respecter l'avenir que Dieu a mis en sa puissance. Il ne faut pas s'étonner si ces interprètes hardis Contrarié se détruisent à la fin les uns les autres. Joseph Mède, sur le verset où saint Jean, raconte que dans un grand tremblement de terre la dixième

XXXVI.

tés des nou

veaux interprètes.

Prej. I. part. ch. vi. p. 105.

partie de la ville tomba (1), croyoit avoir trèsbien rencontré en interprétant cette dixième partie de la nouvelle Rome antichrétienne, qui est dix fois plus petite que l'ancienne Rome. Pour parvenir à la preuve de son interprétation, il compare sérieusement l'aire de l'ancienne Rome avec celle de la nouvelle, et par une belle figure il démontre que la première est dix fois plus grande que l'autre : mais M. Jurieu son disciple lui ôte une interprétation si mathématique. Il s'est trompé avec tous les autres, dit fièrement le nouveau prophète (2), quand par la cité dont parle saint Jean il a entendu la seule ville de Rome. Il faut tenir pour certain, poursuit-il d'un ton de maître (3), que la grande cité c'est Rome avec son Empire. Et la dixième partie de cette cité, que sera - ce? Il l'a trouvé : La France, dit-il (4), est cette dixième partie. Mais quoi ! la France tombera-t-elle? et ce prophète augure-t-il si mal de sa patrie? Non, non : elle pourra bien être abaissée; qu'elle y prenne garde; le prophète l'en menace mais elle ne périra pas. Ce que le Saint-Esprit veut dire ici, en disant qu'elle tombera, c'est qu'elle tombera pour le papisme (5) : au reste, elle sera plus éclatante que jamais, parce qu'elle embrassera la Réforme; et cela bientôt et nos rois (chose que j'ai peine à répéter) vont être réformés à la calvinienne. Quelle patience n'échapperoit à ces interprétations?

(1) Apoc. xi, 13. Med. comm. in Apoc. part. II. P. 489. (2) Acc. II. part. ch. 11, p. 194. — (3) Ibid. p. 200, 203. (4) Ib. P. 201. - (5) Ibid.

XXXVII.

trouve l'An

se, et le Français y trouve la France.

Mais enfin il a mieux dit qu'il ne pense, d'appeler cela une chute: la chute seroit trop horrible, de tomber dans une Réforme où l'esprit d'illusion domine si fort.

Si l'interprète français trouve la France dans L'Anglais l'Apocalypse, l'Anglais y trouve l'Angleterre : gleterre dans la fiole versée sur les fleuves et sur les fontaines l'Apocalyp- sont les émissaires du Pape, et les Espagnols vaincus sous le règne d'Elisabeth de glorieuse mémoire (1). Mais le bon Mède rêvoit son disciple mieux instruit nous apprend que la seconde et la troisième fiole c'est les croisades, où Dieu a rendu du sang aux Catholiques pour le sang des Vaudois et des Albigeois, qu'ils avoient répandu (2). Ces Vaudois et ces Albigeois, et Jean Viclef et Jean Hus, et tous les autres de cette sorte, jusqu'aux cruels Taborites, reviennent partout dans les nouvelles interprétations, comme de fidèles témoins de la vérité persécutée par la bête mais on les connoît à présent, et il n'en faudroit pas davantage pour reconnoître la fausseté de ces prétendues prophéties.

XXXVIII.

Le Roi de

diction dé

Joseph Mède s'étoit surpassé lui-même dans Suède pré- l'explication de la quatrième fiole. Il la voyoit dit, et la pré- répandue sur le soleil, sur la principale partie du ciel de la béte (3), c'est-à-dire de l'Empire papal: c'est que le Pape alloit perdre l'empire d'Allemagne, qui est son soleil: cela étoit clair. Pendant que Mède, si on l'en veut croire, im

mentie à l'instant.

(1) Med. comm. Apoe. p. 528, ad Phial. 3. Ap. xvI. — (2) Acc. des Proph. II. part. ch. xv. p. 72. Préj, légit. I. part. ch. v, p. 98, 99. — (3) Comm. Ap. p. 528. Apoc. xvi. 8.

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