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un nouveau combat, car entre nous il existe une vieille querelle insoluble, inconciliable. Ne disentils pas, en effet, que toute religion, à moins qu'ils n'exceptent la superstition dont nous avons parlé plus haut, est inadmissible et pernicieuse, et doit être extirpée du sol jusqu'à la racine? Ne s'en tiennent-ils pas à cette condamnation absolue? Nous, au contraire, nous disons: La véritable religion béatifie, la véritable religion seule donne aux hommes ici-bas et dans toute l'éternité l'existence, la valeur et la dignité; il faut travailler de toutes ses forces pour qu'elle devienne, s'il est possible, le partage de tous les hommes. Ce principe est pour nous d'une évidence absolue, et nous nous y tenons.

Ils aiment mieux dire : ceci est du mysticisme, que de dire, comme ils le devraient ceci est de la religion, pour plusieurs raisons dont nous ne parlerons pas, mais surtout pour les raisons suivantes. Par cette dénomination, ils espèrent insensiblement faire craindre que cette doctrine n'amène avec elle l'intolérance, la persécution, l'insubordination et les troubles civils, en un mot, que ce soit une doctrine dangereuse pour l'Etat. Mais ils veulent surtout intimider ceux qui seraient disposés à entrer dans des considérations pareilles à celles que nous développons, en leur

inspirant des craintes sur la durée de leur bon sens, et en leur donnant à entendre que, par cette voie, ils pourraient bien arriver à voir des revenants en plein jour, ce qui serait le plus grand de tous les malheurs. Par rapport au premier point de l'accusation, au danger de l'État, ils se méprennent sur ce qui peut, en réalité, inspirer des craintes, et sans doute ils comptent que personne ne se trouvera pour signaler leur méprise. Car la vraie religion, qu'ils appellent le mysticisme, ni même jamais ce que nous appelons le mysticisme n'a persécuté, n'a été intolérant, n'a excité de troubles dans l'Etat. Toute l'histoire de l'Eglise, des hérésies et des persécutions, prouve que les persécutés étaient toujours placés à un point de vue plus élevé que les persécuteurs qui, comme nous l'avons expliqué plus haut, combattent pour leur vie '. Non, c'est le fanatisme et la méchanceté essentiels à nos adversaires, qui, seuls, sont intolérants, persécuteurs et perturbateurs du repos public, et, si l'on pouvait faire un pareil vou, je désirerais qu'ils fussent aujourd'hui déchaînés pour qu'on pût les voir à l'œuvre et les juger.

Quant à la conservation du bon sens, elle dé

1 Voir page 86.

pend d'abord de l'organisation du corps, et le dernier degré de la platitude et de la trivialité de l'esprit ne peut mettre à l'abri de son influence. Il serait donc inutile de se jeter dans leurs bras pour échapper à ce danger. Par l'expérience de toute ma vie, et par tout ce que j'ai appris, je suis convaincu que ceux qui vivent dans les spéculations dont il est ici question, et en font leur tâche continuelle, ne tombent jamais dans de pareils écarts d'imagination, ne voient jamais de spectres, et sont aussi sains de corps et d'âme que qui que ce soit. Il est vrai que, dans leur vie, souvent ils ne font pas ce que la plupart des autres auraient fait à leur place, et souvent, au contraire, ils font ce que d'autres n'auraient pas fait. Mais cela ne vient pas du manque de sagacité nécessaire pour voir qu'ils auraient pu agir ainsi, et pour voir quelles auraient été les conséquences de leur action, comme le croit celui qui, à leur place, aurait ainsi agi s'il avait vu cette possibilité et ces conséquences. Ils se sont déterminés d'après d'autres raisons. Je sais qu'il y a des natures intellectuelles maladives, qui, aussitôt qu'elles sortent de leurs comptes de ménage ou de toute autre réalité vulgaire qui les absorbe, tombent dans la folie; eh bien! qu'elles restent à leurs comptes de ménage. Je désire seulement qu'on ne prenne pas sur ces natures, qui ne sont, je l'es

père, qu'en petit nombre, et d'une espèce inférieure, la règle générale; je désire que, parce qu'il y a quelques hommes faibles et malades, on ne traite pas le genre humain tout entier comme faible et malade. On s'est occupé des sourdsmuets et des aveugles-nés, on a inventé une méthode pour leur donner l'instruction; cela mérite toute la reconnaissance des sourds-muets et des aveugles-nés. Mais si de cette méthode particulière on voulait faire une méthode générale, même pour ceux qui sont nés bien constitués, sous prétexte qu'au milieu d'eux il pourrait y avoir quelques aveugles et quelques sourds-muets, si quelqu'un voulait apprendre à parler et à lire les paroles sur les lèvres, à celui qui entend comme à celui qui n'entend pas, sans tenir compte du sens de l'ouïe dont il est doué; ou bien encore faire lire avec les doigts celui qui a des yeux, sans tenir compte de ses yeux, assurément il n'aurait pas droit à la reconnaissance de ceux qui ne sont ni aveugles ni sourds. Cependant telle serait la méthode suivie, si l'instruction publique dépendait des aveugles et des sourds

muets.

Voilà les considérations préliminaires que j'ai cru devoir aujourd'hui vous soumettre. Dans la leçon suivante, à laquelle je vous invite respec

tueusement, je tâcherai de vous présenter, sous une face nouvelle et dans un nouveau jour, le principe de ces leçons, qui est en même temps le principe de toute la connaissance.

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